Ségolène Royal plonge dans la décharge de Nonant-le-Pin

Le village de Nonant-le-Pin, dans l’Orne, pourrait accueillir l’un des plus grands centres d’enfouissement de déchets automobiles. Ségolène Royal rencontre l’exploitant de la décharge, les associations d’opposants et les élus ce mercredi à la préfecture d’Alençon pour tenter de dénouer le problème qui divise le village.

(Les représentantes des associations ne laisseront pas ouvrirla décharge de Nonant-le-Pin © Radio France / Anne-Laure Barral)
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Le village de Nonant-le-Pin est déchiré depuis près de 10 ans par la polémique sur son centre d’enfouissement de déchets automobiles. D’ici quelques jours, ce village au cœur des haras de Normandie pourrait accueillir l’un des plus grands centres de ce type. Mais plusieurs associations tentent de l’empêcher. La ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, rencontre l’exploitant de la décharge, les associations d’opposants et les élus ce mercredi à la préfecture d’Alençon pour tenter de dénouer le problème qui divise le village.

Le bocage normand verdoyant est balayé par le vent. Au milieu de ses prés de magnifiques chevaux broutent l’herbe revigorée par les récentes pluies. Ces chevaux sont des purs-sangs élevés ici au cœur de ce que l’on appelle "Le Versailles du cheval", alors quand Eric Puerari, à la tête du haras des Capucines a appris l’installation d’une décharge grande comme 17 terrains de foot, près de ses poulains, son sang n’a fait qu’un tour. "Pourquoi choisir un site au cœur des plus beaux haras de France ? Nous avons une activité centrée sur le cheval, la nature. Nous avons besoin d’une eau propre, de l’herbe fraîche ", explique-t-il.

Une association pour lutter contre la décharge

Eric Puerari a donc créé, il y a deux ans, l’association Sauvegarde des terres d’élevages. Financée par le monde du cheval qui a fait faire des expertises, et engagé des avocats pour attaquer le projet de l'entreprise GDE (Guy dauphin environnement) qui souhaite enfouir ici 150.000 tonnes de déchets par an issus principalement du broyage de nos vieilles voitures. "Nous respectons une règlementation stricte en matière d’installation classée pour l’environnement. La justice et ses experts nous ont donné raison. Nous aimerions que les bloqueurs respectent la loi aussi. Nonant le Pin, ce n’est pas le Far west ", tempête Hugues Moutouh, le directeur général délégué de GDE.

Depuis le début, plusieurs riverains issus du monde du cheval, mais aussi des agriculteurs, ne veulent pas de risque de pollution. Ils estiment que le sol n’est pas aussi perméable que l’entreprise veut bien le dire et que les déchets ne sont pas si inertes que ça. "Je sais que toute activité peut avoir un impact sur l’environnement ", philosophe François Méniant, un agriculteur riverain de la décharge. "Mais j’aimerais bien que les contrôles des activités de GDE soient aussi pointilleux que les miens sur mes produits phytosanitaires ", poursuit-il. 

 

(Les Meniants,un couple d'agriculteurs s'inquiètent de la proximité de la décharge avec leur ferme © Radio France / Anne-Laure Barral)

Vers un Ecomouv ou un Sivens bis ?

Au milieu d’un imbroglio administratif et judiciaire, le site a été construit, et a fonctionné 48 heures. Il a été occupé par des opposants pendant un an et il est à l’arrêt depuis. Mais il serait prêt à redémarrer partiellement selon l’exploitant. L'entreprise GDE attend, comme les opposants, d’être reçue par la ministre en fin de journée à la préfecture d’Alençon et chacun espère bien qu’elle tranchera en sa faveur.

Cette affaire n'est pas sans rappeler celles d'Ecomouv ou de Sivens. Un projet qui ne fait pas plaisir à tout le monde. Un maire qui pense bien faire pour l’activité économique de sa commune. Une enquête publique discrète et finalement au moment d’ouvrir le site des opposants qui bloquent tout et qui dénoncent tous les vices de forme d’une procédure administrative commencée des années auparavant.

Ségolène Royal met le doigt dans un nouveau guêpier mais elle a sans doute été piquée par le recours en justice il y a 15 jours d’une des associations d’opposants contre elle pour excès de pouvoir. Les associations estiment que l’Etat n’a pas fait son travail et aurait dû arrêter le projet plus tôt. L’industriel estime que l’administration lui a fait perdre du temps et si on lui retirait son autorisation, il ne va pas se gêner pour demander des indemnisations.

"Nos premières estimations tournent autour de 80 millions d’euros ", a calculé Hugues Mouttouh de GDE, qui n’hésite pas à faire le parallèle avec Ecomouv, un autre dossier brûlant de Ségolène Royal. Un dossier qui a lui coûté aux contribuables 800 millions d’euros. Certains opposants ne veulent pas croire que GDE pourrait obtenir une telle indemnité mais ils se disent que la victoire pourrait avoir un goût amer.

Ségolène Royal plonge dans la décharge de Nonant-le-Pin. Le reportage d'Anne-Laure Barral
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