COP27 : comment le sort du détenu politique Alaa Abdel Fattah, embarrassant pour l'Egypte, s'est invité au sommet pour le climat

Arrêté en 2019, ce prisonnier politique, figure de la révolution de 2011, est en grève de la faim depuis sept mois. Plusieurs chefs d'Etat ont profité de la COP27 pour appeler à sa libération.

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Le militant Alaa Abdel Fattah, le 17 mai 2019 au Caire (Egypte). (KHALED DESOUKI / AFP)

Il n'était pas prévu au programme. Le sort d'Alaa Abdel Fattah, un prisonnier politique en grève de la faim depuis de longs mois, est devenu un sujet de préoccupation majeure à la COP27 de Charm el-Cheikh, embarrassant le pouvoir égyptien. Emblématique, son cas est loin d'être isolé : trois journalistes ont entamé, lundi 7 novembre, une grève de la faim pour réclamer "la libération de tous les détenus d'opinion d'Egypte", soit plus de 60 000 personnes, selon les ONG. Franceinfo revient sur son histoire.

Sa famille n'a reçu aucune preuve de vie d'Alaa Abdel Fattah depuis dimanche

Alaa Abdel Fattah, 40 ans, est une figure de la révolution de 2011, qui avait entraîné la chute du régime d'Hosni Moubarak. Il a été arrêté en 2019 puis condamné en décembre 2021 à cinq ans de prison pour "diffusion de fausses informations" pour avoir reposté sur Facebook un texte accusant un officier de police de torture. Cette condamnation est la dernière d'une longue liste. Depuis 2013, il a passé sept ans en prison, sous Hosni Moubarak, son successeur Mohamed Morsi et l'actuel chef de l'Etat Abdel Fattah al-Sissi.

A l'approche de la COP27 de Charm el-Cheikh, il a totalement cessé de s'alimenter mardi dernier et de boire dimanche. Sa famille s'inquiète : depuis dimanche, elle n'a reçu aucune preuve de vie.

Depuis le 2 avril, Alaa Abdel Fattah, bête noire du président Sissi, n'ingérait qu'un verre de thé et une cuillère de miel par jour dans sa prison de Wadi al-Natroun, au nord-ouest du Caire. Le même mois, il avait obtenu la nationalité britannique, grâce à sa mère, Laila Soueif, née au Royaume-Uni. 

La communauté internationale lance des appels à la clémence

L'ONU, la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, les Etats-Unis... La liste des dirigeants mondiaux s'inquiétant du sort du détenu n'en finit pas de s'allonger. Mardi 8 novembre, le chancelier allemand Olaf Scholz a appelé Le Caire à le sortir de prison pour éviter "une issue mortelle" à sa grève de la faim. "Sa vie est en grand danger", a prévenu le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits humains, Volker Türk. "Nous sommes toujours inquiets du sort et de la santé d'Alaa Abdel Fattah et nous l'avons dit à plusieurs reprises au gouvernement égyptien", a affirmé à l'AFP un porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche.

Auparavant, le Premier ministre britannique Rishi Sunak, le président français Emmanuel Macron et le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avaient évoqué le cas du militant pro-démocratie de 40 ans avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Rishi Sunak dit considérer Alaa Abdel Fattah comme "une priorité" et réclame que son cas soit "résolu au plus vite". Emmanuel Macron, lui, assure que Sissi s'est "engagé" à ce que la santé d'Alaa Abdel Fattah "soit préservée".

La société civile fait également pression. "Il n'y a plus beaucoup de temps, au mieux 72 heures, pour libérer Alaa Abdel Fattah. S'ils ne le font pas, cette mort sera dans toutes les discussions à la COP27", prévenait dès dimanche la secrétaire générale d'Amnesty International, Agnès Callamard. "Il faut libérer tous ceux détenus pour avoir simplement exercé pacifiquement leurs droits humains, dont Alaa Abdel Fattah", a tweeté la militante écologiste Greta Thunberg. Quelques jours avant la COP, quinze lauréats du prix Nobel, dont les Français Annie Ernaux et Patrick Modiano (littérature), ont écrit aux organisateurs pour réclamer sa libération.

Les autorités égyptiennes embarrassées

Signe que le sujet est sensible dans un pays régulièrement épinglé pour ses violations des droits humains, la conférence de presse à la COP27 de Sanaa Seif, la sœur d'Alaa Abdel Fattah, a été interrompue par un député pro-Sissi. Le service de sécurité de l'ONU, organisateur officiel du sommet sur le climat, a dû faire sortir Amr Darwich qui tonnait : "On parle d'un citoyen égyptien détenu de droit commun, pas d'un détenu politique. N'essayez pas de vous servir de l'Occident contre l'Egypte." Alaa Abdel Fattah "s'en est pris à l'armée et à la police de son pays", a-t-il ajouté.

Le chef de la diplomatie égyptienne, Sameh Choukri, président de la COP27, est monté lundi soir au créneau : Alaa Abdel Fattah "bénéficie de tous les soins nécessaires en prison", a-t-il dit à la télévision, ajoutant que l'Egypte n'avait pas formellement reconnu sa nationalité britannique. Pour Sanaa Seif, ces "soins" pourraient en réalité signifier que son frère sera "nourri de force".

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