Brexit : "Fermer les portes et bloquer les arrivées dans le pays, ça va ralentir l'économie", redoute David, un Français installé à Londres depuis 30 ans

Le Royaume-Uni a officiellement quitté l'Union européenne le 1er janvier 2020. David Rouland, un Français qui vit à Londres depuis les années 90, regrette le temps où pouvait s'y installer sans trop de formalités. 

Article rédigé par
Marie-Pierre Vérot - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
David Rouland et son "black cab" à Londres, janvier 2021 (MARIE-PIERRE VEROT / RADIO FRANCE)

Le Brexit c’est aussi la fin d’une liberté de circulation et d’installation dont ont profité de nombreux étrangers, dont des Français. Il n'y a pas que le programme d'échanges universitaires Erasmus qui s'arrête, dorénavant pour venir s’installer et travailler en Angleterre, il faudra tout d'abord un contrat de travail et un salaire minimum, environ 28 000 euros par an, pour espérer obtenir les 70 points nécessaires au nouveau visa. L’expérience qu’a vécue David Rouland, un Français vivant à Londres depuis 30 ans, ne serait plus aujourd’hui possible.

"On rentrait dans un établissement où on pensait qu’il y avait peut-être un boulot, on demandait à voir le manager, on lui demandait s’il avait besoin de personnel, souvent il disait oui et on commençait le lendemain", explique-t-il. "Le fait de fermer les portes et de bloquer les arrivées dans le pays, ça va ralentir l’économie et les innovations", raconte David un peu amer après la sortie des Britanniques de l'Europe, "personnellement je me suis bien sûr épanoui mais je pense avoir aussi contribué à l’économie du pays."

"Ça va être très dur", maintenant de s'installer au Royaume-Uni

David Rouland c’est une histoire d’amour avec le pays de Charles Dickens qui a démarré en 1991. Il y est arrivé pour apprendre l’anglais. Il tombe sous le charme de Londres. Il y rencontre sa femme. Et l’aventure qui devait durer six mois se poursuit depuis 30 ans. Les années 90, c’était l‘époque bénie où les étrangers pouvaient venir avec trois francs six sous en poche.

"C’était hyper simple de gagner un peu d’argent pour payer le loyer, se souvient David. On s’enregistrait, on avait un numéro de sécurité sociale, le 'national insurance number' comme ils disent en anglais, et puis on pouvait trouver un travail et s’installer comme on le souhaitait. Et c’est ce que j’ai fait", témoigne le Français devenu chef d'entreprise. "J’ai créé mon business, je paye des impôts, je fais la promotion du Royaume-Uni dans mon boulot. Pour quelqu’un qui va arriver les prochaines années, ça va être très dur de faire la même chose. Et c'est bien dommage". Cette fermeture du pays aux étrangers avec le Brexit, c'est une erreur pense-t-il, parce que l’immigration est aussi une richesse.

"C’était facile à l’époque, il y avait cette grande liberté de venir et de tenter des aventures professionnelles."

David Rouland

à franceinfo

David Rouland a d'abord travaillé ans la restauration. À l'époque, pas besoin d'avoir un contrat de travail ni de salaire minimum et un bon niveau d'anglais comme c’est le cas depuis l’entrée en vigueur du Brexit. Dans la restauration il a travaillé au Saint-Quentin, un établissement français situé à côté du célèbre magasin Harrods. Puis dans d’autres brasseries, ensuite à la City pour accueillir les clients, comme "butler". Il a été majordome privé, le soir dans les familles aristocrates, même auprès de certains membres de la famille royale.

Toujours désireux de progresser et d'apprendre, il s'inscrit à une école de croupier, ce qui l'emmène à travailler au casino pendant quelques mois. Mais à la naissance de son fils le travail de nuit devient pesant, David décide alors de devenir son propre patron. Il passe la licence de taxi londonien, le "knowledge", si réputé. Cela prend près de cinq ans. Aujourd’hui, il possède son entreprise et organise dans son "black cab" des visites privées de Londres pour les touristes français ou francophones. 

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