Génocide arménien, Erdogan fustige le «sang corrompu» des députés du Bundestag

La polémique s’envenime suite à la reconnaissance le 2 juin 2016 par le parlement allemand du génocide arménien. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, s’en prend violemment au «sang corrompu» des députés allemands d’origine turque qui ont voté cette reconnaissance.


Des insultes, voir des menaces de mort. Les onze députés d’origine turque sont dans l’œil du cyclone. Et la colère turque n’a pas de limite. Le plus menacé est Cem Ozdemir, le responsable du parti écologiste, et l’un des auteurs du texte de loi. Il a été placé sous protection policière.
 
Au lieu de calmer le jeu, le président Recep Tayyip Erdogan a pris un malin plaisir à souffler sur les braises. Cela a commencé par l’accusation adressée le week-end dernier aux députés d’être «les bras prolongés des terroristes». Puis Erdogan a franchi un palier estimant qu’il fallait «analyser dans un laboratoire le sang des députés allemands d’origine turque». Mercredi soir leur sang était devenu «corrompu» et Erdogan souhaitait leur donner «la leçon qu’ils méritent». Bref, la vieille rengaine de la trahison, chère à l'extrême-droite.

Condamnations unanimes  
Trop c’est trop, et cette fois les condamnations se multiplient. Norbert Lammert, le président (CDU) du Bundestag a été un des premiers à réagir. «Qu'un président démocratiquement élu puisse, au XXIe siècle, associer ses critiques à l'encontre d'élus démocratiquement élus du Bundestag allemand avec des doutes sur leurs origines turques, décrive leur sang comme corrompu, je n'aurais pas cru ça possible.»

De son côté le président du Parlement européen, l'Allemand Martin Schulz a souligné dans une lettre à M. Erdogan que ses attaques pouvaient «endommager durablement les relations» de la Turquie avec ses partenaires. Quant au député vert Cem Ozdemir, il a rappelé que malgré ces attaques, sa position n’était pas la plus à plaindre. «Si on met de côté les menaces de mort et les insultes, nous autres parlementaires allemands ne sommes pas incarcérés et on ne lève pas notre immunité pour avoir tout simplement exprimé ce que nous pensions, contrairement à nos confrères en Turquie».
 
Reste à savoir comment vont évoluer les relations entre les deux pays. Côté turc, la question du génocide est toujours tabou. La repentance est en revanche bien plus pratiquée en Allemagne. Ainsi dans le texte voté par les députés du Bundestag figure également la dénonciation du «rôle déplorable du Reich allemand qui, en tant que principal allié militaire de l’empire ottoman […] n’a rien entrepris pour arrêter ce crime contre l’humanité».

L'Allemagne compte trois millions d'habitants d'origine turque.