La France renonce aux néonicotinoïdes, insecticides utilisés pour les semences de betterave, déclare le ministre de l'Agriculture

La Cour de justice de l’Union européenne a jugé, jeudi, que les Etats membres ne pouvaient pas déroger à l’interdiction de ces substances.
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Une récolte de betteraves à sucre, le 7 novembre 2019 à Pont-du-Château (Puy-de-Dôme). (THIERRY ZOCCOLAN / AFP)

Il n'y aura pas de nouvelle dérogation pour ces pesticides qualifiés par ses détracteurs de 'tueurs d'abeilles." Le ministre de l'Agriculture, Marc Fesneau, a déclaré, lundi 23 janvier, que le gouvernement renonçait à demander une mesure dérogatoire autorisant l'usage des insecticides néonicotinoïdes, utilisés pour les semences de betteraves sucrières et interdits de mise sur le marché au sein de l'UE depuis 2018.

"Je n'ai aucune intention de balader les agriculteurs et en particulier ceux qui sont inquiets", a déclaré le ministre lors d'un point-presse à Paris. La Cour de justice de l’Union européenne a jugé, jeudi, que les Etats membres ne pouvaient pas déroger à l’interdiction des néonicotinoïdes, mettant un terme à un contournement de la loi dont profitait notamment la France. Un projet de décret avait ainsi été soumis à consultation par le ministère de l'Agriculture, début janvier, afin d'autoriser l’usage de néonicotinoïdes pour les cultures de betteraves sucrières pour une troisième année consécutive.

Plusieurs substances sont interdites dans l'UE depuis 2018, mais une dizaine de pays ont pris des dérogations pour préserver les rendements sucriers, ces insecticides permettant de lutter contre un puceron vecteur de la jaunisse de la betterave. Or, les néonicotinoïdes, qui s'attaquent au système nerveux des insectes, sont mis en cause dans le déclin massif des colonies d'abeilles.

"On a tout ce qu'il faut pour faire différemment"

"J'ai convenu avec les représentants de la filière qu'on mettrait en place un dispositif qui permettrait de couvrir le risque de pertes qui serait liée à la jaunisse le temps qu'on trouve les alternatives dont on a besoin", a précisé Marc Fesneau.

Pour Jean-Marc Bonmatin, chimiste et toxicologue, chercheur au CNRS,  ces alternatives existent déjà. "En 2021, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a sorti un rapport extrêmement détaillé qui nous donne 22 alternatives aux néonicotinoïdes pour la culture de la betterave sucrière, dont quatre solutions sont applicables immédiatement", a-t-il déclaré sur franceinfo le 4 janvier. "Sur le principe même, je ne comprends pas qu'on continue à faire des dérogations, alors qu'on a tout ce qu'il faut pour faire différemment."

Ces solutions "demandent un peu plus de travail, un peu plus de surveillance", a-t-il concédé, alors que les agriculteurs craignent une perte "en productivité", a expliqué l'un d'eux à franceinfo vendredi. "Ce sont des emplois perdus, un savoir-faire qu'on perd et le sucre qu'on ne va pas produire nous, d'où va-t-il venir ?"

Lors du point-presse, Marc Fesneau a déclaré vouloir également "faire activer au niveau européen les clauses de sauvegarde pour qu'il n'y ait pas de distorsion de concurrence". La France est le premier producteur européen de sucre.

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