Déchets nucléaires à Bure : sept militants jugés, l'opposition au projet en reconstruction

Sept opposants au projet Cigéo d'enfouissement de déchets nucléaires sont renvoyés à partir de mardi devant le tribunal correctionnel de Bar-le-Duc.

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Radio France
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Des affiches contre le projet Cigéo à Bure, en mai 2021. (ETIENNE MONIN / RADIO FRANCE)

Août 2017, une manifestation est organisée contre le projet Cigéo de stockage sous-terrain de déchets nucléaires radioactifs, à Bure, dans la Meuse. Des violences éclatent avec les forces de l'ordre et des installations sont dégradées. Près de quatre ans plus tard, sept opposants sont jugés devant le tribunal correctionnel de Bar-le-Duc, notamment pour "association de malfaiteurs" et "manifestation illicite". La procédure a donné un coup de frein brutal à une opposition qui commence tout juste à s’en relever.

"C'était terrifiant de venir ici la première fois, ça fait très peur. Je pense que c'était justement le but, de dissuader, et ça a très bien fonctionné", confie Antoine. Il fait partie de ceux qui ont repris pied dans la maison de la résistance à Bure. Ce juriste vient par intermittence dans cette grande bâtisse qui sert de porte d’entrée et de lieu d’aiguillage pour les activistes. Antoine participe à la relance de l’opposition après un long passage à vide provoqué par l’enquête judiciaire et un maillage très serré des gendarmes sur le terrain.

Une opposition élargie

En 2018, l’opposition est dans le creux de la vague. La pression judiciaire inquiète les opposants historiques qui vivent près du site et ceux qui sont venus d’ailleurs pour s’engager. Jean-Pierre Simon est un opposant de la première heure. Cet agriculteur explique que le front a dû provisoirement se déporter : "Il a fallu reconstruire autour de ça, et ce n'était pas possible de le faire sur place. Cette reconstruction a eu lieu partout en France et même à l'étranger. Avec des gens qui travaillent entre eux sur la lutte et sur d'autres projets en même temps."

Un tag contre le projet Cigéo, à Bure. (ETIENNE MONIN / RADIO FRANCE)

Le visage de cette opposition a aussi changé. En 2016, le mouvement social et les Zadistes étaient en première ligne. Aujourd’hui, les féministes participent à cette mobilisation. Le nucléaire par exemple n’est pas le point d’entrée pour Anouk : "Mon point d'accroche, c'est le féminisme, le transféminisme et le fait de se sentir, en tant que personne assignée femme, à l'aise dans un endroit politique."

Un collectif anime l’action des féministes contre le projet d’enfouissement : Les Bombes atomiques, avec une première mobilisation en septembre 2019. Françoise en fait partie : "On aime écrire des tracts et les diffuser dans la rue, dans les villages autour, on a aussi envie de faire des chantiers participatifs et de s'apprendre des savoirs. On a envie de construire des choses ensemble et de s'amuser."

"On peut encore avoir un mot à dire, s'opposer pour peut-être éviter que ça arrive."

Marguerite, une militante

à franceinfo

Il y aussi le collectif des Semeuses, qui cultive des champs, et un front d’ONG et de syndicats. Bure expérimente une nouvelle dynamique d’opposition, qui a attiré Marguerite : "Cela incarne encore un lieu où il y a quelque chose à changer, ce n'est pas déjà construit, ce n'est pas déjà fait."

Aujourd’hui encore, les activistes sont vigilants sur la sécurité. Ils utilisent tous des noms d’emprunt. Ils critiquent la violence de l’enquête, qui a utilisé des moyens habituellement déployés contre le crime organisé. Avec le procès, les activistes vont pouvoir se compter et retrouver une visibilité, au moment où la déclaration d’utilité publique sur le centre de stockage est en cours d’instruction.

L'opposition au projet Cigéo a dû se réorganiser - le reportage d'Etienne Monin
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