Nanterre : du béton a été déversé dans la Seine pendant plusieurs mois au cours du chantier du RER E

Selon Vinci, le conducteur des travaux, cet écoulement a été stoppé au lendemain de la découverte des faits par un garde-pêche, en mars.

Du béton déversé dans la Seine près du chantier du RER E à La Défense (Hauts-de-Seine).
Du béton déversé dans la Seine près du chantier du RER E à La Défense (Hauts-de-Seine). (APPMA 92 ET 75)
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Du béton au beau milieu de la Seine. Lors d'une inspection des berges en mars, un garde-pêche a découvert un rejet de ciment et de sable dans le fleuve, révèle Europe 1, mercredi 24 avril. L'écoulement, de la taille d'un "ruisseau", était situé au niveau du port de Nanterre (Hauts-de-Seine), sur le site de fabrication du béton utilisé sur le chantier d'extension de la ligne E du RER. Les eaux de nettoyage des cuves des camions ont été déversées dans une fosse à ciel ouvert creusée dans le sol et ont terminé leur course dans la Seine.

Un ruisseau contenant des résidus de ciment du chantier du RER E dans les Hauts-de-Seine.
Un ruisseau contenant des résidus de ciment du chantier du RER E dans les Hauts-de-Seine. (APPPMA 92 ET 75)

"C'est en descendant sur les quais de Seine qu'on a vu qu'il y avait un déversement, raconte un garde-pêche à franceinfo. C'était un petit ruisseau avec plein de déchets de béton qui charriaient du sable, du ciment, tous les déchets de lavage des bétonnières. On a remonté le cours d'eau et on a vu qu'il venait du chantier. On a fait appel aux forces de l'ordre pour y entrer et faire la constatation avec elles." Le chantier en question était conduit par Vinci Construction. 

Le chef de chantier nous a dit que ce n'était pas normal et qu'il ferait le nécessaire pour que ça ne se reproduise pas.Un garde-pêcheà franceinfo

Selon l'association agréée de pêche et de protection du milieu aquatique (AAPMA 92 et 75), ces rejets de béton auraient commencé début 2018. D'après ses relevés de profondeur, l'accumulation des résidus dans le fleuve a provoqué une baisse drastique de l'eau. A certains endroits, il ne reste que 15 à 30 cm d'eau au lieu du 1,80 m habituel.

"Beaucoup de conséquences sur l'environnement"

Contacté par franceinfo, Vinci explique avoir été alerté de la situation le 19 mars par l'association de pêcheurs et avoir mis en place des mesures pour stopper l'écoulement, avec "le nettoyage de la zone et l'évacuation des matériaux vers des centres de traitement". L'incident a été transmis à la Direction régionale et interdépartementale de l’environnement et de l’énergie, et une enquête interne a été ouverte. "Si des responsabilités individuelles venaient à être établies, des sanctions seront prises", assure le groupe dans un communiqué.

Du ciment déversé depuis le chantier du RER E dans les Hauts-de-Seine.
Du ciment déversé depuis le chantier du RER E dans les Hauts-de-Seine. (APPMA 92 ET 75)

Interrogé par la police, le responsable par intérim du chantier estime que cet écoulement a été provoqué par la saturation du système permettant le recyclage des eaux de nettoyage, cite Europe 1. Le système étant plein, l'eau chargée de résidus a débordé et s'est déversée dans la Seine. "C'est la première fois qu'on voit un tel déversement dans le secteur. On voit d'autres types de pollution : palettes en plastique qui risquent de tomber, eaux usées liées aux péniches… Mais là, ce n'est pas la même ampleur, reprend le garde-pêche. Il y a beaucoup de conséquences sur l'environnement."

A cause de ces résidus, il y a moins d'eau, moins de poissons et toute la végétation aquatique a brûlé.Un garde-pêcheà franceinfo

Selon le professionnel, il faudra plusieurs années pour que la situation se stabilise. "Même avec une crue, ça s'est tellement solidifié que ça ne risque pas de redevenir normal avant plusieurs années." En attendant, selon Europe 1, l’association AAPMA 92 et 75 Ouest ainsi que la Fédération de Paris pour la pêche et la protection du milieu aquatique ont porté plainte pour abandon de déchets, rejet en eau douce de substance nuisible au poisson et destruction de frayère. Ces délits sont passibles de sanctions allant jusqu’à deux ans de prison et 75 000 euros d’amende.