Vidéo Guerre en Ukraine : "Les cyberattaques sont devenues de véritables armes pour les Etats", souligne un spécialiste en cyberdéfense

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Selon Laurent Besset, spécialiste en cybersécurité, la Russie a les capacités d’agir à grande échelle aujourd’hui et l’évolution de la situation géopolitique globale dans les jours à venir pourrait l'y conduire.

Laurent Besset, directeur cyberdéfense d’I-Tracing a expliqué sur franceinfo que "depuis une quinzaine d’années, les cyberattaques sont devenues de véritables armes pour les Etats, au même titre qu’une marine, une aviation, des blindés". 

Des milliers d'internautes sont en effet privés d'internet en Europe, dont 9 000 en France, du fait d'une probable cyber-attaque sur un réseau satellitaire, survenue au début de l'offensive russe en Ukraine, sans que cette panne puisse être, pour l'instant, imputée à la Russie.

franceinfo : En Ukraine, cette panne d’Internet peut-elle être mise sur le dos des Russes ?

Laurent Besset : Aucune idée à ce stade, mais depuis une quinzaine d’années, les cyberattaques sont devenues de véritables armes pour les Etats, au même titre qu’une marine, une aviation, des blindés. La Russie est l’un des Etats les mieux équipés en la matière aujourd’hui. Elle a clairement les capacités d’agir à grande échelle aujourd’hui. Et l’évolution de la situation géopolitique globale dans les jours à venir pourrait les y conduire.

Comment une éventuelle attaque cybernétique russe pourrait-elle se matérialiser ?

La cyber arme peut être utilisée en temps de paix et en dehors des conflits. L’attaquant va alors se concentrer sur des objectifs d’infiltration, de surveillance, de propagande, de désinformation, d’influence. On a par exemple vu des tentatives d’influence sur plusieurs grands votes occidentaux, aux Etats-Unis, en France, ou pour le vote du Brexit au Royaume-Uni. Elle va aussi être utilisée en situation de conflit, avec des objectifs plutôt centrés sur la perturbation des infrastructures vitales, comme l’énergie, les communications, les transports, tout ce qui pourrait désorganiser l’ennemi. Quand on vise des infrastructures vitales comme l’énergie ou les communications, on va essayer de rendre les ordinateurs qui pilotent le service inopérants. Ça peut être en supprimant toutes données dessus, en les bloquant avec un rançongiciel, en coupant les services depuis les ordinateurs.

Paradoxalement la Russie est en point dans le domaine des antivirus, cela peut être un point fort si elle cherche à avancer sur le terrain de la cyberguerre ?

C’est un sujet d’inquiétude pour beaucoup d’entreprises : un très gros acteur du marché de l’antivirus est russe, certaines entreprises françaises en sont clientes. On se retrouve dans une situation où on achète des produits qui peuvent potentiellement être intrusifs sur nos équipements informatiques, et contrôlés par un pays potentiellement ennemi. L’Etat a fait quelques recommandations il y a quelques jours dans une logique de prudence, en incitant à remplacer si possible ces produits par des produits considérés un peu plus sûrs parce qu’ils sont contrôlés par des pays amis. Mais il ne faut pas les désinstaller sans alternative d’urgence. Il faut prendre le temps pour faire un remplacement.

Moscou a décidé de couper l’accès à différents réseaux sociaux en Russie, a-t-elle les moyens de le faire en Ukraine ?

Sur le papier, si le conflit du cyber est aussi asymétrique que le conflit conventionnel, l’Ukraine fait beaucoup mieux que résister à la Russie. L’impact des cyberattaques russes reste pour l’instant limité. L’Ukraine a même commencé à développer des capacités de contre-attaques. En revanche, il y a eu de fortes perturbations sur des sites gouvernementaux russes, dont celui du Kremlin et celui de la Douma.

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