Cet article date de plus d'onze ans.

L'interdiction de l'IVG en cas de malformation fait débat en Espagne

Le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy veut resserrer les conditions d'accès à l'avortement. 

Article rédigé par franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Des militants "pro-vie" à Madrid (Espagne), le 25 mars 2012. Sur les pancartes, on lit "Non à l'avortement, oui à la vie." (DOMINIQUE FAGET / AFP)

Alors que l'Espagne a libéralisé l'avortement il y a deux ans, le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy veut resserrer les conditions d'accès à l'IVG. Pour le ministre de la Justice, Alberto Ruiz-Gallardón, il faudrait interdire l'avortement en cas de malformation du fœtus. "Je ne comprends pas que l'on ne protège pas l'enfant conçu, que l'on permette l'avortement parce qu'il souffre d'un handicap ou d'une malformation", a t-il déclaré dimanche 22 juillet au quotidien de droite La Razón (lien en espagnol). FTVi revient sur ce débat de société qui reste brûlant dans ce pays très catholique. 

• Où en est le droit à l'avortement en Espagne ?

En matière d'IVG, l'Espagne a toujours eu un train de retard sur ses voisins européens. Les Espagnoles ont dû attendre 2010 pour avorter librement, soit trente-cinq ans après les Françaises, rappelle Le Monde.fr. Aujourd'hui, elles peuvent avorter jusqu'à la 14e semaine de grossesse sans avoir à fournir d'explication, et jusqu'à 22 semaines en cas de risque pour la santé de la mère et/ou de graves anomalies du fœtus. En outre, les mineures de 16 à 18 ans peuvent avorter sans autorisation des parents, une mesure qui avait divisé le pays avant le vote de la loi. C'est le gouvernement socialiste de José Luis Zapatero qui a mené à bien cette réforme, "un marqueur idéologique, au même titre que le mariage homosexuel", écrit Le Figaro

Avant la réforme, une loi, adoptée en 1985, permettait l'avortement dans trois situations seulement : le viol (12 semaines), la malformation du fœtus (22 semaines) ou en cas de danger physique et psychologique pour la mère (sans limitation de temps). C'était une avancée, à une époque où l'avortement était strictement interdit en Espagne.

• Quelle réforme se profile ? 

Fin janvier, peu après l'arrivée au pouvoir des conservateurs du Parti populaire, Alberto Ruiz-Gallardón avait annoncé son intention de réviser la loi sur l'avortement. Il avait déjà évoqué un retour à la législation de 1985. Mais il semblerait que le retour en arrière soit encore plus important. 

En interdisant l'avortement pour malformation du fœtus, comme il l'a annoncé dimanche, les conditions d'accès à l'IVG seraient encore plus dures qu'il y a vingt-cinq ans. Et l'Espagne monterait sur le podium des pays de l'Union européenne les plus restrictifs en matière d'avortement. Aujourd'hui, seules l'Irlande et Malte interdisent l'avortement pour malformation du fœtus. 

• Quelles sont les réactions en Espagne ?

"Les déclarations de Gallardón ont immédiatement réveillé un débat qui ressurgit régulièrement depuis plusieurs années", écrit Le Figaro. D'un côté, il y a les féministes et les partis de gauche. De l'autre, les militants "pro-vie", plutôt soutenus par les conservateurs.

Pour ces derniers, l'annonce de Gallardón a été considérée comme une "percée historique", explique La Razón (lien en espagnol). Par exemple, pour Felio Vilarrubias, responsable de la fondation Talita, "c'est une nouvelle merveilleuse, des milliers d'enfants à qui on ne voulait pas donner la vie vont pouvoir exister et mener une vie digne et heureuse". Un groupe de plus de 500 gynécologues pro-vie a annoncé soutenir "à l'unanimité" la proposition du ministre.

Mais de l'autre côté, on s'affole. "On ne parle pas d'un bébé qui va naître avec une main en moins ! s'agace Luis Enrique Sanchez, président de la Fédération de la planification familiale, dans El Pais. On va refuser à des familles le droit de décider de poursuivre ou non la grossesse si les médecins annoncent que le bébé ne vivra pas plus de quelques heures ou qu'il ne quittera jamais l'hôpital de sa vie. Ce projet va engendrer beaucoup de souffrance."

Un autre argument est répété par les défenseurs du droit à l'IVG : des lois plus restrictives ne diminuent pas forcément le nombre d'avortements. En revanche, les pratiques dangereuses augmentent. Yolanda Besteiro, présidente de la Fédération des femmes progressistes, ajoute dans El Pais que les Espagnoles vont revenir aux "avortements touristiques, comme il y a trente ans". La plate-forme d'associations féministes Mujeres ante el Congreso est également très critique sur la réforme envisagée. "Un sérieux revers pour les droits si durement gagnés dans les dernières décennies", déplore Laura Montero, sa porte-parole.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.