Crise en Ukraine : "Un environnement de surenchère dans le cadre d'une négociation particulièrement délicate", pointe l'ancien ambassadeur Jean de Gliniasty

Celui qui a été ambassadeur de France à Moscou de 2009 à 2013 estime qu'il "ne faut pas sous-estimer" le risque d'escalade entre la Russie et les États-Unis dans le dossier ukrainien. 

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Radio France
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Un soldat ukrainien sur la ligne de front à la frontière entre l'Ukraine et la Russie, le 21 janvier 2022.  (ANATOLII STEPANOV / AFP)

"Il s'agit d'un environnement de surenchère dans le cadre d'une négociation particulièrement délicate", a souligné mardi 25 janvier sur franceinfo Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), alors que la Russie a annoncé mardi après-midi le lancement de nouvelles manœuvres militaires, au sud de l'Ukraine, notamment dans la région de la Crimée annexée en 2014 par les Russes. De leur côté, les États-Unis ont insisté sur les lourdes sanctions que subirait la Russie, et même Vladimir Poutine lui-même, en cas d'invasion de l'Ukraine.

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Pour le diplomate et ancien ambassadeur de France en Russie de janvier 2009 à novembre 2013, il y a "un risque d'escalade progressive", même si Vladimir Poutine a assuré ne pas avoir "l'intention d'envahir l'Ukraine". L'ancien ambassadeur craint par ailleurs que, dans cette crise, l'Europe "ne soit hors-jeu".

franceinfo : Cette montée de tension de part et d'autre est-elle la bonne stratégie ?

Jean de Gliniasty : Je ne sais pas. Ce qui est sûr, c'est qu'il s'agit d'un environnement de surenchère dans le cadre d'une négociation particulièrement délicate. Les Russes ont lancé cette concentration de militaires au moment où ils présentaient le traité ; les Américains mobilisent une partie des troupes de l'Otan, parce que ce qui est en cause, c'est la sécurité de l'Europe. Il faut montrer que l'on est sérieux dans cette négociation.

Y a-t-il un risque de dérapage ?

La partie de bras de fer prendra fin à partir du moment où il y aura quelques premiers résultats, même à titre transitoire, de la négociation qui s'ouvre. Dès qu'il y aura quelques résultats de ces entretiens, j'imagine que la tension va tomber. Sur le risque d'escalade, il ne faut pas le sous-estimer. Quand vous accumulé 100 000 hommes et du matériel et quand, d'un autre côté, vous tombez aussi dans une sorte de psychose, justifiée ou non, il peut y avoir des incidents. On sait très bien qu'il y a des groupes d'extrême-droite en Ukraine qui considèrent que, pour récupérer l'intégrité territoriale de l'Ukraine, il faut une guerre. Nous savons très bien aussi qu'il y a des groupes d'extrême-droite, présents à la Douma, qui considèrent que la guerre est peut-être inévitable et que Poutine, en 2014, n'a pas terminé le travail.

Êtes-vous inquiet ?

On ne peut pas être totalement serein dans la mesure où, quand on accumule des troupes et des matériels, on est tenté de s'en servir. Il y a donc un risque incontestable d'escalade. En tout cas, dans la psychologie russe, Poutine a dit à plusieurs reprises qu'il n'avait pas l'intention d'envahir l'Ukraine. Ça ne serait pas une invasion de grande ampleur. Nous serions plutôt dans une sorte d'escalade progressive. Mais sur le fond, il y a eu une proposition de traité russe. Avant la fin de la semaine, il va y avoir des réponses écrites de la Russie. Et il y aura une vraie négociation dans un contexte de tension. Cette négociation sous pression va durer longtemps parce que ce n'est pas simple. Et on peut espérer qu'elle aboutisse à un nouveau statut de sécurité pour l'Europe.

L'Europe est-elle hors-jeu ou peut-elle jouer un rôle de négociatrice ?

Je crains que l'Europe ne soit hors-jeu. Quand Angela Merkel et Emmanuel Macron ont essayé de mobiliser les Européens pour entamer un dialogue avec Poutine après le sommet Biden-Poutine en juin dernier à Genève, on s'est rendu compte qu'en fait, ils traitaient de l'Europe, de l'Ukraine et de la sécurité en Europe. Le président français et la chancelière allemande ont dit qu'il fallait absolument que l'Europe prenne l'initiative. Et ils se sont heurtés à un mur car près de la moitié des États-membres considèrent que la sécurité en Europe et la géopolitique européenne sont du ressort de l'Otan et des États-Unis.

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