Comment les Etats européens gèrent-ils la question rom ?

Aide au retour, accès au travail, au logement… La France cherche encore les réponses à la situation des Roms sur son territoire. Que font nos voisins ?

Des Roms bénéficiant de \"l\'aide au retour humanitaire\" arrivent à l\'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle pour prendre un vol vers Bucarest (Roumanie), le 20 août 2010.
Des Roms bénéficiant de "l'aide au retour humanitaire" arrivent à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle pour prendre un vol vers Bucarest (Roumanie), le 20 août 2010. (FRED DUFOUR / AFP)

La situation des Roms préoccupe toute l'Union européenne. En France, ils seraient 400 000 au total. L'accès au marché du travail d'une partie de ces migrants est restreint, des camps insalubres sont régulièrement démantelés et des Roms incités à regagner leur pays d'origine. Jean-Marc Ayrault a réuni, mercredi 22 août, à Matignon, les ministres de l'Intérieur et du Logement afin d'améliorer l'accès à l'emploi, à l'éducation et au logement de ces populations.

Malgré la volonté de la Commission européenne de favoriser l'intégration des Roms dans leur pays d'origine comme dans leur pays d'accueil, aucune contrainte n'est imposée aux Etats membres. Dans ces conditions, comment nos voisins européens gèrent-ils la question rom ?

L'Allemagne

Comme la France, l'Allemagne restreint l'accès au marché du travail des ressortissants roumains et bulgares, et ce jusqu'à fin 2013. Comme il n'existe pas de statistiques ethniques, il est difficile d'évaluer le nombre de Roms ainsi que leurs pays d'origine et leur situation. Les actions d'associations caritatives montrent toutefois la précarité dans laquelle ils vivent outre-Rhin. En juin 2012, une centaine de familles venues de Bucarest (Roumanie) ont été accueillies à Neukölln, un quartier du sud de Berlin, dans d'anciens immeubles rénovés, raconte la BBC (en anglais).

En revanche, l'Allemagne reconnaît officiellement comme minorité les Roms de nationalité allemande, soit environ 70 000 personnes, selon le Conseil central des Roms d'Allemagne, cité par Libération en 2010. La grande majorité des autres seraient des réfugiés venus du Kosovo, que Berlin encourage à rentrer chez eux avec des aides au retour.

L'Espagne

L'Espagne accueille la plus grande communauté rom de l'Union européenne. Ils seraient environ 700 000 "gitans", (le terme générique englobant différentes populations dont les Roms, et utilisé fréquemment en Espagne) selon les estimations de la Commission européenne. Au printemps 2010, le gouvernement a adopté un "Plan d'action pour le développement de la population gitane 2010-2012", doté d'un budget de 107 millions d'euros sur trois ans. Le plan prévoyait des actions en matière d'éducation, de santé, de logement, ainsi qu'en faveur des femmes.

Aujourd'hui, selon La Croix, une majorité d'enfants roms sont scolarisés. Le ministère espagnol de l'Education, avec l'aide d'ONG, a mis en place des "programmes de bourse, de tutorat et de conseil", rapporte le quotidien, pour permettre aux élèves de poursuivre leur scolarité au-delà de l’âge obligatoire.

Mais, bien après la France et les autres Etats membres de l'UE, l'Espagne a aussi appliqué, depuis août 2011, des restrictions à l'accès à l'emploi aux ressortissants roumains et bulgares, invoquant une "clause de sauvegarde" de son marché.

L'Italie

L'Italie a choisi de lever les restrictions à l'accès au travail en janvier 2012 (l'Irlande a fait de même en juillet), mais sa politique de gestion des camps est fréquemment dénoncée par les ONG et le Conseil de l'Europe. En juin dernier, Amnesty international a par exemple demandé au gouvernement de mettre fin au démantèlement de camps légaux, attribués par des mairies, dans la périphérie de Rome.

Estimés à 150 000, les Roms, ou "Sinti" sont régulièrement au centre de débats sur l'immigration et la sécurité. En 2008, un an après une vague de violence anti-Roms, l'Italie avait commencé à ficher les empreintes digitales des habitants de camps nomades.

Comme la France, l'Italie propose des aides au retour pour les Roms en situation irrégulière (billet d'avion, indemnité de voyage de 400 euros et pécule de 3 000 euros maximum pour la réintégration dans le pays d'origine).

L'Autriche

La population rom est estimée à 25 000 individus en Autriche. En matière d'emploi, le projet Thara Haus, financé par l'Union européenne puis par le gouvernement, offre depuis 2007 un accompagnement individuel et des formations pour favoriser les embauches de jeunes Roms. Les recruteurs des agences pour l’emploi sont aussi sensibilisés afin de lutter contre les stéréotypes au sujet des Roms.

En parallèle, l’Autriche applique toujours des restrictions d'accès à l’emploi pour les Bulgares et les Roumains.

Le Royaume-Uni

Le Royaume-Uni impose lui aussi les mêmes barrières à l'emploi aux quelque 200 000 Roms présents sur son territoire. Parmi les promesses de campagne du parti conservateur, arrivé au pouvoir en mai 2010, figurait le renforcement de la législation contre les occupations illégales de terrains. En projet notamment, la création d'un délit permettant aux policiers d'arrêter les "Gypsies" qui refusent d'évacuer les espaces qu'ils occupent illégalement.

La Belgique

Le royaume de Belgique compte environ 30 000 Roms. Selon La Croix, c'est sur les questions de logement que l'État fédéral se distingue en proposant, par l’intermédiaire de "centres publics d’action sociale", de se porter garant des locataires roms. Les autorités flamandes financent aussi 90% de l'aménagement de terrains d'accueil, ajoute le quotidien.

En février 2012, la Belgique a soumis à la Commission européenne une "stratégie nationale" (PDF) concernant l'intégration, l'éducation et l'emploi des Roms. Ce plan est inspiré des "bonnes pratiques" repérées localement en Flandre et en Wallonie, et repose principalement sur l'accompagnement des personnes dans les démarches quotidiennes.