Guerre en Ukraine : des ONG dénoncent la dépendance de la France vis-à-vis de la Russie dans le domaine nucléaire

D'après des ONG, EDF et Orano (ex-Areva) ont des contrats avec des entreprises russes pour "recycler" de l'uranium issu du traitement des combustibles usés des centrales françaises.

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Radio France
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Illustration logo radioactivité. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Malgré la guerre en Ukraine, la France va-t-elle continuer à travailler avec la Russie dans le domaine du nucléaire ? D'après plusieurs ONG, les opérateurs Orano (ex-Areva) et EDF s'appuient à nouveau sur la Russie pour convertir l'uranium de retraitement. Deux contrats ont été signés depuis 2018, d'après Greenpeace. Cela permet de "recycler"  cet uranium, mais c'est une situation de dépendance qui s'ajoute à celle du gaz.

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Ce qu'on appelle de l'uranium de retraitement vient du combustible usé des centrales. Il est récupéré après avoir été refroidi dans les piscines de La Hague et il est stocké dans des fûts sur le site de Pierrelatte dans la Drôme. Les centrales nucléaires en produisent 1 000 tonnes par an. Le stock aujourd'hui est d'environ 30 000 tonnes, pour partie propriété d'EDF, pour partie d'Orano. Cet uranium n'est pas considéré comme un déchet, mais comme un élément du retraitement du recyclage, c'est-à-dire qu'il peut être retraité et réutilisé pour partie dans une centrale et c'est là qu'interviennent les Russes.

"La France est condamnée à travailler avec la Russie"

Depuis les années 1970, la France exporte cet uranium en Sibérie, dans la ville de Tomsk-7. Il est converti, puis réenrichi pour servir à nouveau de combustible. Un lien de dépendance, selon Jacky Bonnemains qui dirige les Robins des bois, une ONG qui siège dans le Haut comité pour la transparence et pour l'information sur la sécurité nucléaire : "La France est condamnée à continuer à travailler avec la Russie si elle veut résorber son stock d'uranium de retraitement et si elle veut justifier sa doctrine de retraitement des combustibles irradiés. Une doctrine qui est défendue bec et ongles depuis une quarantaine d'années par la France."

La France continue donc d'envoyer son uranium en Sibérie. Elle avait arrêté il y a maintenant une dizaine d'années, mais d'après une enquête de Greenpeace, EDF a signé un nouveau contrat il y a quatre ans et Orano s'est engagé sur le retraitement de 1 000 tonnes d'uranium, il y a maintenant deux ans. La question est de savoir s'ils vont maintenir ces contrats, sachant que les Russes seraient les seuls à pouvoir faire la conversion de cet uranium et que les stocks, on le rappelle, augmentent de 1 000 tonnes chaque année en France. Ces stocks, donc, augmentent.

Greenpeace demande donc maintenant des explications sur cette situation. "Il y a un vrai besoin de transparence et EDF et Orano doivent publier les contrats qu'ils ont passé avec Rosatom [entreprise publique Russe]", déplore Cécile Génot qui s’occupe de la communication pour la campagne Transition énergétique de Greenpeace.

"Aujourd'hui, on n'a pas de transparence de la part des industriels du nucléaire sur leurs liens avec la Russie."

Cécile Génot, Greenpeace

à franceinfo

Orano n'a pas répondu à nos demandes d'interview ou de précisions. EDF indique dans un communiqué que le régime de sanctions adopté aujourd'hui contre la Russie ne l'empêche pas de fonctionner normalement. La question a été soulevée mardi matin dans le Haut Comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire, qui réunit toutes les parties prenantes. D'après un participant, EDF n'a pas clarifié sa position.

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