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VIDÉO. Yves Cochet, ex-ministre de l'Environnement et auteur de "Devant l'effondrement : essai de collapsologie" : "Le grand effondrement international est inévitable"

Invité de Stéphane Dépinoy dans ":L'éco", Yves Cochet est l'ancien ministre de l'Environnement du gouvernement Jospin. Il publie "Devant l'effondrement : essai de collapsologie". Réchauffement climatique, chute de la biodiversité, explosion de la démographie... Il nous parle de l'effondrement de la civilisation industrielle, inévitable, selon lui. 

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Membre d'Europe Écologie Les Verts, Yves Cochet est un homme politique et mathématicien français. Ancien ministre de l'Environnement du gouvernement Jospin (2001-2002), il est également le cofondateur et l'actuel président de l'Institut Momentum, un groupe de réflexion portant sur l'imminence de l'effondrement de la civilisation industrielle et les moyens à mettre en œuvre pour tenter de réduire son ampleur. 

Yves Cochet publie "Devant l'effondrement : essai de collapsologie" aux éditions les Liens qui Libèrent, le 26 septembre 2019. Réchauffement climatique, épuisement des ressources, dégradation des sols, chute de la biodiversité, explosion de la démographie... La collapsologie désigne l'étude de l’effondrement de la civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder. Selon l'ancien ministre de l'Environnement, l'effondrement de notre civilisation industrielle se produira à l'échelle mondiale d'ici à une quinzaine d'années. 

Stéphane Dépinoy cite la phrase suivante, tirée de son essai : "L'activité quotidienne dans le futur pourrait se résumer à chercher un abri, de l'eau et une nourriture saine, et à lutter contre le froid.". Pour Yves Cochet, l'effondrement signifie l'absence de services publics, ou plutôt leur disparition. 

"C'est cela, hélas ! C'est presque incompréhensible ou incroyable, mais ce à quoi on est habitué, l'eau du robinet instantanément, l'électricité, les transports, la chaleur, les services publics en général, tout ça risque et, même, à mon avis, auront certainement disparu dans les années 2030. Je ne suis pas à cinq ans près, mais c'est quand même imminent.", explique le collapsologue Yves Cochet. 

Mais pourquoi l'effondrement provoquerait-il une sorte de rupture de nos modes de vies ? "Eh bien, on voit évidement que les savants du GIEC, par exemple, pour le climat, ou de l'IPBES pour la biodiversité, ou du programme des Nations unies pour l'environnement global, pour l'écosphère, ont des rapports qui sont de plus en plus alarmistes depuis trente ans. Quelquefois même, ils disent 'Oh, bah notre rapport de cette année, vous savez, il dément ce qu'on avait dit il y a quatre ans, parce que là, on était très modérés, ça va beaucoup plus mal que ça'. Alors, moi, j'estime, à la lecture de tous ces rapports, qu'il y a aura, non pas une progression gentille et que l'on pourra maîtrisée, mais une rupture dans certains domaines, peut-être climatique, peut-être par exemple la disparition des pollinisateurs, les abeilles notamment, mais il y en a deux cents des pollinisateurs, donc les fruits et légumes disparaîtraient. Ça peut-être dans d'autres domaines, comme par exemple une énorme crise financière, dix fois plus que celle de 2008", développe l'ancien ministre de l'Environnement. 

"Mais pourquoi une rupture franche ? Parce qu'on peut se dire que, par exemple, le réchauffement climatique provoque des sécheresses, donc complique l'approvisionnement en eau et l'agriculture, mais ça serait un éffondrement progressif, alors que vous, vous dites 'non, il va y avoir une rupture'.", interroge Stéphane Dépinoy. 

"C'est un effet de seuil. C'est-à-dire qu'à partir d'un certain développement de certaines forces, ce n'est plus linéaire, il y a une rupture franche", répond Yves Cochet. "Par exemple, s'il y a un relargage très massif du méthane renfermé dans le pergélisol (sols gelés en permanence depuis des milliers d’années, désormais en proie à une fonte accélérée induite par le réchauffement climatique, NDLR) de la Sibérie, eh bien là, les scientifiques disent qu'on pourrait gagner un degré en deux ans, pratiquement ce qu'on a gagné depuis 1750, la révolution industrielle. Ce serait absolument catastrophique ! Quand vous dépassez le seuil, tout explose, c'est un effet boule de neige qui est extrêmement rapide parce que les choses s'accélèrent, ce n'est pas simplement, on y va progressivement, c'est que ça s'accélère, et à ce moment là, ça peut s'effondrer. Et si un des dominos s'effondre, tous les autres dominos de la mondialisation, qui sont liés les uns aux autres, s'effondrent aussi."

"En fait, votre thèse, c'est de dire que ce n'est plus rattrapable ?", demande Stéphane Dépinoy. 

"C'est maintenant un espèce d'automate fou qui marche tout seul, et même s'il y a des accords entre humains, comme les accords onusiens ou les COP 21 ou 25, ça ne marchera plus parce qu'on a déclenché quelque chose qui est inarrêtable. Alors, on peut minimiser, on peut essayer de réduire les conséquences les plus néfastes, mais l'effondrement global lui-même, le grand effondrement international et systémique dans tous les domaines, lui, à mon avis, est inévitable", pense Yves Cochet.   

"Mais vous avez conscience que quand vous dites, par exemple : 'Il vaudrait mieux prévoir d'acheter un cheval de trait ou un âne, plutôt que d'investir dans une voiture électrique, les gens se disent 'Mais M. Cochet a perdu la raison' ? ", demande Stéphane Dépinoy. 

"Oui, bien sûr, je comprends que, disons, l'attitude la plus rationnelle pour quelqu'un qui entend des propos comme les miens ou lit mon livre, c'est le déni, c'est dire, non, ça ne peut pas arriver, l'humanité s'en est toujours sorti et s'en sortira encore. Non, je crois que cette fois-ci, c'est diffférent car c'est systémique dans tous les domaines de la vie individuelle et collective, et c'est global. Il n'y aura plus d'États dignes de ce nom en 2038, pour dire une date comme ça, à cinq ans près.", précise l'auteur de "Devant l'effondrement : essai de collapsologie". 

Pour Yves Cochet, la fin de l'ère pétrolière signifie des difficultés de transports à venir. Lors de l'effondrement supposé de la civilisation industrielle, la force animale permettra alors de s'en sortir mieux que les autres. 

"Ça peut faire rire, mais le pays le plus résilient, on pourrait presque dire le plus résistant en Europe, c'est pas les grands pays très industrialisés, très high-tech, comme dirait M. Macron avec les start-up, non, c'est peut-être l'Albanie qui a la moitié de sa population paysanne, sans tracteurs, avec la traction animale. Alors, eux sont assez résistants.", raconte le collapsologue. 

"Mais vos amis écolos, ils veulent encore transformer les choses, et vous, vous leur dites, c'est dépassé votre logiciel, il faut se préparer à la rupture complète du système", souligne Stéphane Dépinoy. 

"Bon, je suis encore chez EELV, bien entendu, et puis je discute, on a un congrès dans deux mois, mais je suis minoritaire, je l'avoue, et je crois qu'il faut quand même changer de logiciel, mais c'est tellement difficile qu'on ne le fait pas, on continue comme si ça allait vers le mieux, alors qu'à mon avis, c'est l'élan vers le pire", confie l'homme politique.  

"La seule chose qui aurait pu sauver le système, vous dites, c'est finalement s'il y avait eu un contrôle démographique drastique. On est huit fois trop nombreux par rapport au niveau de vie qu'on souhaite obtenir sur la planète", rappelle Stéphane Dépinoy. 

"Oui, alors, c'est un sujet extrêmement délicat la démographie, dans la mesure où ça touche à l'intime des couples, et notamment des femmes, ça prend aux tripes. Et donc là, j'ai bien peur, hélas, que le chaos mondial, qui est un peu prédit dans le livre, fasse beaucoup de morts par les trois outils que l'histoire a toujours trouvé, c'est-à-dire, les famines, les épidémies et les guerres civiles.", conclut Yves Cochet. 

L'interview s'est achevée sur "La Mémoire et la mer" de Léo Ferré.

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Yves Cochet dans :l'éco (FRANCEINFO)