Glyphosate : "S'il était cancérogène on l'aurait interdit", explique le sénateur Pierre Médevielle

Le sénateur UDI de Haute-Garonne est l'un des rapporteurs d'un rapport d'information sur les agences chargées d'évaluer les substances dangereuses en France et en Europe.

Une bouteille contenant du glyphosate. (illustration)
Une bouteille contenant du glyphosate. (illustration) (PHILIPPE HUGUEN / AFP)
#AlertePollution

Rivières ou sols contaminés, déchets industriels abandonnés… Vous vivez à proximité d’un site pollué ?
Cliquez ici pour nous alerter !

Un rapport d'information, qui doit être rendu jeudi 16 mai aux députés, fait déjà polémique. Selon l'un des rapporteurs, Pierre Médevielle, l'étude, menée par les sénateurs, affirme que le glyphosate n'est pas cancérogène. Or sur franceinfo, lundi 13 mai, le sénateur UDI de Haute-Garonne, vice-président de l’OPECTS (Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques), a expliqué que le rapport qui doit être présenté jeudi n'était "pas sur le glyphosate". Selon lui, c'est un journaliste qui "a fait un amalgame". Pour le sénateur, c'est dans des rapports qu'il a publiés précédemment qu'il affirme "que le glyphosate n'est pas cancérogène (…) je pense aussi en tant que scientifique que s'il était cancérogène et perturbateur endocrinien on l'aurait interdit".

franceinfo : Confirmez-vous la conclusion selon laquelle, aucune étude scientifique ne prouve la cancérogénicité du glyphosate ni en France ni en Europe ?

Pierre Médevielle : Ce rapport est un rapport qui a été demandé par la commission des finances de l'Assemblée nationale à l'Opects, l'office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques. C'est un rapport sur l'évaluation des agences, de leurs méthodes de travail, comment elles recrutent les experts, pour éviter de retomber sur le même pataquès avec "l'affaire glyphosate", c'est un rapport que je remettrai jeudi, je n'avais pas donné de conclusion.

J'ai produit d'autres rapports pour la commission des Affaires européennes sur le glyphosate. Le rapport que je présente [ce jeudi] n'est pas sur le glyphosate, votre confrère a fait un amalgame en annonçant triomphalement qu'il publiait en avant-première les conclusions d'une commission d'enquête parlementaire sur le glyphosate. Commission d'enquête qui n'existe pas et le rapport n'est pas sur le glyphosate.

Ces conclusions sont donc celles d'autres rapports que vous avez publiés ?

Ce sont des conclusions d'un rapport précédent que j'avais remis pour la commission des Affaires européennes et la commission du Développement durable. Ça fait deux ans que je travaille sur la molécule [glyphosate]. Depuis que le Circ (Centre international de recherche sur le cancer) de Lyon a joué le rôle de lanceur d'alerte en affirmant que le glyphosate est cancérogène, je collectionne de la littérature, j'ai fait deux rapports dessus, je vois l'Anses régulièrement, les agences européennes, je n'ai aucune étude qui prouve la cancérogénicité de ce produit. Je pense aussi en tant que scientifique que s'il était cancérogène et perturbateur endocrinien on l'aurait interdit.

Il y a des produits qui ont été interdits qui contenaient du glyphosate, l'Anses a retiré 117 autorisations de mise sur le marché à cause de la toxicité de co-constituants, ce n'était pas le glyphosate. On fait un amalgame entre le glyphosate, substance brute et les spécialités contenant du glyphosate. Je pense qu'il faut retrouver un peu de sérénité, de lucidité, pour aborder cette molécule en pragmatisme et raisonnablement.

Concernant le rapport qui sort jeudi, la presse a déformé vos propos ?

J'ai parlé du rapport de jeudi qui n'est pas un rapport sur le glyphosate. On a parlé du glyphosate de mes rapports précédents et effectivement dans mes rapports précédents je conclus que le glyphosate n'est pas cancérogène. Il est toujours sur le marché et il a été prolongé par la Commission européenne, pour 5 ans, 3 ans pour la France. C'est devenu une névrose franco-française, un enjeu politique, une affaire médiatico-politique où tout le monde veut la tête de cet herbicide. Pour le moment, les agriculteurs n'ont pas de solution alternative. Je suis de près les problèmes agricoles. On ne peut pas aujourd'hui raisonnablement s'en passer.

José Bové vous accuse de céder au lobbying de Monsanto. Est-ce le cas ?

Je n'ai jamais eu le moindre contact avec Monsanto. J'ai fait partie des 40 premiers parlementaires à demander l'interdiction des néonicotinoïdes qui présentaient des dangers pour la population d'abeilles. Je ne suis pas un intégriste des labos, je suis un humble scientifique. J'ai demandé d'ailleurs l'an dernier, lors de la discussion de la Loi Agriculture et Alimentation à ce qu'on n'interdise pas les substances simplement sur le principe de précaution mais qu'on le fasse avec des fondements scientifiques. Je crois que c'est la bonne démarche.

Tout le monde veut aller dans le sens de moins de pesticides, moi le premier mais à condition d'avoir des solutions de remplacement. Certains intégristes voudraient vider la trousse à pharmacie, les bactéries, les insectes, les champignons ne demandent qu'à dévaster nos cultures. Je crois qu'à un moment il faut être raisonnable. C'est bien beau de rêver d'une agriculture à l'ancienne, sans pesticide, propre, mais aujourd'hui, nous avons des millions de bouches à nourrir.