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Breivik est bien dément, réaffirment deux psychiatres au procès

Le tribunal d'Oslo a entendu, jeudi, deux psychiatres officiels expliquer pourquoi ils ont conclu à la démence d'Anders Breivik, jugé pour le meurtre de 77 personnes en juillet 2011.

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L'extrémiste norvégien Anders Breivik, jugé pour le meurtre de 77 personnes en juillet 2011, arrive à son procès à Oslo (Norvège), le 11 juin 2012. (ASERUD LISE / AFP)

La question de la responsabilité pénale de l'accusé ressurgit dans le procès Breivik. Le tribunal d'Oslo a entendu, jeudi 14 juin, deux psychiatres officiels expliquer pourquoi ils ont conclu à la démence d'Anders Breivik, jugé pour le meurtre de 77 personnes (en majorité des jeunes militants du parti socio-démocrate norvégien) en juillet 2011. Ayant observé l'extrémiste de droite depuis le début de son procès le 16 avril, Torgeir Husby et Synne Soerheim ont répété qu'il souffrait, selon eux, de "délires" schizophréniques. Un avis que réfutent leurs pairs, comme l'accusé lui-même.

"Il pense qu'il va tous nous sauver de notre perte dans un combat entre le Bien et le Mal. Dans ce combat, il pense avoir une responsabilité et une mission consistant à décider du droit de vie et du droit de mort", a déclaré Synne Soerheim. "Cette responsabilité trouve son origine dans une position proéminente dans une organisation qui n'existe pas", a-t-elle ajouté, en référence au rôle de "commandeur" dont Breivik se targue dans un groupe, les Chevaliers Templiers, dont la police n'a jamais réussi à prouver l'existence.

Des bonbons pour les nationalistes

Sur mandat de la justice, les deux psychiatres ont diagnostiqué l'an dernier chez Breivik une "schizophrénie paranoïde", une psychose qui, si elle est confirmée, le conduirait tout droit à l'asile, et non en prison. Leur conclusion avait fait un tollé parmi les Norvégiens, étant donné la longue et minutieuse préparation de ses attaques. Elle a depuis été contredite par une autre expertise officielle, qui n'a décelé aucun signe de psychose. Aucun des autres psychiatres qui ont témoigné devant la Cour n'a non plus soutenu la thèse d'une psychose.

Pour justifier leur diagnostic, Husby et Soerheim ont cité des propos que leur a tenus Breivik au cours de leurs 13 entretiens. Provoquant les rires du public comme de l'accusé, ils ont décrit comment l'extrémiste de 33 ans leur a expliqué que les bonbons faisaient partie des ingrédients utiles pour entretenir le moral des "nationalistes militants". "C'est aussi bon pour le moral de combat révolutionnaire de regarder une série favorite à la télévision."

La mère de Breivik le juge dément

Mais l'essentiel de ses déclarations portaient sur une Europe en proie aux coups d'Etat de ses frères d'armes et à une possible troisième guerre mondiale atomique, ou encore sur sa vision d'une Norvège contenant des "réserves" pour les "Norvégiens de souche" et où il serait lui-même un "régent".

Les psychiatres se sont aussi appuyés sur leur entretien avec sa mère. Elle leur a confié avoir observé en 2006 un changement prononcé de son fils, revenu vivre chez elle à l'âge de 27 ans après plusieurs échecs dans sa vie professionnelle. "Il doit avoir été dément, vu comment il a changé", a-t-elle conclu, en expliquant qu'au fil du temps, Breivik s'était considérablement isolé et était devenu de plus en plus politisé, étrange et colérique.

Tenant à être reconnu responsable pour ne pas voir son idéologie invalidée par une pathologie mentale, Breivik a précédemment accusé les deux psychiatres d'avoir inventé "80%" des propos qu'ils ont rapportés. S'il est reconnu pénalement irresponsable, il risque l'internement psychiatrique, potentiellement à vie. S'il est reconnu responsable, il encourt 21 ans de prison, une peine qui pourrait être prolongée aussi longtemps qu'il sera jugé dangereux. Le verdict tombera le 20 juillet ou le 24 août.

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