Brexit : la compagnie française Brittany Ferries constate une baisse de 9% dans le détroit du Pas-de-Calais cet été

La compagnie maritime bretonne a déjà observé une baisse de fréquentation de ses lignes, alors que la perspective d'un Brexit sans accord devient de plus en plus plausible.

Le bateau \"Normandie\", de la compagnie Britanny Ferries, arrive à Ouistreham (Calvados), le 29 juin 2017.
Le bateau "Normandie", de la compagnie Britanny Ferries, arrive à Ouistreham (Calvados), le 29 juin 2017. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

"Sur le détroit du Pas-de-Calais, qui est le gros outil de transport du transmanche, que ce soit en fret ou en passager, on semblerait être autour de -8 à -9% sur la saison estivale", a déclaré jeudi 22 août sur franceinfo Jean-Marc Roué, président de Brittany Ferries, compagnie maritime bretonne et premier employeur de marins en France. La France se prépare au "no deal" le 31 octobre, alors que le Premier ministre britannique Boris Johnson est à Paris jeudi pour parler Brexit avec Emmanuel Macron.

franceinfo : Avez-vous observé cet été un effet Brexit en termes de fréquentation de vos lignes ?

Jean-Marc Roué : Oui. Sachant que le Brexit devait intervenir le 29 mars, nous avions un budget qui présentait déjà une dégradation du volume transporté. Nos prévisions étaient justes, puisque nous avions prévu 90 000 passagers en moins et on sera à un peu plus de 100 000 passages en moins. Toutes les lignes sont concernées, même s'il y a des lignes plus atteintes que d'autres. Les Anglais commencent à moins sortir de leur territoire. Sur le détroit du Pas-de-Calais, où se réalise le plus gros du transport transmanche, que ce soit en fret ou en passager, on semblerait être autour de -8 à -9% sur la saison estivale.

Le deuxième point, c'est que les entreprises qui commercent sur le transmanche commercent toutes en livre sterling. Et la livre sterling a déjà commencé à se dévaluer en juin 2016 [le référendum sur le Brexit s'est tenu le 23 juin 2016] pour arriver aujourd'hui à un point bas qui se trouve à 1,09. En février 2016, quelques mois avant le référendum, la livre était à 1,35. Très concrètement pour Brittany Ferries, en plus du volume d'affaires, nous avons un manque à gagner autour de 25 à 30 millions d'euros par an depuis juin 2016. Les conséquences sont réelles.

Avez-vous constaté des conséquences sur l'emploi ?

L'entreprise Brittany Ferries, à la suite de la crise de 2008, a été fortement réformée [après la crise économique en Europe, Brittany Ferries avait réduit les salaires et accru le temps de travail afin de redresser sa compétitivité]. J'ai pris des décisions à certains moments qui ont été des décisions salutaires. Ce qui fait que Brittany Ferries est en capacité de maintenir ses lignes, son volume d'affaires et sa flotte encore quelques années. Très concrètement, non, aujourd'hui il n'y a pas d'impact sur l'emploi. On est plutôt à vouloir trouver des opportunités, notamment pour la destination Irlande, qui va se trouver totalement isolée du territoire européen. La République d'Irlande a été un élève parfait de l'Union européenne, il n'y a pas de raison aujourd'hui que l'Union européenne la lâche au milieu de la mer d'Irlande sans trouver des solutions lui permettant de se raccrocher au territoire européen. C'est un peu l'opportunité que nous avons saisie l'année dernière chez Brittany Ferries. Notre stratégie c'est plus de bateaux, plus de capacité, et concrètement l'année dernière nous avons doublé nos départs de France vers la République d'Irlande et nous avons lancé une ligne novatrice, puisque ça n'existait pas, entre la péninsule ibérique et l'Irlande directement par la mer.

Vous suivez de près les évolutions autour du Brexit, qu'espérez-vous qu'Emmanuel Macron fixe comme règles auprès de Boris Johnson ?

Nous, nous sommes des techniciens, des opérationnels. Le problème du Brexit c'est un problème politique. Ce n'est pas un problème technique, nous en France on est prêts à un Brexit dur.

Si le Brexit se concrétise, vous allez avoir des contrôles renforcés pour les marchandises et les personnes. Est-ce que l'État et la région Bretagne font le nécessaire là-dessus en termes d'investissement ?

Complètement. Le service de la DGDDI [Direction générale des douanes et droits indirects] a mis en place un dispositif informatique qui a été testé pour voir si les interactions avec notre système informatique étaient compatibles. Ça marche. On va faire des tests grandeur nature au mois de septembre, une fois que le passager estival sera rentré en Grande-Bretagne.