Supprimer le glyphosate aura un coût élevé, estime un rapport parlementaire

D'après ce rapport, présenté mercredi à la presse, les coûts de production du blé augmenteraient de 10 euros la tonne et les techniques alternatives de désherbage émettraient 226 000 tonnes de CO2 supplémentaires.

Un agriculteur français répand du glyphosate dans un champ à Saint-Germain-sur-Sarthe (Sarthe), le 16 septembre 2019. 
Un agriculteur français répand du glyphosate dans un champ à Saint-Germain-sur-Sarthe (Sarthe), le 16 septembre 2019.  (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)
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Le calendrier prévu de suppression du glyphosate sera difficile à tenir en l'état actuel des connaissances et aura un coût élevé pour les agriculteurs, estime un rapport parlementaire demandant à l'Etat de préciser rapidement les cultures qui "bénéficieront d'une dérogation" d'utilisation en 2021. L'AFP a obtenu une copie de ce rapport avant sa présentation à la presse, mercredi 13 novembre. 

La mission parlementaire chargée d'évaluer le plan de sortie du glyphosate juge "inconscient d'attendre le 31 décembre 2020" pour savoir "quelles situations culturales" devront obligatoirement cesser d'utiliser l'herbicide le 1er janvier 2021 et celles qui pourront bénéficier d'un délai.

Interrogée dimanche sur ce rapport, la ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne, a affirmé que le gouvernement "reste résolu à sortir du glyphosate. Je confirme que l'objectif est bien de sortir de l'essentiel des usages au 1er janvier 2021, et de tous les usages au 1er janvier 2023", a-t-elle affirmé dans l'émission "Questions politiques". Pour la ministre, "ce rapport est intéressant car il pointe que ce n'est pas en claquant des doigts qu'on décide comme cela qu'on arrête le glyphosate".

Des charges supplémentaires pour les exploitants 

La France s'est engagée à se passer de cet herbicide controversé le 1er janvier 2021 dans ses principaux usages, et le 1er janvier 2023 pour l'ensemble de ses utilisations.

La "mission d'information commune sur le suivi de la stratégie de sortie du glyphosate", dirigée par les députés Jean-Luc Fugit (LREM) et Jean-Baptiste Moreau (LREM), demande que l'Inra et les instituts techniques agricoles précisent "au plus tard en juin 2020" les situations "qui ne pourront supporter un arrêt du glyphosate le 1er janvier 2021 sans menacer la survie de l'exploitation ni son environnement". Le rapport souligne que la "transition" aura un "coût substantiel".

Frais de main d'œuvre (12,7 millions d'euros pour les heures supplémentaires), consommation de carburant multipliée par trois ou quatre (87 millions d'euros), investissements en matériels nouveaux et croissance des dépenses dans d'autres produits chimiques : la suppression de cet herbicide bon marché alourdira les charges des exploitations entre 50 et 150 euros l'hectare, selon le rapport.

Pas toujours simple de faire sans glyphosate 

Les députés pointent plusieurs cas où la seule alternative au glyphosate est de détruire les mauvaises herbes à la main, ce qu'ils qualifient "d'impasse" tant les investissements en main d'oœuvre seraient alors intenables.

Le cas le plus "sensible" porte sur les exploitations pratiquant l'agriculture de conservation des sols, sans labour, qui permet d'absorber plus de carbone de l'atmosphère. Mais cette technique nécessite l'usage ponctuel d'un herbicide chaque automne pour nettoyer les parcelles avant le semis.

Le rapport signale aussi les cultures en pente (vignes...) difficiles à cultiver mécaniquement, les cultures des exploitations dites en "zones intermédiaires" sur des sols difficiles à travailler et peu productifs. Selon l'institut technique Arvalis, cité dans le rapport, "l'interdiction du glyphosate déstabiliserait ces exploitations concernées au point de menacer leur survie".

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