Attentats de Bruxelles : le rôle des services de renseignement critiqué

La Belgique a été frappée par plusieurs attaques terroristes. Le pays, souvent présenté comme une "base arrière" pour les réseaux islamistes radicaux, n'avait pas été attaqué depuis l'attentat du Musée juif de Bruxelles, en mai 2014. 

Des policiers dans les rues de Bruxelles, mardi 22 mars 2016. 
Des policiers dans les rues de Bruxelles, mardi 22 mars 2016.  (ARNULF STOFFEL / DPA / AFP)

Après deux attaques meurtrières coordonnées à Bruxelles, le plan catastrophe provincial a été déclenché en Belgique. Alors que le bilan des attentats s'élève à au moins 26 morts et des dizaines de blessés, mardi 22 mars, le niveau de la menace terroriste est passé à 4, son niveau maximal, dans l'ensemble du pays. 

Terrible hasard du calendrier, une commission de la Chambre des représentants (équivalent de l'Assemblée nationale) devait se pencher mardi matin sur un rapport des Comités permanents de contrôle des services de renseignement (Comité R) et de police (Comité P), très critique envers le travail de l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (Ocam).

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Le niveau d'alerte avant l'attaque remis en question

Les attentats de Bruxelles sont survenus quatre jours après l'arrestation dans le quartier de Molenbeek de Salah Abdeslam, le suspect-clé des attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis. Aussitôt après les attaques, mardi, l'Ocam a relevé le niveau de la menace de 3 (menace "possible et vraisemblable") à 4 ( "sérieuse et imminente") pour l'ensemble de la Belgique. Conséquences immédiates : la circulation et les transports sont quasi à l'arrêt, et les autorités ont demandé à la population de rester chez elle.

Trop tard ? "Ce que je constate, c'est qu'on était passé au niveau 4 pendant les fêtes de fin d'année en 2007 et en 2015 sans que cela s'impose vraiment et qu'on est resté au niveau 3 au moment où, depuis l'arrestation d'Abdeslam, la menace devenait maximale", observe Roland Planchar, journaliste qui a suivi les questions de terrorisme pour La Libre Belgique. "On peut s'interroger sur la manière dont l'Ocam fonctionne", poursuit-il. 

L'Ocam et les services vivement critiqués 

L'organisme est effectivement sous le feu des critiques après la révélation, mardi, des conclusions partielles d'un audit commandé en mars 2015 sur son efficacité dans l'évaluation du niveau de menace "d'individus" depuis 2012, explique L'Echo. "L'enquête n'est pas encore terminée, mais les conclusions provisoires sont sans appel", selon le quotidien belge.

"L'Ocam aurait rarement respecté ses propres règles d'analyse et ses études seraient sommaires et sans réel fondement", affirme L'Echo. "Jusqu'à la fin de l'an dernier, l'organisme ne se serait pas basé sur des critères précis pour évaluer la gravité de la menace." Enfin, "les flux d'informations des services de sécurité vers l'Ocam seraient tout aussi problématiques". D'après le journal, l'organisme, conscient de ces défaillances, aurait même proposé au gouvernement "une nouvelle méthodologie dans le but d'améliorer la qualité de ses analyses".

Dans la foulée des attentats de Paris, alors que l'enquête s'orientait vers la piste belge, le Comité R, qui contrôle les services de renseignement et de sécurité au nom du parlement et du gouvernement, avait aussitôt ouvert une enquête sur le fonctionnement des services belges, a révélé le magazine flamand MO*. L'objectif : passer au crible le travail de la Sûreté de l'Etat et des services de renseignement militaires. "Il semble que les terroristes échappent au radar des renseignements et de la police", avait déploré à l'époque le député écologiste Stefaan Van Hecke, cité par La Libre Belgique. "La question est de savoir ce que nous pouvons faire de plus maintenant."

Des mesures sans cesse renforcées

Pour David Stans, maître de conférence à l'université de Liège et docteur en sciences politiques interrogé par francetv info, "le risque zéro en matière de terrorisme n'existe pas. Nous savions que cela risquait d'arriver. Je pense que la Belgique a pris les mesures [adaptées], compte tenu de ses capacités". "Des défaillances peuvent exister, mais on ne peut pas dire exactement lesquelles seulement deux heures après les attentats", analyse ce spécialiste des services de renseignement et de leurs relations avec l'exécutif. "Des améliorations seront sans doute possible en interne, mais aussi au niveau de la collaboration internationale". Si pour lui, la police et les services de renseignement ne sont pas "parfaits", il faut néanmoins "relativiser".

Six jours après les attentats de Paris, le gouvernement fédéral belge a ainsi décidé en séance plénière l'adoption de dix-huit mesures visant à lutter contre le terrorisme, listées par Le Vif : 400 millions d’euros alloués à la sécurité et la lutte contre le terrorisme ; renforcement des contrôles aux frontières ; déploiement de 520 militaires supplémentaires ; passage du délai de la garde à vue de 24 à 72 heures pour les actes de terrorisme ; perquisition 24h sur 24…

Des services modestes, mais performants

"En dépit du fait que nos services de renseignement ne soient pas très fournis, entre 600 et 700 personnes, ils sont très bien organisés", défendait pour sa part Brice de Ruyver, professeur de droit pénal et de criminologie à l’université de Gand et ancien conseiller chargé de la sécurité du premier ministre belge Guy Verhofstadt, questionné en novembre par Libération. "Avant, il est vrai que notre service de renseignement a été un peu négligé : mais nous avons remanié tout cela et modernisé nos moyens", indiquait-il, citant entre autres la création de l'Ocam en 2006. 

En outre, d'un point de vue juridique, la notion "d’infractions terroristes spécifiques" n'est apparue dans le Code pénal pénal belge que tardivement : en décembre 2003, à la suite de la décision-cadre de l’Union européenne. "Pour une série de raisons historiques ou sociologiques, il y a eu un faible intérêt pour les questions de sécurité, de l'université jusqu'au niveau politique, depuis assez longtemps", a expliqué mardi Joseph Henrotin, chargé de recherche à l'institut de stratégie comparée et rédacteur en chef du mensuel Défense & Sécurité Internationale, cité par Le Vif. Et de conclure : "Il n'en demeure pas moins que les services, malgré tout, travaillent plutôt bien."