Indignation au Royaume-Uni après le départ de trois ados sans histoires pour la Syrie

Personne n'a rien vu, ni les proches des trois jeunes filles, ni même les services de renseignements britanniques. Ils auraient peut-être dû, pourtant.

Les familles d\'Amira Abase et Shamima Begum, le 22 février 2015, à Londres (Royaume-Uni).
Les familles d'Amira Abase et Shamima Begum, le 22 février 2015, à Londres (Royaume-Uni). (LAURA LEAN / AFP)

"Aucun signe", dit un des pères. "Aucune indication", ajoute le directeur de l'école (en anglais). "Rien", abonde la police. Non, décidément personne n'a vu leur départ venir.

S'il n'y avait les images des caméras de surveillance à l'aéroport de Gatwick, à Londres, le Royaume-Uni peinerait à croire que trois de ses adolescentes ont pris un vol pour Istanbul (Turquie), le 17 février, pendant les vacances scolaires. Destination finale : la Syrie. Francetv info revient sur cette affaire qui touche les Britanniques.

Appels des familles

Elles s'appellent Shamima Begum, Kadiza Sultana et Amira Abase. Les deux premières ont 15 ans, la troisième 16. Trois amies de "bonnes familles". La correspondante de Libération les décrit comme "des jeunes musulmanes modernes, qui portent un foulard ou pas, pratiquent un islam modéré et sont a priori parfaitement intégrées, issues de familles unies".

Effondrées, ces dernières ont lancé d'émouvants appels dans l'espoir qu'elles ne rejoignent pas la Syrie. "Tu es forte, intelligente, belle, et nous espérons que tu prendras la bonne décision. S'il te plaît, rentre à la maison", a lancé la famille d'Amira Abase. Son père a assuré que jamais elle n'avait parlé du jihad à la maison, mais "peut-être qu'elle l'avait fait avec des amies. (...) Elle n'aurait jamais osé avec nous. Elle savait quelle aurait été la réponse".

Les proches de Kadiza disent "vivre un véritable cauchemar" depuis le départ de leur fille. Quant à la famille Begum, elle a voulu avertir Shamima que la "Syrie est un endroit dangereux". "Nous comprenons que tu veuilles aider ceux dont tu crois qu'ils souffrent en Syrie, a ajouté la famille. Tu peux les aider depuis chez toi, tu n'as pas besoin de te mettre toi-même en danger".

La police a relayé plusieurs messages de proches sur Twitter.

Le porte-parole de la mosquée d'East London, l'une des plus grandes d'Europe, a expliqué : "Le message de la mosquée est : 'S'il vous plaît, s'il vous plaît, s'il vous plaît, prenez contact avec vos familles et elles vont vous aider à rentrer.'" Il a cependant appelé les fidèles à ne pas tomber dans l'excès : "Il y a de l'inquiétude en ce moment, mais nous ne voulons pas que les parents surréagissent dans la communauté. Il serait facile pour les parents, par exemple, d'enfermer leurs enfants".

D'excellentes élèves

Toutes trois étaient des lycéennes sans histoire à la Bethnal Green Academy. Cette école jouit d'une excellente réputation, et elles y sont décrites comme de très bonnes élèves, "mais naïves et très vulnérables", selon le Daily Mail (en anglais). La police pense qu'elles auraient suivi l'exemple d'une de leurs amies partie en décembre rejoindre les jihadistes de l'Etat islamique. Une enquête avait alors été ouverte et elles avaient été entendues, mais "il n'y avait rien à l'époque qui puisse suggérer que les jeunes filles elles-mêmes risquaient d'être radicalisées", selon un porte-parole de Scotland Yard.

"Nous sommes tous sous le choc et très tristes que trois de nos élèves soient portées disparues", a réagi le directeur de l'école. "La police nous a dit qu'il n'y avait aucune indication que la radicalisation des jeunes filles ait eu lieu au collège". D'ailleurs, à l'école, l'accès aux réseaux sociaux est "strictement encadré". Les élèves n'ont accès ni à Twitter, ni à Facebook.

Embrigadées sur internet

Renu, l\'aînée de Shamima Begum, montre une photo de sa sœur, le 22 février 2015, à Londres (Royaume-Uni).
Renu, l'aînée de Shamima Begum, montre une photo de sa sœur, le 22 février 2015, à Londres (Royaume-Uni). (LAURA LEAN / AFP)

Pourtant, il semble bien que les réseaux sociaux ont joué un rôle déterminant. Kadiza était particulièrement active sur Twitter. Elle comptait 11 000 followers, selon le Daily Mail. Shamima ne suivait que 77 comptes, mais 70 d'entre eux appartiennent à des extrémistes reconnus sur Twitter, d'après le journal. Peu avant de partir, Shamima aurait pris contact sur le réseau avec Aqsa Mahmood, une jeune femme qui a quitté Glasgow en novembre 2013 pour se marier en Syrie.

Les activités de cette dernière, soupçonnée d'essayer de faire des émules, étaient étroitement surveillées. "Nous savons que son action sur les réseaux sociaux est régulièrement suivie et contrôlée" par la police, a déclaré l'avocat de la famille d'Aqsa Mahmood. "Si elle entre en relation avec d'autres jeunes et essaye de les recruter, [les parents d'Aqsa] se demandent ce que font les services de sécurité dans ce pays".

Par ailleurs, la Turquie a, par la voix de son vice-Premier ministre, reproché au Royaume-Uni d'avoir "laissé ces trois jeunes filles quitter tranquillement l'aéroport d'Heathrow pour aller à Istanbul" et de n'avoir "donné l'information que trois jours plus tard".

Londres a dépêché des enquêteurs. Mais il est peut-être déjà trop tard. Les trois jeunes filles auraient été aperçues à la frontière syrienne.