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Grèce : la hausse de la TVA étrangle les professions libérales

A la veille d'élections législatives, l’économie est toujours à l’arrêt en Grèce et les mesures d’austérité drastiques demandées par l’Europe étouffent de plus en plus les professions libérales.
Article rédigé par Elise Delève
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
  (La TVA est passée de 13 à 23% en juillet dans les restaurants, les hôtels, les taxis et sur certains produits alimentaires © RF / Jean-Marie Porcher)

Les Grecs votent dimanche pour élire une nouvelle Assemblée. Des élections législatives anticipées décidées par Alexis Tsipras. L’ancien Premier ministre de Syriza a démissionné fin août après le départ d’une quarantaine de députés frondeurs de Syriza. Alors qu’il cherche une légitimité politique, les Grecs subissent mesures d’austérité après mesures d’austérité.

 

Pour voir l’impact de ces mesures, on monte dans le taxi jaune de Spiros. Cela fait deux ans que ce jeune chauffeur a choisi ce métier. "Avant 2010 tout allait bien pour moi, je travaillais dans le secteur de l’imprimerie. Et puis à cause de la crise j’ai été licencié. J’ai retrouvé du travail dans le secteur public mais il y a eu beaucoup de retard dans les salaires, et j’ai fini par perdre de l’argent ".

Grèce : la hausse de la TVA étrangle les professions libérales - Elise Delève avec Jules Lavie

Trafic

A 36 ans, Spiros a les cheveux grisonnants mais ne peut pas payer son indépendance. Il habite chez ses parents pour ne pas avoir de charges à payer. C’est eux qui font les courses et qui lui donnent un peu de sous quand il en a vraiment besoin. Spiros gagne pour l’instant 500 euros par mois mais il gagnera moins ce mois-ci, "environ 420 euros ". Depuis juillet, la TVA est passée de 13 à 23% pour les taxis. "C’est une injustice la TVA à 23%. Je ne comprends pas. La seule conséquence c’est que ça va encore plus nous endetter  ".

 

Endetter jusqu’à pousser certains à abandonner leur taxi ou à tricher. "Certains vont tous faire pour éviter de donner des factures. Il y a une sécurité sur les compteurs mais certains de mes collègues l’ont trafiqué ", explique Spiros. Lui assure qu’il ne le fait pas. Il a voté Syriza en janvier et comme beaucoup, il se dit "très très déçu ". Il ne s’attendait pas à un 3e plan d’aides Il ne sait pas encore pour qui il va voter dimanche.

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Jusqu’à 50% de chiffre d’affaires en moins

Il n’y a pas que les taxis qui souffrent de la hausse de la TVA, il y a aussi tout le secteur de la restauration. Le taxi de Spiros nous laisse devant la taverne de Christo. Sur sa terrasse ombragée, il attend les clients. "J’ai perdu 50 % de mon chiffre d’affaires depuis que la TVA est à 23% et que les retraits en liquide des Grecs sont limités" , explique Christo.

 

Comme plusieurs restaurateurs croisés dans ce quartier d’Athènes, Christo refuse pourtant d’assommer ses clients. "Normalement j’aurai dû augmenter mes prix de 10% mais je ne les ai augmentés que de 5%. On fait moitié-moitié ". Mais même comme ça, sa clientèle, majoritairement grecque, vient de moins en moins. "A cause de la TVA à 23% beaucoup de petits commerces vont fermer. Ici par exemple, c’est un restaurant familiale et j’ai du mal à m’en sortir. Ces derniers mois, à cause des mesures d’austérité, j’ai dû licencier deux personnes. En ce moment j’ai juste un cuisinier et quelqu’un pour faire le ménage. Si ça continue, je vais renvoyer la personne qui nettoie et c’est moi qui vais m’en charger ".

 

Christo a voté Syriza en janvier dernier. Lui qui a pourtant le verbe fort, ne trouve qu’un mot lorsqu’on lui demande comment il se sent aujourd’hui. "Idiot ". "Idiot " parce qu’il a cru en Tsipras et ses promesses. Huit mois plus tard, il se retrouve avec des mesures d’austérité encore plus drastiques.

Privatisations

Le 3e plan d’aides signé par Alexis Tsipras comporte la privatisation d’une partie de la Grèce. Loin de Christo, de l’autre côté d’Athènes dans le port du Pirée, nous entrons dans une zone surveillée par les gardes côtes grecs. Le chantier naval de Scaramanga. Chantier vide et silencieux, les grues bleues immobiles se fondent dans le ciel calme. Actuellement le chantier emploie 880 personnes alors qu’il pourrait pourtant en faire travailler 10.000.

 

Vaguiélis Baloyanis, le secrétaire général du syndicat des travailleurs du chantier naval de Scaramanga nous accueille dans son bureau, l’air découragé. "Le budget Défense a été revue à la baisse. Des mesures seront prises à partir du mois d’octobre, on ne sait pas encore à quel niveau cela va nous impacter. Actuellement notre seul client c’est l’Etat grec".

 

Le chantier naval appartient à un groupe étranger mais les employés sont payés par l’Etat grec. Un accord trouvé en 2010, moyennant 35% de salaire en moins. C’était ça où le licenciement. Alors la privatisation du port du Pirée, Vaguiélis n’est pas contre. "Que ce soit privé ou public ca m’est égal, ce que je veux c’est que le pays commence à avancer. Et pour ça, l’Etat grec doit miser sur le secteur maritime. Nous ce qu’on veut, c’est que les bateaux continuent à venir au Pirée, et que s’ils ont besoin de petites réparations, qu’ils viennent ici et qu'on le fasse".

 

Le plan de privatisation prévu par l’Europe pourrait rapporter 50 milliards d’euros à la Grèce. Quant à l’augmentation de la TVA, aucun parti politique ne compte revenir dessus. Leur principal problème c’est de la collecter. En 2013, la TVA avait déjà été augmentée dans la restauration. Les économistes estiment que seul un quart des gains sont rentrés dans les caisses de l’Etat. 

 

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