Brexit : "Le rétablissement de contrôles" entre les deux Irlandes "serait une menace" selon une experte

Les négociations du Brexit sont dans l'impasse, notamment sur la question de la frontière entre les deux Irlandes. Sur franceinfo ce mercredi, la politologue Elvire Fabry estime que "le rétablissement de contrôles serait une menace".

Des voitures traversant la frontière entre l\'Irlande et l\'Irlande du Nord, en juin 2016. 
Des voitures traversant la frontière entre l'Irlande et l'Irlande du Nord, en juin 2016.  (PAUL FAITH / AFP)

Un sommet européen se tient dans la soirée mercredi 17 octobre à Bruxelles pour sortir de l'impasse autour du Brexit. Michel Barnier, le négociateur de l'Union européenne, pourrait proposer d'allonger la période de transition pour obtenir des garanties suffisantes sur la gestion de la frontière irlandaise. Sur franceinfo, la politologue et chercheuse senior à l'Institut Jacques Delors, Elvire Fabry a jugé que "le moindre rétablissement de contrôles" entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord "serait une menace".

franceinfo : Les conséquences seraient-elles désastreuses en cas de rétablissement d'une frontière physique entre les deux Irlandes ?

Elvire Fabry : L'accord du Vendredi saint de 1998 a été le garant de la fin de la guerre civile qui a déchiré complètement catholiques et protestants dans l'île et il reposait sur le principe de l'absence de frontières. Aujourd'hui, le moindre rétablissement de contrôles serait une menace, c'est l'épicentre de cette négociation qui se joue et l'on voit bien que tout se cristallise sur cette question-là.

La crainte de voir ressurgir les violences auxquelles l'accord de paix a mis fin est-elle fondée ?

C'est fondé et c'est un enjeu à la fois pour les Européens qui avaient joué un rôle très important dans le rétablissement de la paix, pour les Irlandais qui sont très demandeurs et pour le Royaume-Uni lui-même. Theresa May [Première ministre britannique] elle-même ne veut pas prendre le risque de raviver des conflits et en même temps, elle est l'otage des unionistes dont sa majorité dépend au Parlement.

On peut s'attendre à des conséquences économiques ?

Oui, parce que l'Irlande du Nord est un lieu de zone de circulation avec le reste du Royaume-Uni et notamment pour les biens agricoles. On sait très bien que toutes les chaînes de production de valeurs établies entre l'Irlande et l'Irlande du Nord ont besoin de pouvoir continuer à fonctionner sur un espace ouvert. Si l'on commençait à rétablir des contrôles... C'est le lait des vaches qui est prélevé d'un côté, qui est traité dans des usines de l'autre côté au nord de l'île, et réexporté à partir de la République d'Irlande en poudre de lait vers d'autres pays... Donc ce sont des incidences économiques des deux côtés.

Le Brexit, qui devait être signé dans six mois, vous semble-t-il aujourd'hui compliqué, voire impossible ?

À partir du moment où l'on n'a pas cette garantie sur la frontière entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord, on n'a pas les garanties suffisantes pour pouvoir aborder le cadre général des négociations futures post-Brexit. Logiquement, on ne peut pas s'accorder sur une déclaration politique telle que c'était prévu pour le sommet qui commence ce soir. Ce qui veut dire que cela invalide les négociations qui concernent la sortie du Royaume-Uni et l'accord de transition, donc en effet, ça précipite le Royaume-Uni vers une sortie sans accord.