"Ton pays, Ton avenir, maintenant !"... mais ailleurs : une campagne d’incitation au retour volontaire des demandeurs d'asile fait polémique en Allemagne

Le ministère de l’Intérieur allemand appelle les étrangers dont la demande d’asile a été rejetée à quitter le pays avant la fin de l’année, pour profiter, précise la publicité, d’aides qui prendront fin mardi 31 décembre.

Des migrants font la queue devant l\'office allemand de la Santé des Affaires sociales, le 14 octobre 2015 à Berlin. En 2018, une campagne d\'incitation au retour dans leur pays des étrangers dont la demande d’asile a été rejetée a été lancée par les autorités.
Des migrants font la queue devant l'office allemand de la Santé des Affaires sociales, le 14 octobre 2015 à Berlin. En 2018, une campagne d'incitation au retour dans leur pays des étrangers dont la demande d’asile a été rejetée a été lancée par les autorités. (ODD ANDERSEN / AFP)

"Ton pays, Ton avenir, maintenant !" Le slogan peut prêter à confusion et laisser penser à une campagne d’accueil et d’intégration. Il faut visiter le site internet pour se rendre compte qu’il s’agit d’une campagne d’incitation au retour volontaire des étrangers.

L’affiche a choqué Hannah Hübner. Cette citoyenne berlinoise ne s’était jamais vraiment mobilisée pour quelque chose. Elle est pourtant à l’origine d’une pétition qui a réuni jusqu’à présent plus de 30 000 signataires.

Quand j’ai vu l’affiche pour la première fois dans le métro, ça m’a mise très en colère. J’ai tout de suite pensé que c’était très insultant pour des gens qui ont fui depuis des années et qui essaient de construire leur vie en Allemagne.Hannah Hübner à l'origine d'une pétition en ligneà franceinfo

"J’ai aussi pensé que ce n’était pas bon dans ce moment où l’extrême-droite prospère, ajoute Hannah Hübner, et j’ai pensé que cette campagne n’était pas bonne pour la démocratie, pas bonne pour vivre ensemble, unis, dans un seul et même pays."

Le message s’adresse à 60 000 personnes environ, ces étrangers dont la demande d’asile a été rejetée. Et si cette campagne d’affichage a choqué, c’est aussi parce qu’elle met en avant, comme dans des publicités commerciales, une promotion dont il faut profiter avant la fin de l’année : "Jusqu’à 12 mois d'aides supplémentaires offerts pour un logement dans votre pays d’origine" peut-on lire dans sept langues différentes, dont le français.

"Une affiche comme ça, c’est horrible"

Étonnant, affligeant !, s’est même dit Yann Leretaille. Ce Franco-Allemand, à la tête d’une entreprise dans le secteur des nouvelles technologies, a lancé un mouvement de protestation baptisé Berlin Unite (Berlin unie). "Et maintenant, on a 85 presque 90 supporters. On représente environ 10 à 15 000 salariés", explique-t-il. Sur cette affiche, fait remarquer Yann Leretaille, on voit des drapeaux à l’infini, et bon nombre de ses employés se sont sentis visés. "Ça parle à tout le monde, même à moi-même comme franco-allemand. J'ai plusieurs salariés de pays comme la Russie ou la Turquie, et même pour eux bien sûr c’était un choc. Une affiche comme ça, c’est horrible." 

Ces protestations d’entrepreneurs, associées au mouvement citoyen, ont incité le très populiste ministre de l’intérieur Horst Seehofer à les recevoir. Ils ont été écoutés… poliment. Mais le gouvernement a refusé de retirer ou de modifier sa campagne d’affichage à 500 000 d'euros. Le sujet du "retour volontaire" ne va pas s’éteindre en 2019. Hannah Hübner et Yann Leretaille fondent l’espoir qu’en cas de nouvelle campagne, le gouvernement fédéral fasse un peu plus attention à la formulation du message.

Le reportage à Berlin pour franceinfo de Ludovic Piedtenu.
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