Nucléaire à Bure, dans la Meuse : "C'est une mauvaise solution. Les déchets ne disparaissent pas, ils sont mis en terre"

Pour le physicien nucléaire Bernard Laponche, l'enfouissement des déchets radioactifs à Bure est une mauvaise solution. Invité samedi sur franceinfo, il préconise "le stockage à sec en subsurface", une solution "réversible".

Manifestation à Bar-le-Duc (Meuse), le 16 juin 2018, contre le projet d\'enfouissement des déchets nucléaires, à Bure.
Manifestation à Bar-le-Duc (Meuse), le 16 juin 2018, contre le projet d'enfouissement des déchets nucléaires, à Bure. (JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP)

Les anti-nucléaires se sont mobilisés samedi 16 juin à Bar-le-Duc (Meuse) contre le projet de centre de stockage des déchets radioactifs à Bure. Plus d'un millier de personnes sont venues manifester mais le rassemblement a été perturbé par plusieurs casseurs qui, d'après la préfecture, s'en sont pris aux forces de l'ordre. Six personnes ont été interpellées et sept membres des forces de l'ordre ont été blessés. 

Pour le physicien nucléaire Bernard Laponche, expert en politique énergétique, c'est une mauvaise solution. Invité samedi 16 juin sur franceinfo il préconise "le stockage à sec en subsurface", une solution "réversible". Il explique que cette solution n'est pas adoptée en France "parce que le rêve des promoteurs du nucléaire a été de montrer que l'on pouvait résoudre le problème des déchets en les faisant disparaître, mais ils ne disparaissent pas, ils sont mis en terre, ce qui n'est pas du tout la même chose." La demande d'autorisation du futur centre de stockage à Bure devrait être déposée l'an prochain pour un début de construction vers 2022.

franceinfo : Enfouir les déchets nucléaires, est-ce la pire des solutions ?

Bernard Laponche : Je pense que oui. C'est la solution qui est préconisée actuellement par les pays qui ont des programmes nucléaires parce que, depuis très longtemps, il y a eu une première période où on ne s'occupait pas des déchets. Pour s'en débarrasser, on les a mis dans des fosses marines, et on s'est aperçus que c'était extrêmement dangereux parce que ça pouvait polluer la mer.

L'idée suivante a été de les enfouir dans des couches géologiques profondes. C'est la solution qui a été - jusqu'à présent - choisie en France et on a abouti au projet Cigéo à Bure dans la Meuse [projet d'enfouissement de déchets nucléaires]. C'est un projet qui, d'une part, est dangereux avec des risques d'inondations, d'incendies et d'agressions extérieures. D'autre part, la solution qui consiste à les mettre au fond et de reboucher est une solution qui n'est absolument pas respectueuse du droit des générations futures puisque ces déchets peuvent polluer la croûte terrestre - par des infiltrations de matières radioactives - et surtout, ça ne permet pas de changer d'avis. Donc nous pensons qu'il ne faut pas faire ce projet d'enfouissement. Il faut par contre un projet qui n'est pas définitif tout en permettant de mettre les déchets dans des conditions de sûreté convenables. Cette solution, c'est le stockage à sec en subsurface, une alternative au stockage géologique.

Cette solution est-elle possible actuellement ?

C'est tout à fait possible. C'est d'autant plus possible que c'est une solution qui est adoptée actuellement par des pays comme les États-Unis et l'Allemagne, qui ont tous deux des programmes nucléaires importants. Les déchets sont stockés à sec et dans certains cas en subsurface. Ça veut dire que vous les mettez par exemple sous une colline ou dans un ancien tunnel, de façon à ce qu'ils soient protégés des agressions extérieures, et ça reste des solutions réversibles. Il faut que cette solution de substitution que nous proposons [en attendant que la science évolue permettant de trouver une meilleure solution] soit sûre, c'est le cas du stockage à sec. La solution de l'enfouissement, qui théoriquement apparaît comme facile : on fait un trou et on le met au fond, c'est en fait une solution dangereuse qui est irréversible et donc pas acceptable.

Mais pourquoi vous dit-on non ? Est-ce que c'est politique ?

On dit non parce que le rêve des promoteurs du nucléaire a été de montrer que l'on pouvait résoudre le problème des déchets en les faisant disparaître, mais en fait ils ne disparaissent pas. Ils sont mis en terre, ce qui n'est pas du tout la même chose. En tant que scientifiques et ingénieurs, on s'aperçoit maintenant que ce projet n'est pas de bonne qualité et donc nous mettons sur la table ce qui avait d'ailleurs été prévu par les lois sur les déchets radioactifs : l'alternative stockage à sec en subsurface et nous demandons que les deux soient comparées sérieusement.