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La réautorisation du glyphosate pour cinq ans est "un fiasco", pour l'eurodéputée EELV Michèle Rivasi

Michèle Rivasi, eurodéputée Europe Ecologie-Les Verts, a expliqué, lundi sur franceinfo, que le changement de position de l'Allemagne dans le vote pour le renouvellement du glyphosate a été déterminant.

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Radio France
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L'eurodéputée Europe Ecologie-Les Verts Michèle Rivasi, le 8 septembre 2017, à Paris. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

"C’est un fiasco", a réagi Michèle Rivasi, eurodéputée Europe Ecologie-Les Verts et membre de la Commission environnement, santé publique et sécurité alimentaire au Parlement européen, lundi 27 novembre sur franceinfo, après l’adoption du renouvellement du glyphosate pour cinq ans par l’Union européenne.

Le glyphosate, herbicide très contreversé, est à nouveau autorisé pour cinq ans. 18 pays dont l’Allemagne ont voté en faveur de la proposition de la Commission européenne. Neuf pays ont voté contre, dont la France. Un pays s’est abstenu.

franceinfo : Cette nouvelle autorisation pour cinq ans du glyphosate est-elle une surprise pour vous ?

Michèle Rivasi : Oui, c’est une surprise parce qu’on ne pensait pas que l’Allemagne allait changer de camp. L’Allemagne s’était abstenue au vote du 9 novembre, car on était sur la même proposition. L’Allemagne a voté pour, et il faut savoir que derrière, il y a la fusion de Monsanto et Bayer et que la coalition avec les Verts ne se fait plus avec Mme Merkel.

Vous voulez dire qu’il y a des raisons politiques ?

Oui, il y a des raisons politiques, car s’il y avait eu une coalition avec les libéraux et les écolos en Allemagne, ils n’auraient jamais accepté cela. C’est un fiasco. Je suis très déçue parce que ce sont des années de combat et une mobilisation citoyenne incroyable. On a les preuves de la toxicité de ce produit et pourtant, il y a cette "science pourrie" qui est manipulée par Monsanto. Il y a ces pouvoirs publics qui n’ont pas le courage politique de dire : "On protège les citoyens plutôt que l’économie". Là, c’est un renouvellement pour cinq ans. Cela veut dire que dans cinq ans, il faudra refaire la même chose.

Qui a gagné dans l’histoire ? Ce sont les industriels, le lobby agrochimique, tous les gens comme Monsanto qui sont en train de tuer à la fois la population et la biodiversité sur l’ensemble de la terre.

Michèle Rivasi

C’est un échec et c’est une déception. Pourtant, nous, citoyens, on va encore se bagarrer, car on veut obtenir une commission d’enquête sur le plan européen pour avoir accès aux informations et pour qu’il y ait la transparence totale des études.

Parce que ce n’est pas le cas aujourd’hui ?

Non, ce n’est pas le cas. On n’a pas accès aux études industrielles. Il y a des conflits d’intérêts au niveau des experts. La méthodologie pour l’évaluation de ces substances chimiques est nulle et c’est reconnu par des scientifiques indépendants. Il faut obtenir cette commission d’enquête, pour qu’on ait des agences européennes qui fonctionnent correctement. Là, elles ne sont plus crédibles.

Peut-on se passer du glyphosate ?

On peut s’en passer. Nous, avions proposé qu’il y ait un délai de trois ans pour former les agriculteurs. La seule alternative qu’on a maintenant est d’acheter du bio, car on sait qu’il n’y aura pas de pesticide et qu'il n’y aura pas de glyphosate. Le problème est que le glyphosate est tellement utilisé qu’on le retrouve dans l’eau, dans énormément d’aliments et même dans l’air. C’est un véritable problème de santé publique. J’espère que la France va interdire le glyphosate et surtout qu’elle a la possibilité d’interdire le produit final, qui contient tous les adjuvants qui ne font que renforcer la toxicité du glyphosate.

Est-ce que la France peut agir seule malgré la décision de l'Union européenne ?

La France peut agir sur les produits, mais pas sur la substance active, car cela relève de la compétence de l’Europe. La France peut très bien avoir la possibilité d'interdire le Roundup, mais on ne sera pas à l’abri de trafic et de ce qui peut se passer au niveau des autres pays européens. Mais, il faut que la France soit le leader là-dessus. Si le Sri Lanka l’a interdit, la France peut l’interdire aussi et jouer le rôle d’aiguillon sur le plan européen.


"On a les preuves de la toxicité de ce produit et pourtant il y a cette science pourrie qui est manipulée par Monsanto", Michèle Rivasi
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