Crise en Ukraine : on vous résume les différentes négociations en cours pour apaiser la situation

Le chef de l'Etat, Emmanuel Macron, s'est entretenu vendredi avec son homologue russe, Vladimir Poutine.

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Les chefs de la diplomatie américaine et russe, Antony Blinken (à gauche) et Sergueï Lavrov (à dr.), se réunissent avec des conseillers à Genève (Suisse), le 21 janvier 2022.  (RUSSIAN FOREIGN MINISTRY PRESS S / ANADOLU AGENCY / AFP)

Emmanuel Macron et Vladimir Poutine se sont entretenus par téléphone pendant plus d'une heure, vendredi 28 janvier. Ils se sont entendus sur la "nécessité d'une désescalade" et d'une "poursuite du dialogue" dans la crise ukrainienne, a annoncé la présidence française. "Le président Poutine n'a exprimé aucune intention offensive (...). Il a dit très clairement qu'il ne cherchait pas la confrontation", a précisé l'Elysée. 

Moscou est accusée d'avoir massé plus de 100 000 soldats à la frontière ukrainienne ces dernières semaines, en vue d'une potentielle attaque. En cas d'offensive, les Occidentaux menacent le Kremlin de lourdes sanctionsLa Russie, de son côté, réclame un gel de l'élargissement de l'Otan en Europe de l'Est et refuse notamment l'adhésion de l'Ukraine à l'Alliance atlantique. Franceinfo vous résume les différents canaux de négociations pour apaiser la situation entre Kiev et le Kremlin. 

Entre les Etats-Unis et la Russie : des pourparlers directs

Dans cette crise, le Kremlin a à cœur de négocier directement avec Washington. Les présidents russe et américain ont échangé par téléphone, fin décembre. Ils ont plaidé pour une voie diplomatique, tout en maintenant leurs positions : toute avancée diplomatique passera par une "désescalade" en Ukraine, a prévenu Joe Biden, tandis que le Kremlin a exigé en retour des "résultats" sur ses demandes. 

Ces discussions ont ensuite pris la forme de rencontres à Genève (Suisse). Le 10 janvier, les vice-ministres américaine et russe des Affaires étrangères, Wendy Sherman et Sergueï Riabkov, se sont réunis. "Nous avons expliqué aux collègues que nous n'avons pas de plans, pas l'intention d'attaquer l'Ukraine", a affirmé le négociateur russe, justifiant la présence de plusieurs dizaines de milliers de soldats à la frontière ukrainienne par la présence jugée accrue de l'Otan en Europe de l'Est. Réponse de son homologue américaine : Moscou pourrait "prouver qu'il n'a pas l'intention" d'envahir l'Ukraine, en "renvoyant dans leurs casernes" les soldats déployés.

Dix jours plus tard, toujours à Genève, les chefs de la diplomatie des deux pays livrent un échange "franc et substantiel", de l'avis d'Antony Blinken. Le secrétaire d'Etat américain et son homologue russe, Sergueï Lavrov, assurent être "d'accord qu'un dialogue raisonnable est nécessaire" pour que "l'émotion retombe", selon le  Russe. Néanmoins, il rappelle "les conséquences graves" qu'aurait un rejet des "préoccupations légitimes" russes, tandis qu'Antony Blinken réitère sa volonté d'obtenir des preuves que la Russie ne souhaite pas envahir l'Ukraine. 

Par la suite, les Etats-Unis ont rejeté, mercredi 26 janvier, la demande russe de bloquer l'adhésion de l'Ukraine à l'Otan. 

Entre l'Otan et Moscou : un échange difficile

Pour la première fois depuis juillet 2019, le conseil Otan-Russie s'est réuni le 12 janvier sur la question des tensions entre Kiev et Moscou. Cette instance avait été affaiblie dans la lignée de la crise ukrainienne et de l'annexion de la Crimée par la Russie, en 2014. En octobre, la mission diplomatique de la Russie auprès de l'Otan avait même été retirée, huit membres de son personnel étant soupçonnés d'espionnage. 

Le 12 janvier à Bruxelles, "la discussion n'a pas été aisée. Les échanges ont été directs sur la situation en Ukraine et des différences majeures ont été constatées sur la sécurité en Europe", a convenu Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'Otan, à l'issue d'une réunion avec Alexandre Grouchko, également vice-ministre des Affaires étrangères russe. 

"La conversation a été très franche, mais elle a révélé un grand nombre de divergences sur des questions fondamentales."

Alexandre Grouchko, vice-ministre des Affaires étrangères russe

lors d'un point presse

Reconnaissant que les désaccords étaient difficilement surmontables, Jens Stoltenberg a appelé la Russie à "s'engager dans la désescalade". "Le risque d'un nouveau conflit armé est réel. La sortie de crise incombe à la Russie", a-t-il insisté.

Au sein de l'OSCE : un blocage lors des négociations

Au lendemain de la réunion du conseil Otan-Russie, de nouvelles négociations ont été organisées à Vienne (Autriche) au sein de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Cette plateforme de discussions entre Etats d'Europe, d'Amérique du Nord et d'Asie centrale, réunit les Etats-Unis et la Russie autour d'une même table. 

"Il semble que le risque de guerre dans la zone de l'OSCE n'a jamais été aussi intense au cours des trente dernières années, a souligné le ministre polonais des Affaires étrangères, Zbigniew Rau. Un défi de taille pour cette organisation dont le but est précisément de bannir la guerre d'Europe."

La réunion, pourtant, s'est soldée par un blocage entre la Russie et les Etats occidentaux. Le représentant russe à l'OSCE, Alexandre Loukachevitch, a dénoncé "l'absence de réponse appropriée" de leur part aux demandes du Kremlin. 

"Tout a tourné autour de leurs inquiétudes et du soi-disant comportement agressif de la Russie. C'est clairement une déception."

Alexandre Loukachevitch, représentant russe à l'OSCE

à l'issue d'une réunion au sein de l'instance sur l'Ukraine

Au sein du format dit "Normandie" : un signal de détente

Les conseillers diplomatiques russes et ukrainiens se sont ensuite réunis à Paris mercredi, en compagnie des médiateurs allemands et français, pour discuter du processus de paix. Cette réunion marque le retour du format dit "Normandie" entre Paris, Berlin, Moscou et Kiev, à l'origine d'une rencontre en 2014, à Ouistreham (Calvados, Normandie), qui devait ramener la paix dans l'est de l'Ukraine. La dernière réunion entre conseillers des quatre Etats remontait au 17 septembre 2021.

"L'objectif était d'envoyer un signal de détente dans un contexte avec beaucoup d'interrogations sur les intentions russes. Nous avons obtenu un bon signal dans des conditions difficiles. Le réengagement que nous recherchions."

L'Elysée

à l'issue d'une réunion du format dit "Normandie"

Dans un communiqué commun, les négociateurs ont affirmé leur "respect inconditionnel du cessez-le-feu" dans l'est de l'Ukraine"C'est important aujourd'hui, où chacun s'interroge sur les intentions de Vladimir Poutine, et la possibilité d'une déstabilisation qui pourrait intervenir dans le Donbass ou sur la ligne de contact", a souligné l'Elysée. Le communiqué est d'ailleurs le "premier document significatif sur lequel nous réussissons à tomber d'accord depuis décembre 2019", a salué le négociateur ukrainien Andriï Iermak. 

Le négociateur russe, Dmitri Kozak, a toutefois rappelé que la situation dans l'est de l'Ukraine et les tensions entre Kiev et Moscou à la frontière étaient "deux choses différentes".

Entre l'Union européenne et la Russie : une relation au point mort

Les Etats-Unis ont donné à l'UE "l'assurance que rien ne sera décidé ni négocié sans les Européens", a assuré le 13 janvier Josep Borrell, haut représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité. "La coordination avec les Américains est absolument parfaite", a-t-il insisté.

Côté russe, l'idée d'un dialogue direct entre Bruxelles et Moscou n'est pas la priorité du Kremlin. Au lendemain des déclarations de Josep Borrell, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, s'est exprimé à ce sujet, relève RFI : "Je ne sais même pas comment l'UE voit sa participation aux négociations sur la sécurité."

"Vous voulez savoir s'il est possible d'établir un canal avec l'UE sur les questions de sécurité, séparé des États-Unis et de l'Otan ? Franchement, je ne sais pas. Maintenant nous sommes tournés vers les États-Unis et l'Otan."

Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie russe

lors d'une conférence de presse

"Avec l'Otan, au moins, nous avons encore sur papier la structure du Conseil Otan-Russie", a souligné le ministre russe des Affaires étrangères. Moscou avait fait l'objet de sanctions diplomatiques de la part de l'UE, en 2014, en raison de la crise en Crimée. Il y a près d'un an, une visite de Josep Borrell à Moscou s'était soldée par l'annonce de l'expulsion de trois diplomates européens de Russie, rappelle Le Monde. "Le message qu'a confirmé le pouvoir russe au cours de cette désastreuse visite, c'est qu'il n'a aucunement l'intention de dialoguer avec l'UE", écrivait alors le quotidien.

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