Ce que l'on sait de Jaber Albakr, le Syrien soupçonné de projeter un attentat en Allemagne

Plusieurs centaines de grammes d'un explosif prisé des jihadistes de l'Etat islamique ont été retrouvés dans l'appartemment occupé par le suspect. Il a été arrêté dans la nuit de dimanche à lundi à Leipzig.

La police allemande sécurise la zone de l\'appartement dans lequel des explosifs ont été retrouvés, le 9 octobre 2016 à Chemnitz (est).
La police allemande sécurise la zone de l'appartement dans lequel des explosifs ont été retrouvés, le 9 octobre 2016 à Chemnitz (est). (HENDRIK SCHMIDT / DPA / AFP)

Police en état d'alerte, contrôles renforcés dans les aéroports et les gares à Berlin... Les importants moyens mis en œuvre ont fini par payer : le jeune Syrien soupçonné de préparer un attentat en Allemagne a été arrêté, dans la nuit de dimanche à lundi, à Leipzig en Saxe.

Comment a-t-il été arrêté ?

D'après le site du journal allemand Spiegel Online, la police a appris que le suspect se trouvait à Leipzig et l'a arrêté dans l'appartement occupé par deux Syriens, auprès desquels Jaber Albakr avait cherché de l'aide.

Les autorités allemandes avaient lancé une chasse à l'homme de grande ampleur et renforcé les contrôles pour tenter de retrouver ce jeune homme de 22 ans. Il est soupçonné d'avoir voulu préparer un attentat. Il leur avait échappé de peu samedi à Chemnitz, une ville située à 260 km au sud de Berlin.

Que s'est-il passé samedi ?

Prévenues d'un danger imminent par les renseignements intérieurs qui le surveillaient, les forces de l'ordre ont pénétré samedi dans un logement d'une cité HLM de Chemnitz, dans l'est du pays, occupé par le jeune homme, connu des autorités sous le nom de Jaber Albakr et "soupçonné de préparation d'un attentat à la bombe".

"Plusieurs centaines de grammes" d'une "substance explosive bien plus dangereuse que la TNT" ont été retrouvés sur place, selon la police. D'après la chaîne de télévision publique ZDF et le quotidien local Freie Presse, il s'agit de TATP, la substance explosive prisée des jihadistes de l'Etat islamique et utilisée par les kamikazes des attentats de Paris (130 morts en novembre 2015) et de Bruxelles (32 morts en mars).

Selon le quotidien Süddeutsche Zeitung, le jeune homme était en contact via internet avec le groupe Etat islamique.

Comment le suspect est arrivé en Allemagne ?

Jaber Albakr est, selon plusieurs médias, un demandeur d'asile arrivé illégalement en Allemagne en février 2015, soit plusieurs mois avant la grande vague de migration de l'automne. Il a obtenu le statut de réfugié en juin de la même année.

Le mois dernier, trois porteurs de papiers syriens, arrivés en Allemagne par la même filière que les auteurs des attentats de Paris, ont été arrêtés dans des foyers de réfugiés, et un demandeur d'asile syrien de 16 ans, soupçonné de préparer un attentat pour l'Etat islamique, a été interpellé.

L'Allemagne a en outre connu en juillet deux attentats revendiqués par l'organisation jihadiste. Ces actes ont contribué à nourrir l'inquiétude dans l'opinion à l'égard des demandeurs d'asile et à placer la chancelière Angela Merkel sous pression.

Comment a-t-il pu échapper à la police ?

Une polémique commence à monter en Allemagne sur les conditions dans lesquelles Jaber Albakr a pu échapper à la police tôt samedi matin, alors qu'il faisait l'objet d'une surveillance du renseignement intérieur.

C'est ce dernier, du reste, qui a donné l'alerte en conseillant vendredi à la police locale d'intervenir en raison d'un risque imminent de passage à l'acte. "Nous étions en train de préparer l'intervention lorsqu'il a quitté l'immeuble", a dit la police.

Plusieurs médias allemands parlent eux d'une "bourde" des forces de l'ordre, qui auraient tenté sans succès de stopper le fugitif à sa sortie en tirant un coup de semonce.

Le porte-parole de la police locale  s'est défendu en expliquant que les forces de l'ordre n'avaient pas voulu tirer sur le Syrien dans l'immeuble de crainte de faire exploser une charge qu'il aurait pu porter sur lui. "On ne savait pas s'il avait un explosif et un détonateur sur lui", a-t-il dit. L'homme a pu finalement se volatiliser dans des circonstances encore floues et restait activement recherché dimanche en fin d'après-midi.

A-t-il des complices ?

Tout semble l'indiquer. La police allemande a arrêté dimanche un complice présumé du jeune fugitif. L'homme, syrien comme lui, est "soupçonné de complicité" dans "la préparation d'un attentat", a indiqué un porte-parole de la police locale. Il doit être présenté à un juge en vue d'être écroué. Interpellé la veille pour vérifications, cet homme s'est révélé être "le locataire en titre" de l'appartement de Chemnitz, où a été retrouvé de l'explosif samedi.

Selon le quotidien Bild, une autre personne soupçonnée d'être liée au suspect a été arrêtée dimanche après-midi dans un appartement de la ville, lors d'une perquisition musclée des forces spéciales de la police allemande, le SEK. Les forces de l'ordre ont lancé des grenades aveuglantes en pénétrant dans l'appartement, d'après le journal.