"Ils ont arrêté mon fils parce qu’ils ne me trouvaient pas": les dissidents turcs exilés en Allemagne toujours menacés

Alors que le président turc débute jeudi une visite d’Etat à Berlin pour tenter un rapprochement entre les deux pays, l’Allemagne connaît depuis plusieurs mois un nouvel afflux de Turcs venus chercher l’asile politique, notamment les gülénistes, accusés par Erdogan du putsch manqué à Ankara.

Porte de Brandebourg, des Turcs attendent la visite d\'Etat du président Erdogan à Berlin.
Porte de Brandebourg, des Turcs attendent la visite d'Etat du président Erdogan à Berlin. (JOHN MACDOUGALL / AFP)

Dès l’été 2016 et le putsch manqué à Ankara, une bien étrange publication a circulé sur les réseaux sociaux en Allemagne. Elle émane d’un soutien au parti présidentiel turc AKP, qui appelle à la dénonciation des ennemis de la Turquie. Parmi eux, les gülénistes, membres d'un mouvement social et religieux fondé par Fethullah Gülen, un temps proche de l’AKP et désigné comme responsable de la tentative de coup d’Etat par Erdogan. Ce dernier entame jeudi 27 septembre à Berlin une visite d'Etat de trois jours censée réconcilier les deux pays, après plusieurs années de relations glaciales. 

"Ils ont arrêté mon fils il y a deux mois"

"Vous pouvez m’appeler comme vous voulez tant que vous ne donnez pas ma véritable identité, confie à Spandau, un quartier de l’ouest de Berlin, cet avocat en fuite. Ils ont arrêté mon fils il y a deux mois parce qu’ils ne me trouvaient pas." Cet homme de cinquante ans a quitté toute sa famille dix jours après le coup d’Etat. Il venait de perdre son emploi et s’est senti menacé après avoir appris l’arrestation de ses amis et collègues. C’est donc avec une fausse identité qu’il s’est rendu d’abord en Géorgie puis en Allemagne, il y a onze mois.

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L’Allemagne compte plus de trois millions de Turcs, la plus grande minorité du pays et la plus grande diaspora turque au monde. Et depuis le putsch manqué et les purges qui s’en sont suivies, le pays a connu un nouvel afflux de Turcs venus chercher l’asile politique pour fuir Erdogan, notamment les gülénistes. Aussi, comme cet avocat, ils sont arrivés par milliers : environ 15 000 Turcs sont entrés en Allemagne ces deux dernières années. Ils sont tantôt la troisième ou la quatrième population en nombre à demander asile dans le pays, derrière les Syriens, les Afghans et les Irakiens. "Il y a des agents turcs ici, indique-t-il. Ils utilisent les pro-Erdogan. Quand on va au supermarché, Lidl ou Aldi, s’il y a des Turcs qui y travaillent, on tâche de faire attention."

On ne veut pas être dénoncés : nos familles sont encore en Turquie.un güléniste en fuiteà franceinfo

Ce mouvement güléniste, appelé aussi Hizmet, dispose d’écoles et d’un grand réseau en Allemagne. "Erdogan, dans un de ses discours, a assuré qu’il trouverait et persécuterait toutes les oppositions où qu’elles soient, et qu’il les ramènerait en Turquie, indique le porte-parole du mouvement. Ces personnes qui ont fui en Allemagne ne sont pas des terroristes : elles veulent vivre ici, libres." Erdogan s’appuie sur la diaspora, qui lui est favorable au vu des résultats de la dernière élection présidentielle, et invite ces derniers, notamment par le circuit des imams, dans des mosquées de plus en plus politisées, à dénoncer ceux qui ne penseraient pas de la même façon.

Exilés en Allemagne, les Turcs gülénistes sont toujours pourchassés - reportage Ludovic Piedtenu
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