Négociation pour un traité sur le plastique : "On perd du temps !", enragent des ONG qui luttent contre la pollution

Les discussions menées à Paris pour aboutir à un traité n'ont démarré qu'avec 48 heures de retard sur le déroulé prévu. En cause : les pays qui défendent la production plastique.
Article rédigé par Etienne Monin
Radio France
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Temps de lecture : 3 min
La délégation de l'Inde à l'Unesco, à Paris, le 27 mai 2023, où se tient une session de négociations internationales pour mettre fin à la pollution plastique. (STEPHANE MOUCHMOUCHE / HANS LUCAS VIA AFP)

Mais que se passe-t-il au siège de l’Unesco, à Paris, dans la négociation internationale sur le traité qui doit mettre fin à la pollution plastique ? Eh bien ! Pas grand-chose ! En 48 heures, les délégués des 175 pays qui se sont engagés dans cette négociation inédite n’ont quasiment pas avancé d’un pouce. Les négociations se sont enlisées dans des questions de procédure. Le fond n’a été abordé que mercredi 31 mai au matin, 48 heures après le coup d’envoi. 

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La température, on peut la prendre devant l'entrée principale de l'Unesco qui accueille ce deuxième cycle de négociations. On y voit une poignée d'activistes. Ils brandissent des pancartes pour demander des mesures ambitieuses parce que les négociateurs viennent de perdre 48 heures alors que le temps est compté, dit Murielle Papin, de l'association No Plastic in My Sea. "On perd du temps, en fait ! Et c'est du temps qu'on perd pour nous, pour l'avancée du traité et pour les générations futures qui sont là pour rappeler aux Etats qui sont à l'intérieur de l'Unesco d'accélérer."

Pendant 48 heures, les délégations ont débattu du mode de gouvernance qui semblait pourtant avoir été tranché lors de la première session de discussions. C'est presque un classique, explique David Azoulay. Il travaille pour Ciel, qui est une ONG de droit international. "Il y avait un piège tendu par un certain nombre d'Etats qui sont arrivés à Paris pour ralentir les négociations et pour nous nous empêcher de rentrer dans les questions de fond. Et ça, on peut dire que jusqu'à présent, ils ont largement réussi. On a vu parmi ces groupes menés par l'Arabie Saoudite, comme on voit dans les négociations climat, la Russie qui était aussi extrêmement active, l'Inde, la Chine, l'Iran, le Brésil... Et il y avait une stratégie extrêmement bien coordonnée quand ils sont arrivés."

Ce débat sur le règlement intérieur a porté sur la règle d'adoption des mesures. Les pays ambitieux souhaitent un système contraignant avec une majorité des deux tiers. Le groupe des moins-disants a plaidé pour le consensus comme pour l'accord de Paris. Le sujet n'est pas clos. Il a juste été mis entre parenthèses en fin de matinée pour enfin aborder les questions de fond.

Deux visions opposées

A mi-chemin de ces négociations, difficile de savoir sur quoi elles vont déboucher. Si on écoute les observateurs, ils espèrent qu'on va au moins jeter les bases d'une ébauche de texte. L'ONU a rédigé un document en onze points avec les différentes options. Les pays sont appelés à donner leur position et ça pourrait permettre d'élaborer un brouillon qui pourrait être rédigé avant le troisième cycle de discussions. Et malgré le retard à l'allumage, on voit déjà les grandes tendances, dit Henri Bourgeois-Costa. Il fait partie de la Fondation Tara. "Autour de cette question de gouvernance, on retrouve la même crispation que celle qu'on découvre déjà à la fin de cette matinée, avec les premières expressions de ce que pourrait être un traité. On a une vision avec, d'un côté, les 57 pays à haute ambition, mais pas qu'eux, qui portent des objectifs de réduction en volume. Et, de l'autre côté, ceux qui représentent des intérêts très particuliers, ceux de la production pétrolière, de la pétrochimie et de la transformation des matières."

Schématiquement, dans ces deux camps, on peut d'un côté voir ceux qui veulent réduire la production du plastique et ceux, de l'autre côté, qui veulent miser sur le recyclage et les engagements volontaires. Les deux lignes principales sont assez éloignées. Le traité est censé aboutir d'ici la fin 2024.

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