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Pétrole russe : l'accord des 27 sera "conséquent pour la Russie" selon Patrice Geoffron, professeur d'économie

Patrice Geoffron, professeur d'économie à l'Université Paris Dauphine, revient sur franceinfo sur l'accord conclu par les dirigeants des 27 pays de l'UE pour réduire de 90% leurs importations de pétrole russe d'ici la fin de l'année.

Article rédigé par franceinfo
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Patrice Geoffron, le 8 novembre 2017, à Paris. (CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)

"Ce sera conséquent pour la Russie", prévient sur franceinfo Patrice Geoffron, professeur d'économie à l'Université Paris Dauphine et directeur du centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières. Les dirigeants des 27 pays de l'UE se sont mis d’accord lundi 30 mai pour réduire de 90% leurs importations de pétrole russe d'ici la fin de l'année. L'accord prévoit une exemption temporaire pour acheminer le pétrole russe par oléoduc afin de lever le véto de la Hongrie.

franceinfo : Quel regard de spécialiste portez-vous sur cet accord-là ?

Patrick Geoffron : Premièrement, on peut observer que les négociations ont pris du temps. De fait aboutir au 6e paquet de sanctions est plus compliqué que pour le 5e dans la mesure où, sur les questions énergétiques, il y a une gradation. S’entendre sur les questions du charbon avait été assez simple puisque les échanges de charbons avec la Russie pèsent peu alors que ce n’est pas le cas pour le pétrole. Pour le pétrole, si on globalise, on est à peu près à 3 millions de barils par jour à 100 dollars le baril, cela donne une idée des flux quotidiens d’importation. Et puis il y a un enjeu spécifique dans certaines zones enclavées, comme la Hongrie ou la Slovaquie avec des problèmes d’acheminement qui sont réels mais qui à l’évidence ont été instrumentalisés par Viktor Orban, ce qui explique une partie des difficultés à conclure un accord.

Cela va couper une énorme source de financement de la machine de guerre de la Russie ?

A peu près 300 millions d’euros ou de dollars par jour. Ce sera conséquent pour la Russie. Et contrairement à l’idée reçue, la Russie aura des difficultés à vendre ailleurs son pétrole. Elle devra le vendre à des prix cassés. Par exemple, pour les ventes qui s’opèrent en direction de l’Inde, le pétrole au lieu d’être vendu à 120 dollars le baril aujourd’hui, la ristourne sera de 30 à 35% par rapport à ce prix de marché. Il y aura donc des conséquences sur la Russie : à la fois sur les prix de ces barils et à la fois sur les quantités qui pourront être vendues, dans des volumes beaucoup moins importants que ça n’a été le cas jusqu’à maintenant.

Comment vont faire les Européens, de quelles alternatives disposent-ils ?

Question complexe, notamment sur les produits transformés comme le diesel, une question très sensible en France. Le pétrole n’est pas une matière première homogène, il y a plusieurs types de qualité et toutes les raffineries en Europe ne sont pas adaptées à importer du pétrole d’une qualité différente de celle du pétrole russe. Mais la caractéristique du pétrole en général est qu’il se transporte bien plus facilement que le gaz. Il se transporte par bateau, sur des distances lointaines. On va donc pouvoir trouver d’autres sources d’approvisionnement, notamment en provenance du Moyen-Orient. Mais avec à la clé, et c’est un point de tension européen, des prix d’approvisionnement plus élevés et donc des prix à la pompe plus élevés.

Cet impact des prix à la pompe, peut-on l’estimer ?

On vit dans un régime dans lequel les prix sont autour des 2 euros en France, ce qui pouvait sembler explosif en termes de tensions sociales il y quelques temps. C’est probablement à ce niveau que pourraient être accrochés les prix du baril dans les temps à venir. Avec quelques incertitudes notamment du côté asiatique. Ce qui se passe en Chine va avoir une influence sur la demande. Un autre élément qui relève de l’offre avec l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) élargie : l’Arabie Saoudite, la Russie et leurs alliés vont faire varier la production dans les temps à venir. Si les productions devaient augmenter, si l’Iran revenait sur le marché alors on pourrait avoir une détente. Mais des prix du baril à moins de 100 dollars comme c’était la normale avant la crise Covid sont probablement derrière nous. Il faut se préparer à vivre dans un environnement de prix plus élevés.

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