Témoignages "Je suis blessée à la tête, mais je suis vivante !" : une rescapée du théâtre bombardé à Marioupol raconte

Franck Mathevon et Jérémy Tuil, nos envoyés spéciaux en Ukraine, ont pu contacter par téléphone une victime du bombardement du théâtre de Marioupol par l’aviation russe. Olga raconte le chaos et l’effroi dans ce qui était un refuge pour 500 à 700 civils.

Article rédigé par
Jérémy Tuil - Franck Mathevon
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Une photo satellite en témoigne : le mot "enfants" était écrit en grand sur le sol, en cyrillique, aux abords du théâtre de Marioupol, bombardé mercredi 16 mars par la Russie. (- / SATELLITE IMAGE ©2022 MAXAR TEC)

Une photo satellite en témoigne : le mot "enfants" était écrit en grand sur le sol, en cyrillique, aux abords du bâtiment. Pourtant, le théâtre de Marioupol a été bombardé mercredi, confirme la municipalité sur Telegram.

"Un endroit où plus d'un millier de personnes avaient trouvé refuge", précise le message, accompagné d’une photo qui fait état des dégâts provoqués, selon les autorités, par un bombardement aérien russe. D'après les témoignages que nous avons recueillis, il y avait entre 500 et 700 personnes dans le bâtiment. L'ONG "Human Rights Watch" évoque, elle aussi, le nombre de 500 civils présents dans le bâtiment. 

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Olga était dans le théâtre au moment de la frappe. Franck Mathevon et Jérémy Tuil ont pu la joindre malgré une liaison téléphonique difficile. Elle semblait perdue, complètement sous le choc : "Je ne peux pas vous dire ce qu'il s’est passé. Je ne m’en souviens pas. Je peux juste vous dire que la frappe était un peu moins puissante de notre côté du bâtiment. Mais le plafond s’est effondré. Je suis blessée à la tête, mais je suis vivante !" 

Elle a quitté le bâtiment, avec sa mère et ses deux enfants. Mais sans son mari, "resté sous les décombres". "Je l’ai cherché partout, mais les gravats sont énormes, on ne peut rien faire à mains nues. À l’endroit où il était, tout est détruit…" 

Un lieu de vie et un refuge pour tous

Tatyana, elle, a quitté le théâtre mercredi matin, un peu avant les bombes. Elle témoigne d'un climat angoissant : "On entendait des avions tout le temps, et il y avait des frappes tout près, se souvient-elleOn a sauté dans une voiture. Des gens nous ont emmenés loin de cet endroit. On est partis de la rive gauche pour rejoindre le centre-ville, puis on a gagné le théâtre car les Russes bombardaient tout le quartier, les immeubles étaient détruits."

L'Ukrainienne raconte que le refuge accueillait de nombreuses familles avec des enfants. "J’étais avec ma mère, mon père et nos deux enfants, de 6 et 14 ans. Des gens nous apportaient de l’eau chaude, du thé, des soupes, de la viande, selon le nombre de passeports dans votre famille."  Les sièges de la salle avaient été enlevés pour laisser de la place pour dormir. "Ils nous ont trouvé des couvertures, des oreillers, tout ce qui était possible pour créer des espaces pour dormir. Après les frappes de mardi, les gens se sont plutôt réfugiés au premier étage ou dans le hall". Et Tatyana ajoute : "Si on était partis plus tard, nous aurions été parmi les victimes".

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Après une série d'échecs, faute de cessez-le-feu russo-ukrainien, les évacuations se sont accélérées à Marioupol. Dans ce port stratégique, les habitants manquent d'eau et de nourriture. Plus de 2 000 civils ont déjà péri dans la ville assiégée et pilonnée depuis des jours, selon les autorités locales.

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