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Reportage "Pas le choix si on veut sauver sa vie" : dans le métro de Kharkiv sous les bombes, des Ukrainiens racontent un quotidien "effrayant"

Les envoyés spéciaux de franceinfo ont pu se rendre dans la deuxième plus grande ville du pays, en grande partie détruite par la guerre, où de nombreux habitants vivent aujourd’hui sous terre.

Article rédigé par Franck Mathevon - Jérémy Tuil
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Selon l’intensité des bombardements, entre 100 et 2000 personnes peuvent passer la nuit dans cette station de métro de Kharkiv. (ANDREA CARRUBBA / ANADOLU AGENCY)

L’escalator s’enfonce dans les entrailles de Kharkiv. La station de métro est très profonde. C'est sans doute l’endroit le plus sûr de la ville pour se protéger des bombardements. En bas, des dizaines de personnes ont trouvé refuge. 

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C’est l’une des villes ukrainiennes les plus bombardées par les forces russes : Kharkiv, dans l’est du pays, a été en grande partie détruite par la guerre, après 26 jours de guerre en Ukraine. La deuxième plus grande ville du pays subit des frappes incessantes qui font encore de nombreux morts chaque jour. L’armée russe est aux portes de la ville. Mais ce matin, dans le métro, certains boivent le café, d’autres se réveillent à peine ou dorment encore.

Cette station de métro de Kharkiv est très profonde : c'est sans doute l’endroit le plus sûr de la ville pour se protéger des bombardements. (FRANCK MATHEVON / RADIOFRANCE)

"Où pourra-t-on aller ?"

Aliona, elle, est déjà debout. Cette mère de famille vit ici depuis le début de la guerre avec son mari et ses trois enfants. "Notre immeuble a été bombardé et presque entièrement détruit. Nous n'étions pas chez nous, seule ma fille aînée se trouvait dans l'appartement. C'est arrivé le 2 mars et pour nous, c'est comme une deuxième naissance. Elle a été projetée par le souffle de l'explosion mais n'a été que légèrement blessée par les éclats de verre. C'est la même chose pour tous ici, c'est difficile, douloureux. On pense sans cesse à l'avenir. Où pourra-t-on aller ? On est tous pareils. C'est le plus effrayant", soupire-t-elle. 

La ville de Kharkiv vit sous les bombes russes depuis le premier jour du conflit : un pilonnage constant, qui a fait plus de 500 morts. "Je n'ai même pas de mots pour qualifier ça. C'est du sadisme. On cherche à nous tuer, tous... Des femmes, des enfants, c'est terrible", lâche Aliona, les dents serrées.

"Au moins, c'est un endroit sûr"

Les couloirs du métro sont encombrés de cartons de vêtements, de bouteilles d’eau, de produits alimentaires. Certains habitants dorment sous des tentes, mais la plupart sont installés dans les deux trains en gare. 

Dans le métro de Kharkiv, certains ont installé des tentes directement sur les quais. (FRANCK MATHEVON / RADIOFRANCE)

Anastasia fait partie des volontaires qui coordonnent l’aide dans cette station de métro. Elle entrouvre une des portes d’un wagon plongé dans le noir. C’est encore la nuit pour certains : les banquettes sont transformées en lits, les vêtements entassés sur des sièges. 

"Des gens vivent avec leurs enfants et avec leurs animaux domestiques, comme des chats, des chiens. J'ai même vu un lapin, sourit tristement Anastasia. C'est terrible. Mais ici, au moins, c'est un endroit sûr. On n'a pas vraiment le choix si on veut sauver sa vie, sa santé. On doit donc utiliser ce lieu comme un abri."

Selon l’intensité des bombardements, entre 100 et 2000 personnes peuvent passer la nuit dans cette station de métro. Pour éviter les combats, des habitants de Kharkiv empruntent même des tunnels pour se déplacer en ville.

Avec des Ukrainiens réfugiés dans le métro de Kharkiv sous les bombes : le reportage de Jérémy Tuil et Franck Mathevon

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