Brexit : "Toute la politique est bloquée et le gouvernement ne fait rien"

L'ancien ministre britannique Denis MacShane estime vendredi que "toute la politique est bloquée" au Royaume-Uni et reste partisan d'un nouveau vote.

L\'ancien ministre britannique Denis MacShane reste partisan d\'un nouveau vote sur le Brexit.
L'ancien ministre britannique Denis MacShane reste partisan d'un nouveau vote sur le Brexit. (CARL COURT / AFP)

"Je crois que le pays va aller sur l'abysse, sur les falaises si on continue avec le Brexit", a affirmé vendredi 21 septembre sur franceinfo Denis MacShane, l'ancien ministre britannique des Affaires Européennes dans le gouvernement de Tony Blair, alors que les négociations sur le Brexit sont "dans une impasse", selon Theresa May, après le rejet par les Européens de la proposition britannique lors du sommet informel de Salzbourg. 

franceinfo : Les Européens ont-ils tort d'humilier Theresa May ?

Denis MacShaneNon. Ce ne sont pas les Européens, c'est simplement Dublin qui ne peut pas accepter quelque chose qui va risquer la paix. Il y a des nationalistes extrêmes qui détestent Gerry Adams [dirigeant politique nord-irlandais] et qui pensent qu'ils sont tous des traîtres. Ils luttent pour unifier l'île. Toutes les forces de sécurité en Irlande du Nord sont terrifiées de l'agressivité de Theresa May sur cette question-là. Elle est prisonnière de protestants extrêmes, anti gay, anti avortement, qui ont presque le contrôle total du parti conservateur.

Les Européens ne contribuent-ils pas à fragiliser encore plus la Première ministre britannique ?

Madame May a écrit une tribune dans Die Welt, à Berlin, dans El Païs, à Madrid, insistant sur ce point : elle veut envoyer des ministres pour donner des leçons aux politiciens des 27. Et hier soir, elle a simplement lu le texte de son papier dans les journaux que tous les autres leaders ont déjà lu. Elle n'arrive pas avec des propositions concrètes. Monsieur Barnier a dit depuis le début des choses très claires. Oui, vous allez quitter [l'Union européenne]. On va organiser un accord basé sur trois principes qui n'ont pas changé depuis deux ans. Un, vous devez payer ce que vous devez payer. Deux, un traitement décent pour les ressortissants européens. Et trois, pas question de frontière avec Dublin. Theresa May a accepté, elle a engagé l'honneur de l'Angleterre. Et maintenant elle dit non.

L'absence d'accord est-il quasiment intégrée au Royaume-Uni ?

Non. Par exemple, il y a l'équivalent du Medef qui a fait l'annonce aujourd'hui que 80% de leurs firmes, s'il n'y a pas d'accord, ne savent pas quoi faire. Ils vont certainement fermer des usines. Il y a 1,4 million de jeunes qui n'étaient pas assez âgés pour voter. Et il y a des vieux, des Anglais, qui ne sont plus parmi nous. C'est l'avenir du pays qui est en jeu. Regardez la Suisse, le pays des référendums. Si les Suisses arrivent avec un résultat qui serait mauvais pour la Suisse, ils revotent. Toute la politique est bloquée. Le gouvernement ne fait rien. Les partis politiques sont bloqués. Il faut quelque chose pour couper le nœud gordien chez nous. Je ne suis pas fana des référendums. Mais je crois que le pays va aller sur l'abysse, sur les falaises si on continue avec le Brexit.