"Je suis devenue une pro pour ce travail" : quand des réfugiées ukrainiennes sont recrutées dans les palaces de la Côte d’Azur

À Eze, village perché entre Nice et Monaco, des hôtels haut de gamme ont recruté plusieurs réfugiées ukrainiennes dans leurs équipes.

Article rédigé par
Benjamin Recouvreur, édité par Valentin Moylen - franceinfo
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Temps de lecture : 3 min.
Alla, réfugiée ukrainienne de 56 ans, qui a fui Kiev en mars, en train de refaire un lit au Château de la Chèvre d'Or, à Eze (Alpes-Maritimes), le 5 août 2022. (BENJAMIN RECOUVREUR / RADIO FRANCE)

Avec son uniforme et son aspirateur sur le dos, Alla, 56 ans, arpente les petites ruelles escarpées du village d’Eze (Alpes-Maritimes), situé à une quinzaine de kilomètres de Nice. "Ce lieu me donne de la force", glisse-elle. Sur les pentes raides et bordées de lauriers, la vue sur la mer est imprenable.

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En Ukraine, Alla était styliste de mode. Elle et sa fille ont fui Kiev au début de la guerre. Elle a troqué sa vie d'avant en mai pour un uniforme de femme de chambre au Château de la Chèvre d'Or, un établissement cinq étoiles. "C'est un travail très physique. Vous voyez le bazar. Après, vous verrez une belle chambre. Maintenant, je suis une pro pour ce travail", dit-elle en souriant.

La vue depuis l'hôtel du Château de la Chèvre d'Or à Eze (Alpes-Maritimes), le 5 août 2022. (BENJAMIN RECOUVREUR / RADIO FRANCE)

"Petit à petit, construire une nouvelle vie"

Ici, neuf Ukrainiennes ont été recrutées. Un autre hôtel d'Eze, "Le Château Eza", a fait de même. Elles s'occupent des chambres ou sont en cuisine. Toutes se sont très vite intégrées malgré la guerre, toujours présente. 

"Je ne peux pas être heureuse parce que mon pays est en guerre. Notre vie est sur pause"

Alla, femme de chambre de La Chèvre d'or, à Eze.

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Un peu plus loin, Tetiana, passe l'aspirateur dans le bar. Avant, elle travaillait dans l'industrie du gaz. Elle a laissé toute sa famille en Ukraine. Désormais, avec son nouveau métier, à 26 ans, elle veut démarrer en France un nouveau chapitre de son existence, consciente d'avoir "perdu sa vie d'avant". "Je suis contente car ça me change les idées, je dois petit à petit construire ma nouvelle vie", explique-t-elle. Un regret pour Tetiana, celui de ne "pas encore avoir de lien avec les clients". Elle espère pour cela apprendre le français et se voit bien rester dans ce palace "la saison prochaine". 

"On a organisé des salons de recrutement"

Un dynamisme très apprécié par la gouvernante générale de l’hôtel, Maïté Montesinos, qui a dû les former. "La barrière de la langue, on ne la voit pas forcément. Les plus rapides ont eu une semaine de formation en binôme. Elles travaillent très bien, voire même mieux que des personnes qui travaillent dans l'hôtellerie depuis des années. Ce sont de belles surprises", note la gouvernante générale.

Mais cela n'a pas toujours été facile pour les réfugiés qui ont tenté l'aventure dans le secteur de l'hôtellerie-restauration. "On a organisé des salons de recrutement, on l'a vu comme une opportunité de trouver du monde mais aussi pour montrer qu'on était présent, mais ça a été très compliqué", raconte Fred Ghintran, patron de deux restaurants à Nice, et président de la branche restauration de l'UMIH dans les Alpes-Maritimes.

Lui a recruté un réfugié ukrainien en cuisine après son arrivée. Comme dans de nombreux autres établissements, il a rapidement abandonné. "Tout le monde a été confronté au même souci, on a été trop vite. La barrière de la langue est très compliquée à gérer, je pense qu'il faut une période d'adaptation de deux ou trois mois pour se mettre à la température du pays avant de pouvoir travailler", ajoute-t-il.

 

Quelques entorses au règlement

Alla et Tetiana, elles, ont été recrutées grâce à Ludovic Hubler, un interlocuteur commun originaire d'Eze. Parti récupérer plusieurs Ukrainiennes et leurs enfants en Pologne, cet humanitaire les a mises en relation avec le directeur de l'établissement, Thierry Naidu, qui n'arrivait pas à trouver du personnel. Il lui manquait "30 à 40 personnes en début de saison, dit-il, et du coup, c'est vrai qu'avec les Ukrainiennes, on a trouvé une vraie envie". 

Il a cependant fallu faire quelques entorses au règlement intérieur de l'établissement, "par exemple le droit d'avoir leur portable pour avoir des relations avec leurs proches parce qu'ils ne savent pas quand ils peuvent les appeler. Du coup, aujourd'hui, elles sont contentes de ce qu'on fait", explique-t-il.

Le département des Alpes-Maritimes est la deuxième terre d’accueil des réfugiés ukrainiens en France après la région parisienne. Plus de 20 000 d'entre eux y ont été accueillis.

Quand des réfugiés ukrainiennes font tourner les palaces de la Côte d’Azur - Reportage de Benjamin Recouvreur
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