Manifestations, émeutes : que se passe-t-il en Bosnie ?

Un mouvement de protestation a tourné à l'émeute, vendredi à Tuzla et à Sarajevo. Des Bosniaques dénoncent depuis trois jours la pauvreté et le chômage qui frappent le pays. 

Des manifestants devant le gouvernement régional de Tuzla (Bosnie-Herzégovine), le 7 février 2014.
Des manifestants devant le gouvernement régional de Tuzla (Bosnie-Herzégovine), le 7 février 2014. (DADO RUVIC / REUTERS)

Une manifestation contre la pauvreté et le chômage a tourné à l'émeute, vendredi 7 février, en Bosnie-Herzégovine. A Tuzla, dans le nord-est du pays, et à Sarajevo, la capitale, les protestataires ont saccagé les sièges des administrations régionales. La tension monte depuis trois jours dans l'ex-république yougoslave. Explications. 

Des violences dans tout le pays

Depuis trois jours, des manifestations ont lieu dans une vingtaine de villes importantes de ce pays de 3,9 millions d'habitants, dont Prijedor, Mostar, Banja Luka et Bihac. A Tuzla, une centaine de jeunes encagoulés ont pénétré, vendredi, dans l'immeuble du gouvernement local où ils ont saccagé le mobilier et jeté des téléviseurs par les fenêtres. Ces scènes se sont déroulées sous les yeux de plus de 5 000 manifestants, qui applaudissaient. Des flammes, ainsi qu'une épaisse fumée noirâtre, se sont échappées du premier étage de cette tour de dix étages. A l'intérieur de l'immeuble, les manifestants ont empêché les pompiers d'éteindre les flammes. Les incidents ont fait huit blessés. Deux d'entre eux, un policier et un manifestant, grièvement atteints par des jets de pierres, ont été hospitalisés. 

La veille, dans cette même ville, des heurts violents entre des milliers de manifestants et les forces de l'ordre avaient fait 130 blessés, en majorité des policiers.

EVN

A Sarajevo, un millier de protestataires ont cassé les fenêtres et ont mis le feu aux guérites des gardiens et aux locaux de l'immeuble abritant l'administration régionale. Ils ont ensuite incendié le siège de la présidence. A Zenica, dans le centre du pays, des échauffourées ont éclaté entre environ 3 000 manifestants et les forces de l'ordre, faisant cinq blessés parmi les policiers.

"La réponse du peuple", "la révolution"

Ces manifestations illustrent l'exaspération de la population face à une classe politique engluée dans des querelles politiciennes et incapable de redresser une économie sinistrée depuis la fin de la guerre inter-communautaire de 1992-1995.

A Tuzla, Aldin Siranovic, un des leaders des manifestants, a déclaré que la foule réclamait la démission du gouvernement : "Ils nous volent depuis vingt-cinq ans et ruinent notre avenir. Nous voulons qu'ils s'en aillent." Cette ville, qui formait naguère le cœur industriel du nord de la Bosnie, a été durement touchée, ces dernières années, par les fermetures d'usines. De plus, des salariés de plusieurs anciennes entreprises publiques de l'industrie chimique et forestière, en faillite, n'ont plus reçu de salaire depuis plusieurs mois.

La police devant le siège du gouvernement régional à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine), le 6 février 2014.
La police devant le siège du gouvernement régional à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine), le 6 février 2014. (DADO RUVIC / REUTERS)

"C'est la réponse du peuple. C'est la révolution !" abonde un autre des représentants des manifestants, Sakib Kopic. Il insiste : "Il ne s'agit pas de sauvages qui protestent. Ce sont beaucoup de jeunes qui n'ont aucun espoir d'avoir un travail à la sortie des universités."

Rongé par une corruption endémique, ce petit pays balkanique est l'un des plus pauvres d'Europe. Le chômage frappe 44% de la population active, mais la Banque centrale estime toutefois le nombre de personnes sans emploi à 27,5%, car beaucoup de Bosniaques sont employés au noir. Cela reste le taux de chômage le plus élevé des Balkans. Le salaire mensuel moyen est de 420 euros, et près d'un habitant sur cinq vit dans la pauvreté, selon les statistiques officielles.