Sécurité, accidents, gilet jaune... On répond à dix questions pas si bêtes sur la chasse

Les accidents et incidents entre chasseurs et promeneurs ou vététistes se sont multipliés ces dernières semaines. Franceinfo passe en revue les interrogations autour de cette pratique, qui coïncide avec les vacances scolaires et les balades en forêt. 

Un chasseur à Vouvray (Indre-et-Loire), le 9 décembre 2016.
Un chasseur à Vouvray (Indre-et-Loire), le 9 décembre 2016. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)
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Des surfeurs pris pour des faisans, des cyclistes touchés par des tirs, dont un mortellement... Les accidents se sont multipliés ces dernières semaines autour de la chasse, ouverte depuis le mois de septembre dans la plupart des départements. "Avec un été qui dure et perdure, on s'est retrouvés sur des territoires de chasse avec beaucoup plus de gens que d'habitude", relève Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs, dans Le Parisien.

En cette période de vacances de la Toussaint où les randonnées ou sorties en forêt peuvent être au programme, franceinfo répond à dix questions pas si bêtes autour de la chasse.

1Combien y a-t-il de chasseurs (et chasseuses) en France ?

Leur nombre a été divisé par deux en une quarantaine d'années. La France comptait en 2017 près de 1,2 million de chasseurs, ce qui reste le contingent le plus important en Europe, devant l'Espagne et l'Italie. 

En termes de nombre de licenciés, la chasse arrive ainsi en troisième place des loisirs les plus pratiqués, derrière le football et la pêche. La population des chasseurs est majoritairement composée d'hommes, à 98%. Mais selon la Fédération nationale des chasseurs (FNC), la chasse attire de plus en plus de femmes. Il existe même une Association nationale de la chasse au féminin. 

Plus de la moitié des chasseurs sont âgés de plus de 55 ans et, contrairement aux idées reçues, les cadres et les professions libérales arrivent en tête des détenteurs de permis. 

2Où chasse-t-on le plus ?

S'il existe des chasseurs partout en France, les données de la FNC communiquées au Monde font apparaître des écarts de pratique selon les régions : il y a ainsi trois fois plus de chasseurs dans la population de Corse ou du Centre-Val de Loire qu'en Bretagne ou en Provence-Alpes-Côte d'Azur. 

3Combien de temps dure la période de chasse ?

Elle dure en moyenne six mois. Les dates d'ouverture s'échelonnent du 23 août (dans l'est de la France) au 30 septembre, selon les départements. La période de chasse à tir et au vol s'achève le dernier jour de février. La chasse à courre se pratique jusqu'au 31 mars. Ces dates peuvent varier pour d'autres types de chasse, comme le précise l'Office national de la chasse et de la faune sauvage 

4Quels animaux peuvent être chassés ?

On compte quelque 89 espèces chassables, dont 38 pour le seul gibier d'eau. Il existe donc 40 modes de chasse en France. Globalement, à l'ouverture générale de la chasse, chevreuils, cerfs, chamois, daims, petit gibier, perdrix, lapin de garenne, faisan, renard, blaireau peuvent être chassés. Certains font partie de la liste des espèces d'animaux classées comme nuisibles, et dont le prélèvement est autorisé, voire encouragé comme pour le sanglier. Elle est fixée par un arrêté national, décliné ensuite au niveau préfectoral.

Cette liste est régulièrement contestée par les associations de défense de l'environnement. En Franche-Comté, par exemple, le collectif Renard Doubs dénonce la chasse du renard roux, classé comme nuisible. 

Certaines espèces, comme les chamois et les cerfs, font l'objet d'un plan de chasse : le nombre d'animaux qui peuvent être tués est réglementé. Dans chaque département, c'est le préfet qui fixe ce quota. Dans le Territoire de Belfort, par exemple, pas plus de 1 160 chevreuils pourront être tués au cours de la saison 2018-2019. Pour contrôler le respect de ce plan de chasse, chaque animal abattu doit être équipé d'un dispositif de marquage, bracelet ou bague.

5Quelles règles les chasseurs doivent-ils respecter ?

La première est bien sûr d'avoir le droit de chasser en étant titulaire d'un permis. Pour l'obtenir, il faut passer un examen organisé par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Cette épreuve, qui comporte des épreuves théoriques et pratiques, est notée sur 31 points. Il faut en obtenir au moins 25 pour être reçu, sachant que certaines erreurs peuvent être éliminatoires, comme par exemple le fait de tirer sur un plateau d'argile propulsé en direction d'un mannequin représentant une silhouette humaine, indique le site de la Fédération nationale des chasseurs.

Ce permis doit être validé chaque année, soit pour une période précise, soit pour l'ensemble de la saison de chasse. Il peut être local ou national. En pratique, la plupart des licenciés se contentent du permis départemental, moins cher. Moins de 10% de chasseurs sont titulaires d'un permis national, mais on constate d'importantes disparités en fonction de la catégorie socioprofessionnelle : près de 15% des cadres ont un permis national, contre moins de 5% des ouvriers.

Lors de la chasse, plusieurs règles de sécurité sont à observer. Elles sont pour l'essentiel édictées à l'échelle du département par les préfectures. Il est bien sûr interdit de faire feu en direction d'une route ou d'une voie ferrée, tout comme vers une habitation ou plus généralement vers un lieu de rassemblement, indique l'ONCFS. Selon les départements, les chasseurs sont aussi parfois obligés de se signaler auprès des autres "usagers de la nature" à l'aide d'un gilet fluorescent, et doivent en général signaler une zone de chasse (document PDF) à l'aide de panneau de signalisations amovibles disposés sur les routes.

Les chasseurs doivent aussi totalement décharger leur arme (document PDF) et éventuellement l'ouvrir lorsqu'ils sont en mouvement et lors de rencontres avec des promeneurs.

Dernière règle, mais pas des moindres : les chasseurs sont invités à exclure de leur zone de tir deux angles de 30 degrés de part et d'autre de leur position, afin d'éviter les risques de ricochet. C'est le non-respect de cette règle qui est responsable de la "très grande majorité des accidents mortels" survenus lors de la saison 2017-2018, explique l'Office national de la chasse et de la faune sauvage.

6En France, "chasser bourré", c'est légal ?

Invité de franceinfo mardi, Marc Giraud, porte-parole de l'Aaspas (Association pour la protection des animaux sauvages) a déploré qu'"en France, chasser bourré, [soit] légal". A raison : aucune infraction de chasse en état d'ivresse n'existe dans le Code pénal. "C'est seulement en cas d'accident qu'un test d'alcoolémie est réalisé, et considéré comme une circonstance aggravante, s'il est positif", écrivait Libération à ce sujet en 2014..

Interrogé par Le Figaro en octobre 2017, le président de la Fédération nationale des chasseurs Willy Schraen concédait que les cas de chasses en état d'ébriété "[pouvaient] arriver" et disait le "regretter".

Depuis le sketch des Inconnus, on nous considère tous comme des brutes alcooliques. Mais ce n'est pas le cas.Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseursau "Figaro"

Le patron des chasseurs assurait pourtant à l'époque qu'"aucun accident de chasse n'a été dû à l'alcool", et soutenait que des contrôles étaient possibles de la part des gendarmes sur la voie publique.

7Combien de morts liées à la chasse sont comptabilisées chaque année ?

Ce chiffre est en baisse constante depuis le début des années 2000. De 39 accidents mortels lors de la saison 1999-2000, on est passé à 13 décès en 2017-2018, selon les chiffres de l'ONFCS. Parmi les 13 personnes tuées par accident, deux d'entre elles n'étaient pas des chasseurs, selon l'ONCFS. 

Si le nombre d'accidents baisse, en revanche, celui des incidents, c'est-à-dire "des coups de fusil ou de carabine, des balles qui entrent dans des maisons ou des véhicules (...) augmente", a fait savoir Jacques Bouchet, responsable du réseau sécurité à la chasse de l'ONCFS. Ces incidents sont liés à la présence toujours plus grande de sangliers dans des zones périurbaines, "où les chasseurs n'ont pas l'habitude de chasser", a-t-il expliqué. 

8Peut-on vraiment mourir d'une balle tirée à 3 km de là ?

"Une balle de battue peut tuer à trois kilomètres", affirme mercredi 24 octobre sur franceinfo, Marc Giraud, porte-parole de l'Aspas (Association pour la protection des animaux sauvages). 

"Le tir à 45° d'une balle de carabine peut être létal jusqu'à 3 km", confirmait dans Le Figaro Yves Gollety, président de la Chambre syndicale nationale des armuriers, après la mort d'un automobiliste dans l'Oise, touché par une balle perdue en pleine tête. "Le tir d'une balle de fusil de type Brenneke, moins puissante, reste mortel à plusieurs centaines de mètres", ajoutait-il. 

9Faut-il systématiquement se balader avec un gilet jaune pendant les périodes de chasse ?

Si le gilet fluo est obligatoire pour les chasseurs dans certains départements, il ne l'est pas pour les promeneurs. Mais il est recommandé lorsqu'on se balade dans une zone de chasse. Les randonneurs peuvent également prendre d'autres précautions : "Le mieux, avant une sortie en forêt, c'est de s'informer, auprès de la société de chasse du coin, des lieux de battue", conseille dans Le Parisien Robert Azaïs, président de la Fédération française de randonnée pédestre.

Le quotidien recommande aussi d'éviter de ne pas pénétrer dans les chemins forestiers publics où une chasse en cours est signalée par un panneau. Dans les domaines privés, où l'affichage n'est pas obligatoire, mieux vaut tendre l'oreille. "Si on entend des coups de fusil et des chiens qui aboient, il ne faut pas avoir peur, mais on peut signaler sa présence de manière sonore grâce à un sifflet", souligne Robert Azaïs.  

10Pourquoi n'y a-t-il pas de jour national sans chasse en France ?

 "On est le seul pays où il n'y a pas de jour national sans chasse", s'est indigné sur franceinfo Marc Giraud. "Les chasseurs, c'est un million de pratiquants. Il y a 15 millions de randonneurs. Il y a des photographes, des naturalistes, des scolaires, il y a des gens qui se baladent, il y a des artistes : il y a tous ces gens qui sont privés de nature et privés de sécurité, pendant six mois de l'année à cause de la chasse. Eux, ils peuvent chasser tous les jours de la semaine", a-t-il regretté.

De fait, la chasse est autorisée sept jours sur sept en France durant la période légale, tandis que les autres pays d'Europe de l'Ouest ont tous un ou plusieurs jours sans chasse. Un "jour sans chasse" national avait été introduit en France en juillet 2000, fixé au mercredi, mais il a été abrogé en juillet 2003. Depuis, des associations de sports et loisirs de plein air militent régulièrement pour un dimanche sans chasse. 

En réaction, un député LREM est allé jusqu'à prôner l'interdiction du VTT pendant les périodes de chasse