La Suisse à gauche de Mélenchon?

Mélenchon en rêvait, les Suisses vont-ils le faire ? Les citoyens helvétiques sont appelés à voter le 24 novembre 2013 sur un texte proposant que, dans une entreprise, la rémunération la plus haute ne puisse pas être plus de douze fois supérieures au salaire le plus bas.

L\'affiche choc en faveur de l\'initiative sur la limitation des hauts salaires en Suisse.
L'affiche choc en faveur de l'initiative sur la limitation des hauts salaires en Suisse. (juso)
En France, un tel texte instituerait un salaire maximum équivalent à 12 fois le smic, soit 17.160 euros environ. Mélenchon demandait un plafonnement des salaires à 20 fois le salaire médian. Mais ce texte de référendum d’initiative populaire, appelé «1:12» n’a pas été déposé en France mais dans la très prospère Suisse. 

«Le salaire le plus élevé versé par une entreprise ne peut être plus de douze fois supérieur au salaire le plus bas versé par la même entreprise. Par salaire, on entend la somme des prestations en espèces et en nature (argent et valeur des prestations en nature ou en services) versées en relation avec une activité lucrative», dit notamment le texte soumis aux citoyens,  par les jeunes socialistes.

Selon les socialistes suisses, entre 2000 et 2010, «le revenu disponible des plus hauts salaires a augmenté de 23.700 francs tandis que les revenus moyens ont diminué de 300 francs». Et les «juso» (jeunes socialistes) de donner quelques exemples : le CEO du Crédit Suisse toucherait 7,8 millions de francs par an. «Qu’un chef gagne 30, 40 ou 100 fois plus que ses employé-e-s n’est plus une rareté», affirment-ils. Actuellement, le «high-management» toucherait en moyenne 73 fois plus que les salariés en bas de l'échelle, selon les jeunes socialistes. Toujours selon eux, «seul 0,3% des entreprises sont touchées par l’initiative 1:12, c’est-à-dire 12.000 managers».

 

Pour les opposants à l’initiative, ce texte va à l’encontre du «modèle suisse», car pour eux «la politique salariale est l’affaire des entreprises pas de l’Etat». Autre argument, «l’initiative provoquera l’externalisation de certains emplois et une augmentation du chômage».
 
Dans cette proposition de loi, il est prévu qu'aucune entreprise ne soit exemptée de ce plafonnement. Si les Verts soutiennent cette initiative des jeunes socialistes, le gouvernement et les organisations patronales sont vent debout et Berne a officiellement appelé à voter contre cette mesure. Le gouvernement avance l’argument habituel selon lequel cette proposition risque de menacer la compétitivité des entreprises suisses et les recettes fiscales du pays. «J'ai toujours été contre les rémunérations excessives mais nous sommes maintenant revenus à des pratiques plus censées et je ne veux pas, avec cette initiative, que nous jetions le bébé avec l'eau du bain», a fait valoir à Berne le ministre de l'Economie, Johann Schneider-Ammann. Le ministre, un ancien homme d'affaires qui s'est lancé dans la politique, estime que la Suisse perdra des recettes fiscales en cas de «oui» à l'initiative.
 
Les Suisses qui n’ont guère goûté le sauvetage des banques helvétiques avec l’argent public, alors que les dirigeants des banques touchaient d’énormes revenus avaient déjà décidé il y a un an une mesure de limitation des salaires. En pleine affaire Vasella, du nom du dirigeant de Novartis qui avait touché un parachute doré de 60 millions d’euros, ils avaient déjà voté massivement (à près de 69%) une intiative (l'initiative Minder) instaurant le fait que ce sont désormais les actionnaires qui votent les rémunérations des dirigeants. 
 
Et si cette votation du «1:12» est rejetée, (ce qui a été le cas, voir les résultats), les Suisses devront bientôt se prononcer sur une autre proposition. Les syndicats suisses (USS) demandent qu’un salaire minimum de 4.000 francs (environ 3.200 euros) soit imposé dans le pays.  C’est Mélenchon qui serait content… lui qui demande un SMIC à 1.700 euros.