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Crimée : faut-il craindre une militarisation du conflit ?

L'Ukraine va se battre pour "la libération" de la Crimée dont elle ne "reconnaîtra jamais l'annexion par la Russie", stipule une résolution votée jeudi par le Parlement ukrainien.

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Des militaires ukrainiens (à droite), quittant le quartier général de la marine ukrainienne à Sebastopol (Crimée), passé sous le contrôle de milices pro-russes (à gauche), le 19 mars 2014. (FILIPPO MONTEFORTE / AFP)

L'Ukraine va se battre pour la libération de la Crimée. Le Parlement ukrainien a adopté, jeudi 20 mars, une résolution en ce sens. Une réponse aux évènements des jours précédents, marqués par l'installation de troupes russes dans la péninsule, rattachée mardi à la Russie.

"L'heure est à la diplomatie ferme pour éviter toute escalade", a martelé le ministre de la Défense français, Jean-Yves Le Drian, invité de RMC et BFMTV. "Nous n'allons pas nous impliquer dans une aventure militaire en Ukraine", a déclaré pour sa part le président des Etats-Unis, interrogé mercredi soir. Or, si les Occidentaux misent sur les sanctions et discussions pour apaiser la situation entre Kiev et Moscou, son évolution laisse craindre une militarisation du conflit. 

Les bases militaires placées sous contrôle russe 

Les militaires ukrainiens de Novoozerne, dans l'ouest de la Crimée, ont laissé les soldats russes prendre possession mercredi de leur base navale. Plus tôt dans la matinée, les forces de Moscou s'étaient emparées d'une autre base : le quartier général de la marine ukrainienne à Sébastopol, retenant en otage Serguiï Gaïdouk, le commandant de la marine ukrainienne. Des drapeaux aux couleurs de Moscou flottent désormais sur ces bâtiments.

Avant même le départ des Ukrainiens, deux hommes en civils avaient vissé un blason sur le portail, rapporte l'AFP : un aigle bicéphale, symbole de l'empire russe, restauré après la chute de l'Union soviétique.

La veille, une tentative d'assaut contre une unité militaire ukrainienne à Simferopol avait fait un mort du côté des soldats, fidèles au régime de Kiev. "Des soldats russes ont commencé à ouvrir le feu sur des militaires ukrainiens, c'est un crime de guerre" a avait réagi le Premier ministre par intérim, Arseni Iatseniouk.

Des militaire ukrainiens évacués ou conduits à la frontière 

Objectif de ces interventions : chasser de Crimée les soldats ukrainiens pour y installer des forces pro-russes. Ainsi, Serguiï Gaïdouk, le commandant de la marine ukrainienne, a été relâché dans la nuit à proximité du village de Tchongar, selon le père d'un des otages, le député Anatoli Gritsenko. C'est-à-dire, là où se trouvent les postes de contrôle établis entre la Crimée et le reste de l'Ukraine. 

"Tous les autres otages civils détenus par les militaires russes et les représentants des nouvelles autorités autoproclamées" de la Crimée ont été libérés, a précisé un communiqué de la présidence. En début de soirée, le président ukrainien par intérim Olexandre Tourtchinov avait "donné au pouvoir autoproclamé de la Crimée trois heures pour libérer tous les otages", menaçant de prendre des "mesures adéquates" de représailles.

Par ailleurs, l'Ukraine prépare elle-même un plan d'évacuation de la Crimée pour les militaires et les membres de leurs familles, invités à "rejoindre rapidement l'Ukraine continentale", a déclaré , a déclaré mercredi le secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense, Andriï Paroubiï.

Le "combat" ou la riposte ukrainienne

Après cet épisode, le gouvernement de Kiev a autorisé mercredi ses soldats encore dans la péninsule à prendre les armes pour se défendre.  Défendre la Crimée, c'est aussi ce que promet une résolution adoptée jeudi au Parlement ukrainien. "L'Ukraine ne cessera pas sa lutte pour la libération de la Crimée aussi longue et douloureuse qu'elle soit""Le peuple ukrainien ne reconnaîtra jamais l'annexion de la Crimée", prévient le texte. 

En revanche, la résolution n'indique pas sous quelle forme l'Ukraine entend mener ce "combat". Sur le terrain de la diplomatie ou d'un point de vue militaire ? D'autant plus que son armée, composée d'environ 130 000 soldats, selon les chiffres de l'Institut international pour les recherches stratégiques (IISS), peut difficilement rivaliser avec "l'ogre russe" : environ 800 000 hommes, détaille Le Figaro.

L'Otan, appelée à la rescousse, s'inquiète

Début mars, l'Otan a renforcé sa coopération avec l'Ukraine. Désormais, l'organisation fait part de son inquiétude. Le rattachement de la Crimée à la Russie constitue la "plus grave" menace pour la stabilité de l'Europe depuis la Guerre froide, a même annoncé le secrétaire général de l'Otan Anders Fogh Rasmussen. Mercredi, il a évoqué "un signal d'alarme pour la communauté euro-atlantique, pour l'Otan et pour tous ceux qui sont engagés dans la défense d'une Europe entière, libre et en paix".

Il a une nouvelle fois appelé Moscou à cesser toutes activités militaires envers l'Ukraine et à rechercher avec son voisin un dialogue pacifique."Si elle continue sur cette lancée, la Russie fait le choix de s'isoler sur la scène internationale", a-t-il ajouté sans formuler, toutefois, aucune menace militaire à l'encontre de Moscou.

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