Vidéo Ukraine : "Nous sommes dans une phase de montée des enchères" entre la Russie et les États-Unis, explique un ancien diplomate

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L'ancien ambassadeur Jean de Gliniasty ne croit pas à l'éclatement d'un conflit mais admet qu'il peut y avoir "un incident qui dégénère". "Il y a des têtes brûlées des deux côtés."

Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS, ancien ambassadeur de France en Russie de janvier 2009 à novembre 2013, a expliqué jeudi 20 janvier sur franceinfo que la Russie et les États-Unis étaient "dans une phase de montée des enchères" dans "un processus au long cours" alors que Vladimir Poutine a amassé 100 000 hommes à la frontière avec l’Ukraine. L’ancien diplomate ne croit pas à un conflit, mais n’exclut pas "un incident qui dégénère", déclenché "par des têtes brûlées des deux côtés".

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franceinfo : Est-ce qu'on est vraiment au bord d'un conflit entre la Russie et l'Ukraine ?

Jean de Gliniasty : Non. Joe Biden menace de représailles. C'est bien le moins qu'il puisse faire à partir du moment où il a dit qu'il n’enverrait pas de troupes en Ukraine. Nous sommes plutôt dans une phase de montée des enchères au cours d'un processus de négociation qui a commencé la semaine dernière, qui continue puisque Blinken, secrétaire d'État aux Affaires étrangères, est à Moscou pour rencontrer Sergueï Lavrov, le ministre russe, et donc c’est un processus au long cours.

Les 100 000 militaires envoyés à la frontière, c’est un coup de bluff ?

Ce n’est pas forcément un coup de bluff parce qu'il y a un problème. Quand vous mettez 100 000 hommes avec du matériel et de l'équipement à la frontière, vous ne pouvez pas les garder très longtemps. Et puis, il y a une différence entre le processus de concentration militaire actuel et celui qu'on a enregistré les années précédentes.

"Les années précédentes, on montrait ses gros bras. C'étaient des manœuvres et puis après, on retirait. Il y avait d'ailleurs autant de manœuvres du côté de l'OTAN que du côté de la Russie. Cette fois-ci, c'est une concentration militaire."

Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS

à franceinfo

C'est-à-dire que c'est à plus long terme et donc qu'il y a effectivement une menace plus lourde qui pèse et qui est à la merci des incidents.

La Russie occupe déjà une partie de l’Ukraine, la Crimée. Pourquoi est-ce un territoire important pour elle ?

L’Ukraine c’est quelque chose d’émotionnel. C'est le baptême de la Russie en 988, le moment où la Russie est devenue orthodoxe. Kiev a été russe à partir de 1654. Vladimir Poutine a écrit récemment un article dans le New York Times pour dire que c'est le même peuple, ce qui est en partie seulement vrai. Mais il y a un élément nouveau, c'est que maintenant les Russes ont peur du renforcement de l'Ukraine et pensent que le temps joue contre eux. lls voudraient des garanties de sécurité. Les Russes, pour la première fois, ont mis sur un papier leurs préoccupations. Ce qui est en train de se préparer, c’est un marché, une sécurité pour la Russie d'un côté, et une renonciation par la Russie de sa zone d'influence en Ukraine. Dans leur esprit, que l'OTAN, soit à leur frontière en Ukraine, ce n'est pas supportable. Et cela fait 10 ans, 20 ans qu'ils le disent. Le premier livre blanc russe en 2010, disait l'OTAN en Ukraine, est une menace, un danger pour la Russie.

L’étincelle qui déclenche une guerre peut arriver ?

Elle peut arriver. Elle peut arriver parce qu'il y a des têtes brûlées des deux côtés. Dans la scène politique russe, il y a des gens qui considèrent que Poutine a été trop faible en 2014 et qu'il aurait dû manger toute l'Ukraine à un moment où il avait envahi la Crimée. Nous savons bien qu'en Ukraine, il y a des groupes d'extrême droite qui considèrent qu’il y a que par la guerre que la Russie, que l'Ukraine retrouvera son intégrité territoriale, donc, il peut y avoir des incidents qui dégénèrent. Il ne faut pas l'exclure.

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