Pollution au plastique : "La Méditerranée est une décharge à ciel ouvert", déplore le WWF

Ludovic Frère-Escoffier, responsable du programme vie des océans au WWF France, évoque sur franceinfo le rapport publié par son organisation, qui alerte sur la quantité phénoménale de déchets rejetés chaque année dans la mer Méditerranée.

Des déchets flottent dans l\'eau, sur le rivage de Toulon. 
Des déchets flottent dans l'eau, sur le rivage de Toulon.  (CHRISTIAN WATIER / MAXPPP)
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600 000 tonnes de déchets plastiques sont rejetés chaque année en mer Méditerranée par 22 pays, alerte le World Wildlife Fund (WWF) dans un rapport publié vendredi 7 juin. La France contribue "au rejet de 80 000 tonnes de plastiques dans la nature chaque année, dont plus de 10 000 entrent en mer Méditerranée". "La Méditerranée est une décharge à ciel ouvert", déclare sur franceinfo Ludovic Frère Escoffier, responsable du programme vie des océans au WWF France.

franceinfo : 600 000 tonnes de plastique sont rejetées dans la mer Méditerranée chaque année. On peut presque la qualifier de décharge ?

Ludovic Frère Escoffier : C'est une décharge à ciel ouvert ! C'est l'équivalent de 34 000 bouteilles de plastique par minute qui sont déversées dans la Méditerranée. Elle est au bord du burn-out, elle est à bout de souffle. La pollution ne cesse d'augmenter avec un énorme problème de collecte de déchets, en particulier dans certains pays comme l'Egypte, la Turquie ou l'Italie.

Quel est le plus gros pollueur ?

L'Egypte est le plus gros pollueur avec un gros problème de collecte, puisqu'un déchet sur deux se retrouve en pleine nature et une grande partie en Méditerranée.

Qu'en est-il de la France ?

La France ne fait pas partie des plus mauvais élèves en termes de collecte, par contre en termes de production de déchets plastiques, nous sommes les plus mauvais élèves parce qu'on produit beaucoup trop de plastiques.

Des mesures sont prises pour limiter l'utilisation et la production de plastiques. Qu'en pensez-vous ?

C'est un début. Les cris d'alarme sont poussés depuis quelques années et nous continuons à montrer l'impact sur l'écosystème et l'économie. Des mesures ont été prises au niveau de l'Etat français et européen pour interdire ces fameux plastiques à usage unique, mais il faut aller plus loin en continuant la liste, voir le niveau de réduction des contenants alimentaires et surtout mettre en place des objectifs. Nous demandons un traité international pour que chaque pays vienne autour de la table et décide des actions à mettre en place pour mettre fin à cette pollution de l'océan qui est une catastrophe écologique.

Peut-on créer des plastiques biodégradables ?

Pour nous les plastiques que l'on appelle biosourcés, c'est-à-dire qui ne viennent pas du pétrole, ne sont pas la solution. Il peut y avoir un impact sur les productions alimentaires, ils peuvent se retrouver dans la nature. Ce qui est important c'est de réduire la production et de favoriser le réemploi. On parle beaucoup de système de consigne pour les bouteilles plastiques, nous ce que nous demandons c'est une consigne pour le réemploi des différents plastiques et pas seulement pour les bouteilles.

En quoi cette pollution en Méditerranée menace-t-elle les emplois ?

C'est le tourisme, le transport maritime et la pêche essentiellement. Les coûts pour collecter les déchets pour les collectivités sont beaucoup plus forts pendant les périodes touristiques. Des macro déchets (bidons, bouteilles) peuvent rentrer dans les filets de pêche et créer des avaries au niveau du transport. On est autour de 700 millions d'euros de manque à gagner économique dûs à cette pollution.