Brexit : "Si l’Angleterre sort, je prends la nationalité française"

Des milliers d'Anglais sont expatriés depuis des années en Dordogne. Beaucoup s'inquiètent d'une sortie de l'Union européenne, qui serait lourde de conséquences pour eux comme pour l'économie.

(Philippa est contre le Brexit, comme la majorité des Anglais d'Eymet en Dordogne © Sandrine Etoa-Andegue / RADIO FRANCE)

Philippa vit en France depuis 15 ans. Pour la première fois, cette Anglaise envisage de quitter son bout de Paradis. Cette retraitée a acheté une maison avec son mari à Gogulot, un village rattaché à la commune d’Eymet. Elle décrit une "jolie maison en face d’un lac avec un pigeonnier " " magnifique, très historique ! "

Sauf qu’en cas de Brexit, la Livre sterling pourrait dégringoler, selon cette grand-mère. Elle touche une retraite d’environ 1 200 euros. Le visage de cette ancienne conseillère bancaire s’assombrit quand elle pense à cette perspective, avec la crainte de voir sa retraite baisser : "Nous avons peur, si nous quittons l’Euro, nos pensions en sterling vont changer, s’aggraver. Je pense que si cela devient trop difficile, nous retournerons en Angleterre. Nous sommes inquiets. "

"Plus de 60% des retraités en Dordogne ne veulent pas de Brexit"

Son sentiment est partagé par Roger Haigh. Cet élégant délégué de la chambre de commerce franco-britannique de Dordogne vit et travaille en France depuis 24 ans : "S’il y a baisse de la Livre sterling, il y a une baisse de ma retraite. Aujourd’hui ce n’est pas trop important parce que je suis semi-retraité. Mais si j’étais dans le cadre d’une retraite complète, la diminution pourrait être considérable. On parle d’une diminution de la Livre entre 10 et 30%. C’est un réel souci. " Il considère qu’il y a "plus de 60% des retraités en Dordogne qui ne veulent pas de Brexit.

Le reportage de Sandrine Etoa-Andegue avec les Anglais de Dordogne
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La sortie de l’Union européenne se traduirait donc par moins d’argent, moins d’Anglais. L’impact sur l’économie locale est inévitable selon ses calculs. Roger Haigh prend comme exemple l’aéroport de Bergerac, à une demi-heure de route d’Eymet. Il rassemble "300 000 passagers par an dont 90% vont ou viennent en Grande Bretagne. Les seules retombées économiques de l’aéroport sont de 153 millions d’euros par an. Donc si vous avez une baisse de passagers dans un aéroport comme celui-ci, dans une région comme la Dordogne, par nécessité, économiquement çà a un impact ".

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La deuxième chose qui lui  fait peur, c’est la partie tourisme : "Comme vous le savez, Dordogne Périgord c’est le tourisme, c’est la gastronomie. Si la Livre est dévaluée, si Brexit il y a –et je ne l’espère vraiment pas- oui, il va y avoir des difficultés économique ". 

"Si les Anglais ne viennent plus et n’achètent plus, cela va être catastrophique"

Eymet est une commune de 2 600 habitants. Les Anglais représentent plus de 15% de la population. Cette présence se remarque dans les ruelles de la cité médiévale, au détour des vieilles maisons en assurent son charme. L’Union s’affiche partout, dans les restaurants, les pubs et les boutiques souvenirs de la place des Arcades ou dans les nombreuses agences immobilières. Terrie Simpson est responsable de l’une d’entre elles : "Moi je vis en France depuis 14 ans. Donc je n’ai pas envie de retourner en Angleterre. Il fait beau ici. Moi je suis du Nord de l’Angleterre et il pleut tout le temps là bas ! J’espère que l’on va rester dans l’Europe. La moitié de notre clientèle qui achète est anglaise. "  Elles aussi pensent au business : "Certains me disent « cette maison on l’aime beaucoup, mais on a attend les résultats, parce que si cela a un effet sur la livre on ne va pas acheter tout de suite  » . Si les Anglais ne viennent plus et n’achètent plus, pour moi cela va être catastrophique. "

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Les débats autour de l’immigration sont eux aussi catastrophiques : "Les choses les plus rigolotes, ce sont les gens qui ont voté pour entrer dans l’Europe, comme ma mère qui à 85 ans. Et ce sont les personnes âgées qui veulent en Angleterre sortir [de l’Union]. Ma mère dit qu’on a trop d’immigrés qui viennent chez nous. Mais je lui réponds que c’est une bonne chose : ils ouvrent des restaurants, ils ouvrent des magasins, ils travaillent, ce sont des créations d’emploi" .

"On est beaucoup mieux ensemble autour d’une idée qui nous concerne tous"

Ruppert est le gérant du bar appelé le Pub. Lui aussi se dit écoeuré par les arguments utilisés par les partisans du Brexit pendant la campagne, même si l’Europe de 2016 ne le fait pas rêver : "Cette institution est devenue lointaine, incompréhensible et elle a besoin d’être remaniée, refaite. Peut être que cette impulsion qui va venir de cela ". Ce père de famille –qui aime pousser la chansonnette devant les habitués- est prêt à tout pour rester en Dordogne, pour rester en France. "Je trouve que l’on est beaucoup mieux ensemble autour d’une idée qui nous concerne tous plutôt que de repartir chacun dans son coin. Donc si l’Angleterre sort, je vais prendre la nationalité française pour rester européen. C’est important pour moi. "