Une espèce sur cinq menacée de disparition : la nature n'a "pas vraiment regagné" ses droits pendant le confinement, déplore un naturaliste

Selon Bruno David, président du Muséum national d’histoire naturelle, certaines espèces sont simplement devenues "moins farouches" et "ont eu tendance à ressortir" mais leurs habitats sont toujours en péril.

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Radio France
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La bécassine des marais est sur la liste rouge des espèces menacées en France en 2021. (LEEMAGE VIA AFP)

"Pour les oiseaux, on est passé de 25 à 33 % d'espèces d'oiseaux nicheurs menacés entre 2008 et aujourd'hui" en France, alerte Bruno David, naturaliste, président du Muséum national d’histoire naturelle. Le Muséum, l'Office français de la biodiversité (OFB) et l'UICN publient mercredi 3 mars une liste rouge montrant que près d’une espèce animale sur cinq est en danger dans notre pays. 

Un constat alarmant qu'on peut avoir du mal à se figurer, explique Bruno David : "On voit toujours des moineaux, des bouvreuils, des rouges-gorges ou des chardonnerets, qui viennent pourtant de rentrer dans la liste rouge. Mais on a du mal à se souvenir qu'il y en avait plus avant, on ne mesure pas le danger".

Sans habitat, les animaux disparaissent

Certaines espèces sont proches de la disparition. "Le martinet noir c'est moins 47 % en dix ans, presque la moitié qui a disparu", indique le scientifique. Autre exemple avec l'Apron du Rhône, un poisson qu'on trouve dans le fleuve Rhône : "90% de son aire de distribution, de son habitat", s'alarme le président du Muséum national d’histoire naturelle.

À l'origine en effet de ces disparitions massives d'espèces "la destruction des habitats". "On détruit beaucoup de zones humides, on dit que ce sont des réservoirs à moustiques donc on les détruit, pointe Bruno David. On fragmente aussi les paysages : nos infrastructures linéaires, que ce soient des autoroutes, des voies ferrées, des parkings, des zones commerciales, ça fragmente les espaces et fragilise les espèces. Cela les réduit à des sous-populations, qui deviennent plus fragiles".

Le confinement "n'y a rien changé"

Le scientifique remet en cause l'idée selon laquelle les animaux avaient repris leurs droits avec le confinement : "la nature ne les avait pas vraiment regagnés. Il y a juste des espèces qui sont un peu moins farouches que d'autres, qui se cachent normalement quand on a une activité complète, qui ont eu tendance à ressortir. On a vu circuler des renards en ville, quelques cervidés qui se promenaient. Mais on voit très bien qu'il n'y a rien changé".

Selon le président du Muséum national d’histoire naturelle, il est urgent de prendre conscience de la situation car l'être humain est "une espèce animale parmi d'autres et que nous dépendons totalement de la biodiversité : pour nous nourrir ou respirer.

"On est adapté à un certain tissu vivant : si on le détruit, on le fait basculer vers de nouveaux équilibres. Peut-être que nous serons en danger."

Bruno David

à franceinfo

Dans ce contexte, Bruno David attend aussi avec impatience la réouverture de son musée : "On a besoin d'instruire le public sur ce qu'est l'histoire naturelle, sur ce que sont les espèces. On en a un besoin fondamental alors qu'on a tendance à s'écarter de la nature, de manière paradoxale au moment où on en a le plus besoin".

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