Procès des anti-bassines à Niort : "C'est un procès clairement politique", dénonce Sophie Binet

La secrétaire générale de la CGT estime que c'est plutôt à Gérald Darmanin de s'expliquer devant les juges. "200 blessés, dont 40 graves, cela montre le déchaînement de violence qui a été organisée par les forces de l'ordre", dénonce-t-elle.
Article rédigé par France Info
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Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, était vendredi 12 mai l’invitée du 8h30 franceinfo. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

"C'est un procès qui est clairement politique et qui marque la criminalisation de l'action militante", a jugé vendredi 8 septembre sur franceinfo la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, présente à Niort où s'ouvre le procès en correctionnelle de responsables syndicaux et militants écologistes pour avoir organisé en mars des rassemblements contre les "bassines" à Sainte-Soline (Deux-Sèvres) interdits par les autorités. Pour Sophie Binet, ce procès marque "un cap dans la répression" de l'action politique et syndicale. "S'il y a quelqu'un qui devait être devant ce tribunal, c'est le ministre de l'Intérieur", a asséné la patronne de la CGT.

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franceinfo : Quel est pour vous l'enjeu de ce procès ?

Sophie Binet : C'est un procès qui est clairement politique et qui marque la criminalisation de l'action militante. Faute de pouvoir poursuivre des individus violents, on poursuit personnellement les dirigeants des organisations qui ont appelé à des rassemblements pacifiques. C'est grave parce que cela marque un cap dans la répression. Et s'il y a quelqu'un qui devait être devant ce tribunal, c'est le ministre de l'Intérieur qui a annoncé ces rassemblements violents. La veille des rassemblements, il déclarait à la télévision que ça allait être violent, qu'il fallait s'y préparer. Et pour cause, ce sont les consignes qui ont été données aux forces de l'ordre avec un armement en armes de guerre extrêmement élevé, une utilisation de ces armes qui ne respectent pas la déontologie policière et surtout des ordres de non-intervention pour les médecins et le Samu alors qu'il y a eu 200 blessés parmi les manifestants et manifestantes, dont 40 graves.

Mais dans les faits, le rassemblement contre les bassines à Sainte-Soline était interdit par les autorités…

Mais ce n'est pas parce qu'il y a une interdiction de manifester qu'il faut charger la manifestation, qui conduit pendant une heure et demie des manifestants pacifiques dans une situation quasiment de guerre. 200 blessés, dont 40 graves, cela montre le déchaînement de violence qui a été organisée par les forces de l'ordre. Et ce procès s'inscrit malheureusement dans un mouvement d'ensemble.

"Aujourd'hui, visiblement, tous ceux qui contestent le pouvoir sont des cibles."

Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT

à franceinfo

Ce sont les militants syndicaux qui sont poursuivis et même la Ligue des droits de l'homme (LDH) à qui on a fait un chantage à la subvention, chose qui n'était jamais arrivée.

Pourtant, dans la foulée de Sainte-Soline, le ministre de l'Intérieur a tenté de dissoudre les Soulèvements de la Terre. Le Conseil d'État a suspendu cette décision, n'est-ce pas la preuve que les institutions fonctionnent tout de même ?

Et c'est heureux que la justice rappelle à l'ordre le gouvernement quand, manifestement, il dépasse les bornes. Cette dissolution ne reposait sur aucun motif juridique et c'est très important que le Conseil d'État ait annulé la dissolution des Soulèvements de la Terre.

"C'est rassurant qu'on ait encore ces garde fous mais c'est très grave que la justice soit, en permanence, obligée de rappeler à l'ordre le ministre de l'Intérieur".

Sophie Binet

à franceinfo

D'autant plus que la justice a très peu de moyens et qu'elle a autre chose à faire.

Qu'attendez-vous aujourd'hui de ce procès ? Une relaxe ?

Oui, parce que ce procès est un hors-sujet. C'est le gouvernement multirécidiviste qui a été condamné à de multiples reprises pour inaction climatique, qui poursuit des militants syndicaux et qui nous qualifie maintenant d'écoterroristes.

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