Au premier jour de son procès, le "comptable" d'Auschwitz demande "pardon"

L'ancien nazi Oskar Gröning, jugé à partir de mardi en Allemagne, pour complicité aggravée dans la mort d'au moins 300 000 personnes entre mai et juillet 1944, assume sa faute "morale", mais distingue son travail de celui des bourreaux du camp.

Oskar Gröning, l\'ancien \"comptable\" d\'Auschwitz, lors du premier jour de son procès le 21 avril 2015 à Lueneburg (Allemagne).
Oskar Gröning, l'ancien "comptable" d'Auschwitz, lors du premier jour de son procès le 21 avril 2015 à Lueneburg (Allemagne). (RONNY HARTMANN / DPA / AFP)

"Je demande pardon." Au premier jour de son procès en Allemagne, mardi 21 avril, Oskar Gröning, l'ancien "comptable" d'Auschwitz, s'est adressé aux victimes de la Shoah. "Pour moi, il ne fait aucun doute que je partage une culpabilité morale", a déclaré l'ancien SS, âgé de 93 ans, lors d'une longue déposition livrée d'une voix ferme, appuyée sur des souvenirs précis. "Concernant la question de la responsabilité pénale, c'est à vous de décider", a-t-il ajouté.

L'accusation lui reproche d'avoir "aidé le régime nazi à tirer des bénéfices économiques des meurtres de masse", en envoyant l'argent des déportés à Berlin. Il est aussi accusé d'avoir assisté à la "sélection" en séparant, à l'entrée du camp, les déportés jugés aptes au travail de ceux qui étaient immédiatement tués.

Il risque trois à quinze ans de prison

Juste après son arrivée, en novembre 1942, Oskar Gröning avait vu un gardien tuer un bébé laissé seul "en pleurs" sur la rampe d'arrivée, en le saisissant par les pieds pour l'écraser contre le flanc d'un wagon. Trois semaines plus tard, patrouillant dans le camp après plusieurs évasions, il avait entendu des cris "de plus en plus forts et désespérés, avant de s'éteindre" dans les chambres à gaz, puis avait assisté à la crémation des corps.

Revenu vivre en Allemagne après la guerre, l'ancien comptable ne s'était jamais caché. Avant d'être rattrapé par la justice, il a même longuement raconté dans la presse et à la télévision son passé à Auschwitz, expliquant vouloir "combattre le négationnisme". Il encourt trois à quinze ans de prison pour "complicité de 300 000 meurtres aggravés" et pourrait être le dernier ancien nazi traduit en justice.