"On veut la paix, mais pas à tout prix" : en Ukraine, les habitants du Donbass épuisés par le conflit entre l'armée et les séparatistes

Des séparatistes pro-russes affrontent depuis 2014 l'armée ukrainienne dans cette région où se situe Donetsk. Le leader séparatiste vient d'annoncer qu'il est prêt à retirer l'ensemble de ses troupes de la ligne de front.

Article rédigé par
Claude Bruillot, édité par Noémie Bonnin - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Un militaire ukrainien patrouille près d'une mine de charbon détruite, sur la ligne de front avec les séparatistes, dans la région de Donetsk, le 7 novembre 2019. (ANATOLII STEPANOV / AFP)

À Donetsk, dans l'est de l'Ukraine, une atmosphère assez étrange règne, presque surréaliste : celle d'une ville où, en pleine journée, on peut voir des enfants jouer dans des parcs et en même temps, entendre distinctement au loin le bruit des canons, comme c'est le cas par exemple ce 10 mars. Des tirs d'armes automatiques sont échangés dans le secteur de l'aéroport. "On entend les bombardements, la guerre est ici. Elle ne se fait pas voir, mais elle est ici", témoigne Anna, habitante de Donetsk. Elle a toujours refusé de quitter sa ville malgré les dangers.

Pourtant, le conflit entre les séparatistes et l'armée ukrainienne dure depuis six ans maintenant dans la région ukrainienne en majorité russophone du Donbass. On compte selon l'AFP plus de 13 000 morts depuis 2014. La signature des accords de paix de Minsk, en 2014 et 2015, a mis fin aux combats les plus violents, mais le cessez-le-feu prévu n'a jamais été mis en œuvre, les accrochages restent quasi-quotidiens. Avant un nouveau sommet au printemps 2020 à Berlin sur la question de la guerre dans le Donbass, le président de la République séparatiste autoproclamée, soutenue par la Russie, a décidé de prendre les devants. Denis Pouchiline annonce qu'il est prêt à retirer totalement ses troupes de l'ensemble de la ligne de front.

J'aimerais bien vivre en paix avec l'Ukraine, si c'est possible.

Anna, habitante de Donetsk

à franceinfo

"On veut la paix, mais pas à tout prix", raconte encore Anna, à Donetsk. Elle assure que l'on ne s'habitue jamais vraiment à la guerre et comme beaucoup, elle espère que les combats vont finir par s'arrêter. "On a beaucoup de gens blessés, beaucoup ont perdu des proches, des gens ont eu leur vie ruinée. Donc il faut du temps pour se réparer."

Un chemin vers la paix semé d'embûches

On parle d'un conflit gelé, mais il y a régulièrement des victimes, à cause des violations de cessez-le-feu. La seule véritable avancée sur le plan des négociations, c'est le possible nouvel échange de prisonniers actuellement en préparation. Pour le reste, trois nouveaux retraits de troupes sont en principe programmés.

Le chef de la République séparatiste de Donetsk, Denis Pouchiline, propose carrément le retrait total de tous ses hommes, sur les 460 kilomètres qui composent sa ligne de front. Une stratégie sans risque en réalité, car Denis Pouchiline le sait et le dit lui-même, Kiev est incapable d'assurer le même engagement. À cause des fortes résistances, dans les milieux nationalistes ukrainiens en particulier, mais aussi d'une partie importante de la population, qui considère ces retraits militaires comme une forme de capitulation.

"Nous luttons pour ça d'une façon planifiée, mais l'Ukraine déclare officiellement qu'elle n'est pas prête pour ça et essaie de prolonger le processus de retrait", affirme Denis Pouchiline à franceinfo. "On tire tous les jours, même si ce n'est pas l'artillerie, mais plutôt des tirs d'armes automatiques."

Si la distance entre les forces armées était plus grande, si personne ne pouvait voir l'autre côté, cela pourrait entraîner la fin de tous les tirs.

Denis Pouchiline, leader séparatiste

à franceinfo

Au-delà des retraits de troupes, les accords de Minsk 2 – dont il sera question au printemps à Berlin – prévoient plusieurs mesures. Il reste en fait deux principales étapes à franchir avant d'espérer aboutir à un début de pacification du Donbass. Tout d'abord, l'adoption par le Parlement ukrainien d'un statut spécial pour cette région, et ensuite seulement la tenue éventuelle d'élections libres. Enfin, en imaginant que ces étapes seront atteintes, il faudra ensuite rendre possible la reprise par l'Ukraine du contrôle de sa frontière la plus à l'est. Mais ni les dirigeants séparatistes, ni la population de Donetsk ne sont prêts à accepter une telle perspective.

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