Témoignage Ukraine : "Il ne s'agit pas d'être pro-russe ou pro-ukrainien mais de faire un choix entre la vie et la mort", raconte un humanitaire

Co-fondateur de l'ONG Road to Relief, le Français Henry Camenen, participait lundi soir à l'évacuation de la ville de Sievierodonetsk, dans la région de Louhansk. Il décrit "une ville fantôme", une vision "post apocalytique".

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Radio France
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Des habitants de Sievierodonetsk se cachent des bombardements dans des caves. Henry Camenen, co-fondateur de l'ONG Road to Relief, décrit des "conditions de vies assez effrayantes".  (ANATOLII STEPANOV / AFP)

À Sievierodonetsk, "une ville fantôme" située dans la région de Louhansk, le Français Henry Camenen, co-fondateur de l'ONG Road to Relief, orchestre l'évacuation des civils ukrainiens, après avoir déjà participé à l’évacuation de Marioupol et de Kharkiv.

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"Quand on arrive, parfois, les gens sont déjà partis ou sont morts", témoigne-t-il au micro de la rédaction internationale de Radio France. Depuis une semaine, il vit au gré des bombardements, de la menace russe et des civils qui refusent de quitter leur ville. "C'est une bataille pour les convaincre qu'il ne s'agit pas d'être pro-russe ou pro-ukrainien mais de faire un choix entre la vie et la mort", indique Henry Camenen. Lundi soir son organisation a évacué sept personnes de l’hôpital de la ville pour les emmener à Kramatorsk.

franceinfo : Dans quel état se trouve la ville ?

Henry Camenen : C'est une ville fantôme. C'est assez sidérant. C'est quelque chose de post apocalyptique. Toutes les rues sont détruites. Un immeuble sur deux est effondré. Il y a des voitures explosées un peu partout qui font office de check-point ou de barrages sur la route. Il y a des câbles partout à terre, des débris, des éclats. La ville est vide, on ne voit pas âme qui vive. On entend seulement les bombardements.

Dans quelles conditions se passent les évacuations pour vous ?

Nous le savons depuis Marioupol. Tout étranger ne fait pas long feu face à un Russe. 

"Rencontrer un Russe, pour nous, c'est la mort assurée."

Henry Camenen, co-fondateur de l'ONG Road to Relief

à franceinfo

Sur le plan de la sécurité, il y a des bombardements assez intenses dans la ville et il y a quelques jours, il y avait des combats de rue proches de nous, vers l'hôpital d'où nous évacuons les civils qui se situe près de la ligne de front. Là, il est fréquent d'entendre des tirs de balle et des combats. Il y avait même un hélicoptère qui survolait la zone, il y a quelques jours.

Comment travaillez-vous avec la population ?

À Sievierodonetsk, il y a un centre humanitaire, où nous nous rendons en premier lieu, sous escorte de la police ukrainienne. C'est là qu'un coordinateur rassemble les gens qui veulent être évacués. Il y a juste à côté un refuge souterrain antiatomique, où les conditions de vies sont assez effrayantes. Nous avons aussi des adresses où nous essayons de récupérer des gens. C'est souvent un problème parce qu'il n'y a pas de connexion dans la ville depuis des semaines, donc quand nous arrivons, parfois, les gens sont déjà partis ou sont morts. Il y a ce côté un peu imprévisible. Enfin, on évacue aussi des patients de l'hôpital. Il nous est déjà arrivé d'aller de bombardements en bombardements pour essayer de récupérer des gens dans des immeubles qui venaient d'être touchés.

Les gens qui restent souhaitent-ils être évacués ?

Non. Les gens n'ont plus rien à manger.

"Ce qu'ils veulent, c'est de l'aide humanitaire et non pas des évacuations."

Henry Camenen

à franceinfo

S'il y en a 6 000 qui restent, ce sont les 6 000 derniers résistants et ils ne sont pas favorables à des évacuations par des organisations étrangères. Ils sont plutôt favorables à la Russie et nous disent d'ailleurs qu'ils attendent la libération des Russes. Il y a une grande méfiance générale, une grande peur, et quand on arrive avec la police ukrainienne, c'est une bataille pour les convaincre qu'il ne s'agit pas d'être pro-russe ou pro-ukrainien mais de faire un choix entre la vie et la mort.

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