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Europe de l'est : Le virulent appétit pour les terres agricoles

Dans plusieurs pays d'Europe comme la Roumanie, la Pologne, la Hongrie et la Bulgarie, nombre d'investisseurs achètent des terres agricoles. Le prix est attrayant alors que le coût des denrées s'accroît. Mais cela créé des déséquilibres.
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France Télévisions
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Troupeau de moutons à Rasnov (150 km au nord de Bucarest) le 6/11/2012 (AFP/DANIEL MIHAILESCU)
Dans le monde entier des investisseurs louent ou achètent des terres agricoles. Dans le but d’engranger, à terme, des profits grâce à la hausse  espérée des  terres et des céréales produites. Le phénomène existe également en Europe.
 
Entre les deux guerres mondiales la Roumanie a servi de grenier à blé à l’Europe. Cette perspective, bien éloignée aujourd’hui, n’est plus une utopie.

«En Europe de l'Est, la concentration de la propriété foncière a été particulièrement marquée depuis la Chute du Mur de Berlin»" et s'est accélérée au moment de rejoindre l'Union européenne en 2004 indique la Coordination européenne Via Campesina (ECVC). Pour les auteurs, cette politique s’est accélérée depuis 2004. Elle est facilitée par les subsides reçus dans le cadre de la politique agricole commune (PAC)  –les agriculteurs touchent 130 euros pas hectare.
 
Des terres d'une grande fertilité
L’achat de terre est rendu possible par la désorganisation qui a régné dans l’ex-bloc de l’est. Lors de la collectivisation des terres, beaucoup d‘agriculteurs avaient été écartés et ne sont pas revenus.
 
Face à cette situation, la Hongrie a interdit mi-décembre tout achat de terres par des capitaux étrangers jusqu'en 2014 pour protéger ce trésor national contre les spéculateurs", indiquait alors le Premier ministre conservateur Viktor Orban.
 
Les spécialistes estiment que les terres noires de l’Ukraine de la Russie, de la Pologne ont un potentiel trés élevé. Ces terres de qualité sont beaucoup moins chères qu’en Allemagne ou d’autres pays d’Europe du nord.
 
La Roumanie possède elle aussi des « terres noires » particulièrement fertiles.  « Au moins 6,5%  des terres arables, soit 700.000 hectares environ, sont aux mains d'investisseurs étrangers", affirme Attila Szocs, ingénieur de l’association roumaine EcoRuralis.
 
« Le Sud du pays voit lui l’arrivée d’investisseurs des pays arabes et un fonds d’investissement libanais». Les céréales produites –blé et maïs- où une partie des 20.000 moutons d’un immense élevage partent directement vers les pays du golfe. Dans la majorité des cas, il ne s’agit pas «d’achat » de terres mais de locations à long terme.

Des affaires juteuses 
Les spéculateurs sont arrivés en masse juste avant que la Roumanie ne rejoigne l’UE (en 2004).Le prix a soudainement triplé et continue de monter chaque année, selon Attila Szocs.
«La terre est devenue inaccessible aux paysans locaux», constate-t-il  encore. Pour lucien Bourgois dans Slate« Le risque d’une spoliation des terres est évident ».
 
Le prix est compris entre 2.000 et 4.000 euros /ha, dix fois moins qu’au Danemark ou qu’aux Pays-Bas.


 
Autre possibilité pour les nouveaux. Ils achètent les terres et les louent aux locaux avant de les revendre à une date ultérieure.
 
Ainsi, le site Agrimoney indique qu’un groupe suédois qui avait acquis de cette façon 6.700 hectares en Pologne il y a 13 ans, les a revendus le 30 avril en réalisant « une opération substantielle sur la décennie ».
 
Face aux groupes d’investisseurs puissants, les terres de l’Est sont également une chance pour de jeunes agriculteurs européens juste sortis de lycées agricoles. Tel, M, 19 ans, baccalauréat en poche qui a foncé vers Macesu de Sus (sud-ouest de la Roumanie), et a pu se retrouver à la tête de quelque 140 hectares, ce qui aurait demandé en France deux ou trois générations.

Autre exemple, les Hanni, une famille suisse, qui font de l’agriculture biologique à grande échelle, après avoir fait venir tous les équipements nécessaires. Une chance pour ces hectares, qui subissent en règle général de très forte concentration d’engrais ayant pour conséquence d’appauvrir les sols  

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