Espagne : les indépendantistes remportent les élections régionales en Catalogne

La liste Junts Pel Si, principale coalition indépendantiste devra s'allier avec le petit parti sécessionniste de gauche radicale CUP pour gouverner et accéder à son vœu d'indépendance.

Les leaders indépendantistes catalans, vainqueurs des élections régionales en Catalogne, rassemblés à Barcelone (Espagne), le 27 septembre 2015.
Les leaders indépendantistes catalans, vainqueurs des élections régionales en Catalogne, rassemblés à Barcelone (Espagne), le 27 septembre 2015. (MANU FERNANDEZ / AP / SIPA)

Les partis indépendantistes ont remporté, dimanche 27 septembre, la majorité absolue des sièges aux élections régionales en Catalogne. Un succès qu'ils présentent comme un mandat pour mener cette riche région d'Espagne vers la sécession

Après le dépouillement de plus de 99% des bulletins, la liste Junts Pel Si ("Ensemble pour le oui"), la principale coalition indépendantiste, a obtenu 62 sièges. L'autre liste indépendantiste, le petit parti de gauche radicale CUP en obtient 10. Ensemble, ils décrochent 72 sièges, de quoi dépasser la majorité absolue fixée à 68 sièges sur 135.

"A l'Etat espagnol, sans rancœur, adieu"

Le président indépendantiste sortant, Artur Mas, a revendiqué la victoire devant des milliers de partisans hurlant leur joie. "Le 'oui' a gagné, la démocratie a gagné, a-t-il lancé devant un écran géant installé sur une place de Barcelone, face au siège de la coalition. Nous avons un mandat démocratique, (...) nous avons une énorme légitimité pour aller de l'avant avec notre projet." Dans son programme, Junts Pel Si a promis qu'en cas de victoire, lui et ses alliés mèneraient la Catalogne vers l'indépendance, en 2017 au plus tard.

Artur Mas, le président sortant du gouvernement régional de la Catalogne, célèbre la victoire de la coalition indépendantiste aux élections régionales, le 27 septembre 2015 à Barcelone (Espagne).
Artur Mas, le président sortant du gouvernement régional de la Catalogne, célèbre la victoire de la coalition indépendantiste aux élections régionales, le 27 septembre 2015 à Barcelone (Espagne). (EMILIO MORENATTI / AP / SIPA)
 

"A l'Etat espagnol, sans rancoeur, adieu", a lancé sur son compte twitter Antonio Baños, le chef de la CUP.

La participation a atteint le chiffre exceptionnel de 77%, dépassant de 10 points celle du dernier scrutin régional en 2012, un record pour ce genre de scrutin dans la région. Artur Mas s'est donc targué d'être parvenu à transformer ce vote en plébiscite. Mais pour réussir, les partis coalisés au sein d'"Ensemble pour le oui" devront toutefois encore s'entendre avec la CUP pour gouverner. Or, celle-ci ne veut pas reconduire au pouvoir le conservateur Artur Mas, auquel elle reproche sa politique d'austérité.

"La majorité des Catalans a rejeté l'indépendance"

Par ailleurs, les adversaires des indépendantistes répliquent que ces derniers ont perdu le plébiscite, faute de la majorité des voix. Car en pourcentage, les deux partis indépendantistes ont recueilli 47,8% des suffrages, selon les derniers résultats. Le Parti populaire, au pouvoir en Espagne, a affirmé à Madrid que "la majorité des Catalans a rejeté l'indépendance". "Nous allons continuer à défendre l'unité de l'Espagne", a déclaré le porte-parole du PP, Pablo Casado. "Les Catalans leur ont tourné le dos", a lancé Ines Arrimada, tête de liste de Ciudadanos, parti libéral anti-indépendantiste. En passant de neuf à 25 sièges, Ciudadanos est devenu le deuxième parti de Catalogne.

"Il y a une majorité de Catalans qui ne veulent pas l'indépendance mais qui veulent ouvrir une époque de coexistence et de dialogue", a encore estimé Pedro Sanchez, le chef du Parti socialiste (opposition), qui a recueilli 16 sièges. Il propose, lui, une réforme de la Constitution accordant plus d'autonomie à la Catalogne.

Quelle que soit l'interprétation du résultat, ce scrutin fait entrer l'Espagne dans une zone de fortes turbulences, à trois mois des élections législatives. D'autant que le gouvernement a prévenu qu'il agirait contre tout acte "illégal" du gouvernement régional. Si la Catalogne s'en allait, elle emporterait avec elle un cinquième du PIB de l'Espagne, quatrième économie de la zone euro, et un quart de ses exportations. L'éventualité a inquiété banquiers et entrepreneurs, qui ont invité Madrid et Barcelone à reprendre le dialogue.