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Fusillades de Hanau : l'extrême droite "a banalisé un discours de haine contre des minorités ethniques et confessionnelles"

"Le terrorisme d'extrême droite ne nuit pas au vote de l'AfD", constate Valérie Dubslaff, maître de conférences à l'université Rennes 2 en études germaniques. "Les gens ne font pas le lien entre les terroristes et l'extrême droite politique qui attise les haines", affirme l'universitaire.

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Une veillée funéraire s'est tenue jeudi 21 février en hommage aux neuf victimes des fusillades de Hanau en Allemagne survenue deux jours avant. (PATRICK HERTZOG / AFP)

En Allemagne, des milliers de personnes étaient rassemblées jeudi 20 février au soir contre la haine après les fusillades racistes de Hanau, au cours desquelles neuf personnes ont été tuées mercredi. Le tireur a publié un texte raciste sur internet avant de passer à l'acte. "Ces 30 dernières années, 180 personnes sont mortes sous les coups de l'extrême droite", a expliqué vendredi 21 février sur franceinfo Valérie Dubslaff, maître de conférences à l'université Rennes 2 en études germaniques. Et elle accuse l'AfD, le parti d'extrême droite d'avoir "banalisé un discours de haine contre les minorités".

franceinfo : Peut-on parler d'un retour du terrorisme d'extrême droite ?

Valérie Dubslaff : Oui, quelque part il y a une forme de résurgence. 

Mais c'est une violence qui n'a jamais cessé d'exister depuis la fin de la guerre et la réunification.

Valérie Dubslaff, maître de conférences en études germaniques

à franceinfo

Ces 30 dernières années, on compte en Allemagne plus de 180 personnes, souvent d'origines étrangères, mortes sous les coups de l'extrême droite. C'est un chiffre souvent tabouisé mais c'est une réalité. Juste après la réunification, on a eu ce même déferlement de violence contre des centres pour réfugiés et d'immigrés.

Comment expliquez-vous cette montée de la xénophobie ?

Actuellement, c'est clairement dans le contexte de la crise des réfugiés de 2015. C'est là qu'on voit qu'il y a un effet de condensation qui a atteint son paroxysme.

Dans la région de Francfort il y a toujours eu une subculture nazie assez forte et un vote d'extrême droite assez fort.

Valérie Dubslaff

C'est une tradition qui remonte à avant la chute du Mur [de Berlin le 9 novembre 1989].

Est-ce qu'il y a une volonté politique assez forte d'agir contre les groupuscules d'extrême droite ?

Il y en a une maintenant. Elle vient très tard parce que cette violence existe depuis un certain temps. Surtout depuis la découverte de ce groupe terroriste de la clandestinité nationale socialiste qui a complètement sidéré en Allemagne parce qu'on n'imaginait pas qu'il pouvait y avoir ce type de groupuscule terroriste. La réponse arrive maintenant.

On observe depuis quelques mois une forme de répression de l'État.

Valérie Dubslaff

Il y a une semaine tout juste, un groupe terroriste a été démantelé. Le groupe S voulait perpétrer des attentats sur des mosquées, des réfugiés. D'autres ont été démantelé en janvier et en 2018.

Est-ce qu'il y a un lien avec l'AfD, l'Alternative pour l'Allemagne, le parti d'extrême droite, et ces groupuscules ?

Il n'y a pas officiellement de lien entre les deux. Je pense que le terrorisme d'extrême droite ne nuit pas au vote de l'AfD parce que les gens ne font pas le lien entre les terroristes présentés comme des loups solitaires, un peu psychologiquement déstabilisés, le racisme structurel en Allemagne, et l'extrême droite politique qui attise les haines. Elle a banalisé un discours de haine contre des minorités ethniques et confessionnelles, elle a banalisé la haine dans les Parlements et on ne fait pas le lien.

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