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Zone euro: Angela Merkel isolée sur l'austérité?

Podemos en Espagne, Syriza en Grèce, mais aussi Obama ou Londres, sans parler d’économistes du monde entier: tous sont d’accord pour peser sur Angela Merkel afin de mettre un terme à l’austérité en Europe. Une pression à laquelle semble résister pour l’instant la chancelière allemande, dans ses propos publics en tout cas.
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France Télévisions
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Angela Merkel, isolée sur l'austérité en Europe ? (Mehmet Kaman / ANADOLU AGENCY)
Angela Merkel, va «bientôt se retrouver toute seule», lançait le 31 janvier 2015 le leader de Podemos, Pablo Iglesias, à une immense foule venue manifester à Madrid contre l’austérité. Rêve ou début de réalité du chef de la gauche de la gauche espagnol, porté par les sondages ? Il est vrai que la chancelière allemande semble assez isolée dans le rôle de dame de fer de la rigueur.

Certes, la contestation d’une Europe de l'austérité à la mode allemande ne date pas d'aujourd'hui. Mais depuis la victoire de Syriza, la critique semble s'emballer, isolant encore plus la chancelière allemande. 

L'intiative de croissance de François Hollande
On se souvient que François Hollande avait été l’un des premiers à demander une révision de la politique européenne. Il avait proposé une «initiative de croissance» et la renégociation du pacte budgétaire. Mais c’était avant la présidentielle de 2012…
 
En Espagne et au Portugal, l’austérité passe de plus en plus mal. Dans ces deux pays, les partis anti-austérité semblent en tête des sondages à seulement quelques mois des élections. C’est dire que la France de Hollande et l’Italie de Renzi ne sont plus du tout les seules voix en Europe à réclamer des plans de relance plutôt que des mesures d’austérité. Même la sage Irlande rechigne à certains aspects de l’austérite et le Sinn Fein a le vent en poupe.

Rien n’avait pourtant vraiment changé en Europe ces derniers mois. Hollande avait validé le traité budgétaire. La troïka imposait ses mesures malgré la gauche au pouvoir en Italie ou en France... Mais aujourd’hui le débat semble pourtant bien relancé avec l’électrochoc de la victoire de Syriza en Grèce, le pays qui a le plus souffert de cette politique en Europe. La victoire de ce «nouveau» parti venu de la gauche de la gauche semble avoir réveillé les tenants d’une autre politique en Europe. 

Depuis longtemps, des économistes s’inquiétaient de la panne de croissance de la zone euro. Le FMI et l’OCDE avaient prudemment exprimé leurs inquiétudes sur la généralisation des politiques de désendettement qui amenaient la zone euro aux portes de la déflation. Face aux mauvais chiffres de croissance et d'inflation, la nouvelle commission européenne, dirigée par le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker a proposé un mini-plan de relance à l’échelle de l’UE. Inquiète, la BCE a lancé une politique monétaire non conventionnelle (Quantitative easing), tout en indiquant que la politique monétaire ne pouvait pas tout.

Rencontre Alexis Tsipras-Matteo Renzi, le 3 février 2015 à Rome. (Baris Seckin / ANADOLU AGENCY)

Le nouveau volontarisme d'Athènes semble faire bouger les choses. L’Italie semble embrayer: «Nous voulons déplacer la discussion sur la politique économique, de l'austérité de la rigueur vers la croissance et l'investissement», a rappelé le 2 février, le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi.

Obama parle croissance
Et les critiques ne viennent pas que de l'intérieur de la zone euro. Le premier tir de semonce depuis l’élection grecque est venu de Washington où le président Obama, en termes diplomatiques, a appelé à un changement en Europe. «A un moment donné, il faut une stratégie de croissance pour pouvoir rembourser ses dettes», a fait valoir le président américain dépassant les espérances grecques… et ne perdant pas de vue que la situation en Europe faisait dangereusement baisser l’euro par rapport au dollar.

Même son de cloche à Londres où George Osborne, le très conservateur ministre des Finances britanniques s'est félicité, avant de rencontrer son homologue grec, Yanis Varoufakis, d'avoir «l'opportunité, si rapidement après l'élection grecque, de discuter (...) de la stabilité de l'économie européenne et de la manière de stimuler sa croissance». Il est vrai que Londres n’est pas dans la zone euro, est libre de ses politiques budgétaire et monétaire et que l’atonie européenne pèse sur son économie.

Au centre de la critique, on retrouve l’Allemagne. Accusé de tous les maux, Berlin fait figure de méchant de l’économie mondiale. Un rôle assumé et défendu par le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble. Depuis le début de la crise des dettes souveraines, l’Allemagne a toujours conditionné des prêts en échange de réformes «structurelles». Des réformes structurelles (baisse des dépenses publiques) qui, additionnées les unes aux autres, ont fini par faire de la zone euro «l’homme malade» de l’économie mondiale au point que Christine Lagarde (FMI) s’en inquiétait en octobre 2014. 

«Il y a déjà eu un renoncement volontaire des créanciers privés, les banques ont déjà renoncé à des milliards de créances sur la Grèce», a justifié la dirigeante allemande dans un entretien au Hamburger Abendblatt. «Je ne vois pas de nouvel effacement de la dette», a ajouté Mme Merkel. Un pavé dans la mare de ceux qui espèrent une annulation des dettes publiques en Europe. A Paris, on adoptait un ton plus conciliant: «On peut discuter, on peut reporter, on peut alléger, mais on n'annule pas.»

Merkel bousculée sur sa droite
Les Allemands craignent d'avoir à payer la facture. Et Angela Merkel doit compter sur une opposition montante, venue de la droite, voire de l’extrême-droite, vis-à-vis de l’euro et du reste des pays de l’Europe. Pourtant, Angela Merkel ne gouverne pas seule. Elle est la chancelière d'une coalition formée avec les sociaux-démocrates. Ces derniers ont déjà imposé la création d'un salaire minimum et sont moins fermes dans la défense de l'austérité. Sigmar Gabriel vient d'ailleurs de déclarer: «Notre message à l'encontre de la Grèce a trop longtemps été "Economisez!''» Dans sa joute avec Berlin, le gouvernement Tsipras a déjà remporté plusieurs victoires. La Troïka a été quasi enterrée sans que l'Allemagne ne dise mot et la renégociation de la dette n’est plus un tabou.  

Le ralentissement de la croissance en Chine et la faiblesse des marchés européens devraient cependant pousser l’Allemagne vers un compromis avec Athènes sur la question de la dette. A moins que la décision de la BCE de limiter ses financements d'urgence à la Grèce ne pèse sur les discussions. «La probabilité d’une sortie de la Grèce de la zone Euro a potentiellement augmenté», affirmait l'économiste Philippe Waechter après cette annonce de la Banque centrale européenne. 

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