Référé d'EELV contre le glyphosate : "La justice française ne peut pas ignorer ce qui s'est passé aux États-Unis"

Europe-Écologie-Les Verts réclame le réexamen en urgence de la dangerosité du glyphosate par l'agence de sécurité sanitaire.

Épandage de glyphosate dans un champ, illustration.
Épandage de glyphosate dans un champ, illustration. (CHRISTIAN WATIER / MAXPPP)
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Europe-Écologie-Les Verts (EELV) va déposer un recours en référé pour faire interdire en France les herbicides au glyphosate du groupe Monsanto après sa condamnation aux États-Unis à indemniser un jardinier atteint d'un cancer. EELV introduit cette action devant le tribunal administratif contre les autorisations de mises sur le marché de ces produits. La formation politique réclame le réexamen en urgence de la dangerosité du glyphosate par l'agence de sécurité sanitaire (Anses).

"La justice française ne peut pas ignorer ce qui s'est passé aux États-Unis et devra en tenir compte dans ses décisions", a indiqué lundi 20 août sur franceinfo Paul François, agriculteur et président de l’association Phyto-victimes. Pour lui, "dans un premier temps, il est essentiel que ce produit ne soit pas commercialisé pour les particuliers. Dans l'agriculture, il faudra l'interdire."

franceinfo : qu'est-ce que la condamnation de Monsanto aux États-Unis peut changer concrètement ?

Paul François : Cette condamnation donne de la visibilité à mon combat et à celui des autres victimes en France. Je pense que la justice française ne peut pas ignorer ce qui s'est passé aux États-Unis et devra en tenir compte dans ses décisions et dans l'acceptation des dépôts de plainte qui pourraient être faits dans les jours ou les semaines à venir par des particuliers ou des professionnels. À ce niveau-là, ça va changer. Pour le grand public, ça donne de la visibilité au comportement que peut avoir Monsanto. L'agriculture n'est pas là pour empoisonner les riverains et les agriculteurs, il faut trouver des méthodes pour sortir de ce système qui est trop dangereux. Je sais de quoi je parle car j'ai des appels quotidiens de familles qui ont été affectées par ce produit et par d'autres. Il faut prendre les décisions pour sortir d'une agriculture qui est basée sur la chimie.

Le recours déposé par Europe-Écologie-Les Verts a-t-il des chances d'être entendu dans ce nouveau contexte judiciaire ?

Je ne sais pas s'il sera entendu mais ce dépôt de plainte est logique, il me semble qu'Europe-Écologie-Les Verts demande à ce que les particuliers ne puissent plus avoir accès à cet herbicide. Cela me paraît essentiel dans la mesure où nous, agriculteurs, sommes dans l'obligation de passer, un examen, le "certiphyto" (certificat individuel de produits phytopharmaceutiques) prouvant que nous avons acquis les bonnes pratiques pour utiliser les produits phytosanitaires. Dans un premier temps, il est essentiel que ce produit ne soit pas commercialisé pour les particuliers. Dans l'agriculture, il faudra l'interdire. Les particuliers n'ont pas à avoir accès à ce produit qui n'est pas essentiel dans la vie quotidienne, ils sont trop dangereux, surtout que les particuliers le surdosent, donc les enfants sont également exposés. Je pense donc que ce dépôt de plainte est logique mais aussi recevable. Cela avait été proposé par le précédent gouvernement notamment Ségolène Royal qui avait proposé de l'interdire à la vente. Quand je vois aujourd'hui que dans les grandes surfaces on peut trouver du Roundup, le gouvernement devrait faire quelque chose et l'interdire définitivement aux particuliers avant une interdiction en agriculture d'ici 5 ans.

Le gouvernement a promis d'interdire le glyphosate d'ici trois ans, mais n'a pas inscrit cette volonté dans sa dernière loi. Cela vous a déçu ?

Non seulement cela m'a déçu, c'est aussi une volte-face d'autant que le président de la République s'était engagé pendant sa campagne électorale et l'avait répété lors du Salon de l'Agriculture. Mais quand la loi agricole est passée devant l'Assemblée nationale au printemps, cela n'a pas été inscrit alors que certains députés de LREM proposaient de le faire ainsi que le ministre de l'Environnement. Pour moi, il y a une grande contradiction entre ce que le président Macron nous a proposé et qui n'a pas été suivi d'actes. Au mois de septembre, la loi agricole va revenir à l'Assemblée nationale, j'espère que le gouvernement va se ressaisir comme l'a demandé Nicolas Hulot et l'inscrire définitivement dans la loi avec un retrait sur trois ans et une dérogation de deux ans supplémentaires pour les exploitations agricoles où c'est beaucoup plus difficile de se passer de glyphosate.